U y a cinq ans, des milliers de femmes reprenaient à leur compte le mot d’ordre du MLAC :
« On ne mendie pas un juste droit, on se bat pour lui. »
Loin de leur solitude, de leur douleur et de leur culpabilité, elles ont revendiqué à la face de la société l’exigence de décider elles-mêmes d’avoir ou de ne pas avoir un enfant.
Par leur force et leur détermination, elles ont imposé la suspension provisoire de la loi de 1920 qui criminalise l’avortement.
Et fut votée la loi Veil.
Donne -t-elle les moyens aux femmes de décider ? Non.
Au droit fondamental pour toutes à l’avortement, la loi oppose les restrictions concernant les mineures et les étrangères, la non-prise en charge financière, le délai de dix semaines.
A l’exigence d’avoir réellement les moyens de leur choix, la loi a répondu : par la pénurie dans les soins hospitaliers, la pénalisation de l’information sur l’avortement et l’insuffisance de celle-ci sur la contraception et la sexualité.
A leur volonté profonde de décider elles-mêmes d’avoir ou de ne pas avoir un enfant, la loi répond par la dissuasion, les délais de réflexion. Elle permet au pouvoir médical, en se réfugiant derrière la clause de conscience, de décider pour les femmes.
La loi Veil arrive à expiration en janvier 1980.
L’Assemblée nationale discutera en novembre 1979 d’une nouvelle loi. Il est question au gouvernement de reconduire la loi Veil. A nouveau, l’Assemblée nationale se prépare à légiférer contre les intérêts des femmes, à nier leur droit inaliénable de décider.
Nous ne nous laisserons pas faire. Nous nous battrons pour que ce droit légitime soit acquis pour toutes !
Parce que nous disons que c'est aux femmes de décider des enfants qu'elles veulent, quand elles veulent, que nous affirmons le droit des femmes à disposer de leur corps, à vivre leur sexualité autrement que dans le but de procréer, une sexualité enfin délivrée de la peur de la grossesse.
Nous exigeons :
— l’abrogation de la loi de 1 920 et la dépénalisation totale de l'avortement ;
— le refus de toute loi restrictive ;
— l’avortement et la contraception libres, y compris pour les mineures et les étrangères, gratuits, remboursés par la Sécurité sociale ;
— la création de centres contraception-avortement-sexualité correspondant aux besoins avec droit de contrôle des femmes et organisations luttant pour la contraception et l’avortement.
C’est pourquoi se sont constitués, depuis plusieurs mois, des collectifs unitaires, souvent à l’initiative des groupes femmes et du Planning familial, regroupant des organisations politiques, syndicales, féministes, familiales, associatives et des inorganisées.
Nous avons démontré par là que l’unité est possible pour le droit à l’avortement et la contraception.
Mais les luttes locales ne sont pas suffisantes.
Aujourd’hui, nous savons qu’une mobilisation massive et nationale est nécessaire.
Nous n’avons rien à attendre d’une Assemblée nationale à majorité réactionnaire.
Nous n’avons rien à attendre de ceux qui :
— renvoient les femmes au foyer ;
— organisent le chômage et les licenciements massifs et attaquent la Sécurité sociale.
C’est pour cela que 44 collectifs se sont réunis à Rouen les 29 et 30 septembre et appellent à une manifestation nationale massive et tmitaire, qu’ils se proposent de tenir le 17 novembre 1979, à Paris, à l’Assemblée nationale.
Nous appelons toutes les femmes, tous les hommes, les associations, les organisations féministes, syndicales, politiques et familiales i s’engager dans la préparation de la manifestation.