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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Éditorial

Les femmes ne peuvent faire confiance qu'à leurs luttes !

Cahiers du féminisme, n° 10, juin - septembre 1979 · p. 1-2 · 786 mots

Ê ES femmes auraient tout à gagner à la construction de m l’Europe, paraît -il. Mais de quelle Europe parle -t -on ?

“ * Monique Pelletier l’a précisé en toute franchise à l’occasion ues journées sur « Les femmes et l’Europe » organisées par la Commission des communautés européennes, il y a quelques mois. « L’Europe, déclara -t -elle, c’est la solidarité (...) Cette solidarité est fondée sur une idée simple qui n’a rien de philosophique : c’est le respect de la libre concurrence... » En clair, il s’agit de l’Europe des profits.

Et en période de crise, une seule solution pour les bourgeoisies européennes : imposer une politique d’austérité. C’est du moins ce qu ’ils tentent de faire avec une certaine efficacité ; les licenciements massifs se multiplient qui touchent particulièrement les femmes et de plus en plus on invite celles-ci à accepter un travail à temps partiel ou, lorsqu’elles ont des enfants en bas âge, à rester à la maison pour s’en occuper. En Allemagne, dans cette logique, le congé maternité vient d’être porté à six mois. De telles mesures qui auraient soi-disant comme fonction d’« harmoniser » la vie profes-so.r 'telle et la vie familiale n'ont qu’un seul objectif: masquer le « nage. faire pression sur les salaires, faire des « économies » sur its > ompements collectifs. Elles portent directement atteinte au droit de '• femmes à l'emploi.

Mais la politique d’austérité, c'est aussi la fermeture de classes,

! ’absence de crédits pour les crèches, les hôpitaux et notamment

4SI DOSSIER : LES FEMMES EN EUROPE pour les centres d’orthogénie. Les femmes sont les premières à pâtir de ces décisions.

En matière d’avortement et de contraception, on peut s’attendre à une harmonisation progressive des différentes législations dans le cadre de la Communauté européenne mais s’il est probable que le droit à l’avortement et à la contraception sera petit à petit légalisé, cela ne signifiera pas, loin de là, que sera reconnu le droit des femmes à disposer librement de leur corps. Au contraire, de nombreuses restrictions demeureront : non gratuité, délais, entretiens dissuasifs et, dès maintenant, impossibilité pour les étrangères de bénéficier de ce droit. Ainsi, en Hollande, aucune loi récente ne « normalisait » le droit à l’avortement. Actuellement un projet de loi est en discussion qui limiterait la possibilité d’avorter à trois mois et l’interdirait aux étrangères !

En Grande-Bretagne, l’arrivée au poste de Premier ministre de la très réactionnaire Mme Thatcher a de quoi inquiéter. Le droit à l’avortement légalisé depuis 1967 a déjà fait l’objet d’attaques virulentes qui visent à le restreindre. Dans les mois qui viennent, à coup sûr, l’offensive de la droite reprendra de plus belle.

Enfin dans toute l’Europe, onassisteà un campagne idéologique d’envergure pour faire admettre aux femmes qu’elles doivent assumer leur rôle traditionnel de mères de famille et c ’est tout ! En Allemagne par exemple, on prétend que la « hausse de la criminalité » serait imputable au travail des femmes !

Il est clair dès lors, que pour défendre leurs droits, les femmes ne peuvent compter sur les institutions européennes officielles. Elles ne peuvent faire confiance qu’à leurs luttes collectives au côté des autres travailleurs, pour exiger les trente -cinq heures tout de suite, sans diminution de salaire, le droit de contrôle sur l’embauche, l’avortement et la contraception libres et gratuits, le développement d’équipements collectifs de qualité, nombreux et avec un personnel mixte, etc.

Les bourgeoisies européennes s’opposeront à la satisfaction de ces revendications et les directions réformistes, au nom du « réalisme », les modifieront en baisse... Pour leur satisfaction, les femmes comme l’ensemble des travailleurs ne peuvent faire l’économie d’une lutte pour la transformation socialiste de l’Europe, pour les Etats-Unis socialistes d’Europe.

Ces élections sont aussi pour nous l’occasion de faire revivre la solidarité internationaliste de tous les travailleurs et de toutes les femmes en lutte pour leurs droits. Faut-il rappeler qu’au sein de cette « Europe démocratique », comme ils disent, les femmes d’Irlande n’ont encore le droit ni de divorcer, ni d’avorter, ni d’utiliser des contraceptifs !

En Espagne, des femmes sont en prison pour le « crime » d ’avortement.

Au Portugal, une journaliste, Maria Palla, est passée en procès pour avoir participé en 1976, à une émission de télévision sur V avortement.

En Suisse, les femmes n’ont aucune protection en cas de maternité : elles ne bénéficient que de huit semaines de congé en tout et pour tout ! Pas de protection non plus contre les licenciements.

Les femmes immigrés, elles, sont plusieurs millions dans toute l’Europe, n’ont aucun droit: ni à l’avortement, ni à l’emploi, ni même de voter.

Toutes ces femmes, nous ne les oublierons pas au cours de la campagne électorale.

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