La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

♦1 DOSSIER : LES FEMMES EN EUROPE

11 000 femmes battues par an en Belgique

Cahiers du féminisme, n° 10, juin - septembre 1979 · p. 30 · 747 mots

Notre organisation, le Collectif pour femmes battues de Liège 197 8, est née d'une prise de conscience par un groupe de femmes d 'un fléau social de proportions effrayantes, fléau masqué par te « respect » de la vie privée.

« Au-dela de cette limite : dangers » !

Cette limite, c est celte de la vie privée.

Ce danger, c'est de découvrir que dans une société civilisée et policée comme la nôtre, là dans l’intimité des foyers, là où il n'y a pas le moindre témoin, il y a encore des hommes qui battent leur femme et parfois leurs enfants. (...)

Des enquêtes avancent le chiffre de 1 1 000 femmes battues par an en Belgique, chiffre probablement sous-estimé, car les victimes cachent leur situation par peur des représailles et aussi par honte. (...)

Dans de nombreux cas, la femme a le choix entre les coups et la misère. Parmi les femmes battues, on trouve une plus grande proportion de femmes qui n exercent pas de profession rémunérées, des femmes au foyer. Les autres. en effet, se décident plus vite à quitter l’homme indésirable. Pour une femme qui n’a pas de métier, qui a peut-être des enfants et qui désire quitter l'homme avec lequel elle vit, il se pose des problèmes insurmontables, sans même tenir compte de l’aspect psychologique de sa situation.

Beaucoup de gens croient que si une femme quitte son mari, elle perd automatiquement ses droits et même la garde de ses enfants • c’est une erreur.

Actuellement, l’abandon de résidence conjugale est admis si une femme justifie que la vie commune est devenue impossible et intolerable.

C’est en considération de cette réalité qu 'un groupe de femmes de Liège a décidé d’ouvrir un « refuge pour femmes battues », un an après l'ouverture de celui de Bruxelles.

De semblables refuges existent déjà en Angleterre, en Allemagne, en

Hollande et commencent à se développer chez nous.

Le refuge accueille femmes et en -fants pendant un temps, le temps de leur permettre de « souffler » et d’envisager leur situation plus sereinement, le temps de préparer leur avenir, quelle que soit leur décision.

Notre but est

— d'offrir un refuge temporaire aux femmes victimes de violence de la part de leur compagnon et à leurs en -fants :

— d’encourager les femmes à décider elles -mêmes de leur avenir, à s'assumer petit à petit moralement et financièrement ;

— d'informer l'opinion publique, les médias, la police, les tribunaux, les services sociaux, toute autorité concernée, de la situation en gardant présent à l 'esprit le fait que cette situation est le résultat de la situation de dépendance et d’in fériorité des femmes dans notre société.

— d'aider les chercheurs qui désirent faire des études axées sur le problème de la violence au sein de la famille.

Fonctionnement du refuge

Nous ne prenons pas en charge les femmes qui viennent trouver un refuge dans notre maison

Nous ne sommes ni une œuvre de charité, ni un service social. Il n'y a pas d’organisatrice ou de responsable, pour dire aux femmes qui viennent : « Il faut faire ceci ou cela. »

Toutes les décisions concernant le fonctionnement de ta maison sont prises lors de réunions hebdomadaires par celles qui habitent le refuge et les collaboratrices.

Les femmes qui viennent trouver refuge dans cette maison ne sont soumises à aucune question, règle, obligation, si ce n’est de participer aux travaux ménagers de la maison et garder t’adresse secrète afin d'éviter d'être harcelées, attaquées, donc dans un simple but de sécurité.

Elles sont entièrement libres de partir, revenir, sans être influencées en aucune façon. Ce n'est qu’à leur demande qu in formation s , conseils leurs seront offerts.

Toute femme qui désire entrer en contact avec nous peut le faire par téléphone au 04 1 .4 1 .07.38.

Nous savons aussi que la création de refuges ne va pas résoudre les problèmes, ne va pas faire disparaître les violences dont les femmes sont victimes. Les racines du mal sont profondes et se trouvent ancrées dans notre société qui encourage la violence, particulièrement la violence exercée contre les femmes. Une violence qu’on ignore, qu'on excuse même.

Ce qu'il faut, c'est amener l'ensemble de la société à reconnaître que ces violences sont des crimes, amener l'ensemble de la société à condamner ce crime, que ces violences deviennent inacceptables. (...)

ASBB Collectif femmes battues de Liège.

Adresse de contact

: 8, rue de

Nagelmackers, 4000 Liège. CGER : 001.071.71.24.84.

Notes

  1. Extrait d’une tribune libre du Collectif pour femmes battues de Liège, parue le 12 avril dans «la Gauche ».

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