La traduction en français du livre d’ Evelyn Reed, militante de la IVe Internationale, morte en mars 1979, va probablement relancer le débat sur l’origine de l’oppression des femmes. La première affirmation d’Evelyne Reed est la suivante : « Indéniablement notre société a profité de la fonction procréatrice des femmes pour placer de sérieux obstacles sur la voie de leur développement. Mais la maternité n’a jamais “désavantagé” les femmes dans la société primitive ni les femelles dans le monde animal. La subordination actuelle de la femme ne résulte donc pas d’une infériorité biologique prédéterminée, (p. 55) »
Evelyne Reed s’emploie tout au long de son livre non seulement à démolir la thèse réactionnaire de l’infériorité naturelle de la femme, non seulement elle rappelle le rôle décisif des femmes dans la découverte de l’agriculture, de l’artisanat, du feu : « Les femmes, donc, ne furent pas désavantagées parce qu ’elles ne faisaient pas la chasse ni la guerre. Sédentaires, elles purent se consacrer à toutes les activités laborieuses qui devaient ouvrir la voie au progrès, permettre aux tribus de se fixer et de se socialiser peu à peu (...) (p. 156) », mais elle prend parti dans le débat sur l’existence de sociétés matriarcales ; de pour elle, pas de doute, le matriarcat a existé ! Pour le démontrer, elle s’appuie sur de nombreux exemples, en particulier celui de la société iroquoise décrite d’abord par Morgan au XIXe siècle, décrite aussi par Goldenwei-ser de la manière suivante : « Ainsi, bien qu’une femme n’ait jamais, à notre connaissance, occupé la position de sachem (un conseil de cinquante sachems représentait cette vaste confédération tribale) dans la confédération iroquoise, le pouvoir de décision des femmes dans l’élection ou la déposition d’un chef l’emportait sur celui des hommes. Autrement dit, le choix d’un chef dépendait de l’opinion publique du clan et de la famille maternelle et l’opinion des femmes comptait plus que celle des hommes (...) (p. 159) »
Une question pourtant à laquelle nous aurions aimé qu’Evelyne Reed répondît : pourquoi les femmes n’occupaient-elles pas cette fonction de sachem ? La conclusion qui s’impose pour Evelyne Reed est la suivante : « A une époque où pour survivre, les hommes devaient être étroitement solidaires, comment aurait-il pu y avoir d’inégalités sociales ? L’inégalité et les mesures discriminatoires apparurent avec l’avance de la civilisation et la notion de propriété privée (...) (p. 161) »
Toute la fin du livre est consacrée au passage de la famille matriarcale à la famille patriarcale. Nous reviendrons sur ce débat dans un prochain numéro des Cahiers du féminisme. Une remarque sur l’édition elle-même : nous regrettons que l’éditeur n’ait pas jugé utile de faire un index des auteurs cités par Evelyne Reed avec leurs références exactes, y compris la date de leurs travaux !