La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

TEMPS DE TRAVAIL

Mercredi libre ? Deux expériences pilotes

Cahiers du féminisme, n° 12, janvier - février 1980 · p. 21-22 · 1 511 mots

Après les horaires variables, le mercredi libre, un nouveau type nagement du temps de travail, favorable aux travailleurs et surtout travailleuses... C'est en tout cas, ce que nous promet le patronat, cisêment l'Etat -patron, puisque cette mesure s'applique dans certains nistères. C’est aussi ce que dit un syndicat, le SNADGI-CGT puisqu gage ses adhérentiels à faire grève pour l’obtenir. Face à l’Etat, tendance à dire méfiance, face à un syndicat on s’interroge, qu’en exactement ?

Deux expériences pilotes

A la Caisse des dépôts et consignations et au ministère de la Santé et de la Famille où le mercredi libre peut être pris, les circulaires stipulent : « La direction générale a décidé d’offrir aux agents ayant à leur charge des enfants de moins de douze ans la possibilité de ne pas assurer leur service le mercredi, jour de fermeture des écoles... La journée donnera lieu à retenue du traitement et de la prime dite d'assuidité... »

De fait, la retenue est de 1/5 du salaire, les retenues sur les primes et heures supplémentaires, complément de salaire non négligeable n’étant pas prises en compte. (Précisons que les heures supplémentaires payées ne sont pas toujours effectuées.) L’option choisie est valable soit pour la durée d’un mois (Santé), soit pour la durée d’un trimestre civil (Caisse des dépôts). Dans les deux cas, tous les mercredis de cette période sont non payés, même s’ils se trouvent pendant des congés.

Au ministère de la Santé, les personnels n’ont pas dit non à ce mercredi, mais ils ont réclamé, entre autres, qu’il soit payé, une augmentation des effectifs, une extension du centre de loisirs des enfants. Une pétition CGT-CFDT a circulé et depuis peu, les personnels concernés font grève tous les mercredis.

A la direction générale des impôts, c’est le syndicat SNADGI-CGT qui a pris les devants ; tenant compte de l’intérêts suscité par cette mesure, il organise une grève pour l’obtenir...

non payé ; en bref, un aménagement du temps partiel. Les agents perdent 1/7 de leur salaire jours sans tenir compte de l’incidence sur les autres rémunérations).

Les attraits du mercredi libre...

Hé oui, cette mesure est te ! Il n’y a qu’à voir l’écho eu dans la presse, les médias tion, le Monde, le Matin, etc). La désaffection vis-à-vis travail grandit et cela s’explique c’est si difficile de trouver du travail et on est si déçu quand, enfin, on a pu se caser ! Tous les jours, nous subissons la longueur et l’inconfort des transports, un travail plus ou moins intéressant.

Et les enfants, c’est un vrai problème : qui va les garder ? Qui n’a pas eu envie de les laisser faire la grasse matinée le mercredi ? Qui n’a pas eu envie de rester un peu plus longtemps avec eux ce jour-là ou un autre ?

Et qui n’a pas eu envie de s’offrir un jour à soi en semaine, pour faire... ce que l’on n’a pas pu faire, ce que l’on s’est refusé parce qu’il y avait les tâches ménagères, les problèmes administratifs à régler.

Et pour nous les femmes, quel soulagement, quelle décompression dans notre semaine à deux facettes : travail à la maison et travail au bureau.

Les dangers

Mais n’avons-nous pas justement de quoi être inquiètes, nous les femmes ? Deux équations simples : mercredi = enfants et enfants = femmes devraient nous mettre la puce à l'jreille. Félicitons Libération pour avoir trouvé un homme gréviste du mercredi ; est-ce un scoop « le seul homme désireux de garder ses gosses » ou est-ce un acte militant pour persuader ces messieurs de la nécessité du partage des tâches ?

Car, hélas, il est rare cet homme ! A la CDC sur deux cents personnes prenant le mercredi libre, un seul homme. Dans la Fonction publique, secteur concerné, les personnes prenant un mi-temps, forme de temps partiel comme le mercredi libre sont à 98,61 % des femmes! (chiffres officiels).

