A travers ce livre écrit en 1879 (avant donc celui d’Engels, l’Origine de la famille, de la propriété, de l’Etat , publié en 1884), Bebel fait non seulement une dénonciation virulente de l’oppression des femmes dans la société capitaliste à la fin du XIXe siècle de manière très concrète, mais il essaie, en outre, de mettre en évidence ce qui fait le caractère spécifique de cette oppression par rapport à celle de l’ensemble du prolétariat : « La femme et le travailleur ont tous deux de commun, ceci que, de temps immémorial, ils sont des opprimés (...) La femme est le premier être humain qui ait eu à éprouver la servitude. Elle a été l’esclave avant même que l ’“esclave” fut. (p. 11) »
Il en tire deux conclusions fondamentales, toujours d’actualité : seule une société socialiste peut créer les bases de la libération des femmes, mais aussi les femmes « n ’ont pas plus à compter sur les hommes que les travailleurs n’ont à compter sur la bourgeoisie » (p. 103). Il ne craint pas, d’ailleurs, de mettre en cause les militants socialistes dont certains font preuve de préjugés réactionnaires à l’égard des femmes : « Il est des socialistes qui ne se montrent pas moins antipathiques à l’émancipation de la femme que ne le sont les capitalistes au socialisme (...) » Rien à voir, donc, avec la vision idéalisée du prolétariat telle que l’a décrite Engels, par exemple...