TEMPS DE TRAVAIL

Et n’est-ce pas inquiétant de voir dans le bulletin syndical SNADGI d’octobre 1979 expliquant les raisons d’exiger le mercredi une photo avec un enfant et un grand cri imprimé : « Maman ! »

N’oublions pas le contexte dans lequel on nous propose cela : la crise, le chômage, et surtout le chômage des femmes : 38 % des travailleurs, mais 54 % des chômeurs ! Trop « nombreuses » sur le marché du travail, ne serait-ce pas bien si elles retournaient dans leur foyer ? Définitivement pour faire des enfants ; au deuxième enfant, 64 96 des ouvrières quittent leur emploi et 29 % des employées ;

— ou partiellement : temps partiel, mi-temps, intérim, c’est le « rêve » pour les femmes, parait-il ! Mais ce n’est pas mal non plus pour le patronat : il nous embauche quand il a besoin de nous : quelques jours par mois (exemple dans le commerce : les « 3 J » des Galeries Lafayette) ou quelques heures par jour (c’est tellement rentable quand on utilise des standardistes ou perforatrices qui ont des métiers répétitifs et épuisants nerveusement) Ceci permet un renvoi sélectif au foyer : c’est du chômage voilé.

Le travail des femmes n’est toujours pas reconnu comme un droit : il s'accompagne d’un salaire de misère, puisque d’appoint, d’une formation au rabais, de cadences et de conditions de travail déplorables. Le mercredi libre, un bon moyen de s’éloigner encore plus du but. Car, quelle meilleure manière d’éluder tous les problèmes auxquels sont confrontés les travailleuses !

Les équipements collectifs

Dans de nombreux ministères ont été acquises par la lutte des garderies pour les enfants le mercredi. Cela devient beaucoup plus difficile aussi de se battre pour leur amélioration.

Citons toujours le bulletin du SNADGI : « En Hongrie, par exemple. où les possibilités d'accueil en crèche sont très larges et où les mères de famille peuvent bénéficier d une disponibilité post -natale de deux ans rémunérés à mi -salaire, les mères choisissent en masse celte dernière possibilité. Ceci démontre que les équipements sociaux ne répondent qu 'à une partie des besoins. » (sic !)

Passons sur la notion de salaire maternel sous-entendue ici sans critique et qui nécessiterait a elle seule un autre débat. Oui. les équipements collectifs à l’heure actuelle ne répondent pas a nos besoins, mais pourquoi ne lancerait-on pas une vaste campagne sur cette question ? Une réflexion collective sur ces problèmes serait passionnante : ghetto d’enfants, centres de la petite enfance ouverts à tous les adultes ou autres propositions ; qui va payer, etc.

La formation et la carrière

La formation des femmes est déjà notoirement insuffisante, mais elle devient quasi-inexistante pour des personnels travaillant à temps partiel. Pourquoi enverrait-on en formation quelqu’un qui est déjà absent un jour sur cinq ? De plus, la hiérarchie ne va-t-elle pas profiter de ce prétexte pour refuser des postes de responsabilité aux femmes ?

Les salaires

Pour résoudre des problèmes collectifs, les adeptes du mercredi s’infligent une auto-réduction de salaire. Un des grands arguments mis en avant : gain financier sur la garde des enfants. Mais est-il normal de payer 40 F pour ce service ?

Un inspecteur des Impôts (l’homme de Libè) gagne un peu plus de 6000 F par mois, mais hélas, ce n’est pas du tout le cas de la majorité des femmes. Par exemple, au ministère des Finances, les deux catégories gagnant le moins regroupent 80 96 de femmes. Diminuer un salaire de misère revient à perdre son autonomie financière. Faire le travail en quatre jours au lieu de cinq, cela s’appelle augmenter les cadences ; c’est, de fait, pour un même travail. une perte de salaire. Rappelons a ce sujet que les emplois réservés aux femmes sont, dans leur grande majorité, déqualifiés, parcellaires... La solution qu’on nous propose à court terme avec le mercredi libre, c’est la fuite... Peut-on appeler cela une solution ?

Nous ne pouvons dès lors que condamner la position SNADGI-CGT qui apparaît comme une adaptation à la pénurie, à des conditions de travail non souhaitées. Le SNADGI nous dit : « Cette action ne s'oppose nullement à celle pour ta réduction a 35 h de la durée du temps de travail. mais lui est étroitement complémentaire. » Nous restons sceptiques : le mercredi non payé est une revendication qui divise le personnel : d’après le Monde du 16 novembre. 3 à 5 96 du personnel seulement font cette grève.

A quand enfin, une grève de l’ensemble du personnel pour la diminution du temps de travail pour toutes et pour tous sans réduction de salaire, pour une augmentation substantielle des effectifs, pour des équipements collectifs de qualité et en nombre suffisant ? Un tel mouvement pourrait unifier l’ensemble du personnel.

La revendication du mercredi payé, dans ce contexte et uniquement dans un tel contexte, perdrait la fonction qu’elle a aujourd’hui : entériner l'éloignement des femmes du monde du travail. Dans tous les cas, il est clair que pour obtenir satisfaction ne serait-ce que sur cette revendication. la grève du mercredi est insuffisante pour créer le rapport de forces vis-à-vis de l’Etat-patron.

Une erreur sur cette page ?