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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE

Nicaragua : Retour de voyage

Cahiers du féminisme, n° 12, janvier - février 1980 · p. 30-36 · 4 567 mots

Entretien avec Catherine.

Catherine a passé le mois d’octobre au Nicaragua. Militante d’un groupe femmes à Paris, elle est aussi très active dans le mouvement de solidarité avec la révolution nicaraguayenne, tant au niveau de l’Association de solidarité franco-nicaraguayenne, qu'au sein du Collectif féministe de solidarité avec les femmes du Nicaragua. Nous l'avons interviewée. ■

• Pourquoi as-tu décidé d’aller passer un mois au Nicaragua ?

— J ai passe tout le mois d'octobre au Nicaragua. J’avais auparavant suivi d'assez près l’évolution politique de ce pays, surtout depuis l’insurrection de septembre 1978 et encore plus pendant les mois de juin et juillet 1979. Le soulèvement populaire si courageux contre l’une des dictatures les plus sanglantes de l’Amérique latine — guérilla dans la montagne, grève insurrectionnelle —

et l'orientation oolitique du FSLN

— mise en place a organes de pouvoir pendant la guerre, puis dès le renversement de la dictature les mesures de nationalisation, de contrôle d . -�t.imerce extérieur, la saisie des grosses coupures, tout cela me donnait réellement l’espoir qu’une révolution réellement socialiste était en marche dans ce petit pays. J’ai donc eu très envie de me rendre compte de ce qui se passait réellement sur place. D’autant plus qu’en

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France peu d'informations circulent. Il semblait important de faire connaître cette révolution et de participer a un travail de solidarité De plus, un membre du FSLN de passage à Paris nous avait encouragé à faire ce travail d'information.

• Quelle appréciation portes-tu aujourd’hui, plus de quatre mois après la chute de Somoza, sir la situation politique économique et sociale du Nicaragua ?

— Fondamentalement, la situation a peu changé depuis que j’ai quitté le Nicaragua, c'est-à-dire fin novembre. Le pouvoir reste entre les mains du FSLN et des Comités de défense san-dinistes (CDS), organes de pouvoir populaire qui assurent déjà une partie de l’administration et de la direction politique du pays. Malgré la présence de personnalités non-membres du Front sandiniste dans la Junte de gouvernement et les cabinets ministériels, ce que l’on peut appeler l’embryon d’un Etat ouvrier ne cesse de renforcer son assise.

Le Front sandiniste se prépare à faire face à deux dangers : le sabotage de l’économie par le secteur encore capitaliste, et de possibles agressions extérieures. L'année qui vient risque d’être marquée, en effet, par une grave crise économique, conséquence des dommages considérables infligés par la dictature et la guerre à l’appareil productif. Environ 50 % de la capacité industrielle a été détruite par les somozistes avant leur fuite. Les difficultés sont aussi inhérentes à une période de transition vers une économie socialiste. Contrairement à ce que laissent entendre les sectaires qui se moquent bien des réalités, les transformations des rapports de production, surtout dans un pays aussi arriéré économiquement et culturellement — il y a entre 50 % et 60 % d'analphabètes — ne se décrètent pas. Elle dépend des rythmes de développement de l’organisation et de l’éducation des mouvements de masse. D’où les efforts considérables du Front pour renforcer et développer non seulement les CDS, mais la Centrale sandiniste des travailleurs (CST) dont le premier oongrès aura lieu le 26 décembre, l’Association des travailleurs de la campagne (ATC), les organisations de jeunesse et l’Association des femmes.

Le débat sur le sabotage économique déjà observable lorsque j’ai quitté le Nicaragua, dans l’industrie laitière par exemple — ce dont Rouge n° 894 a parlé — ne peut que s’amplifier. La participation de la bourgeoisie antisomoziste dans le renversement de la dictature a été capitale, mais elle risque d’être de courte durée dans la reconstruction.

Etant donné ces difficultés économiques. l’aide extérieure, d’où qu’elle vienne sera fondamentale. Le deuxième danger n’est pas moins grand.

En septembre dernier, AM-PRONAC a changé de nom pour refléter plus fidèlement la lutte des femmes nicaraguayennes. Elle est devenue l’Association des femmes nicaraguayennes Luisa Amanda Espinoza, du nom de la première militante du FSLN, une couturière, tuée au combat. Elle symbolise la participation massive des femmes à la lutte de libération nationale. Au mois d’octo-

Cette révolution dont la direction, le FSLN. n’a pas été formée à l’école du stalinisme, a lieu sur le continent américain dans une zone où l’exploitation impérialiste est si intense que seules les dictatures militaires, hormis au Costa Rica, peuvent empêcher la révolution. Les USA essayent de trouver des solutions de rechange bourgeoises, il n’est pas sûr qu’ils y parviennent. Dans ces conditions, ne pouvant tolérer l’extension de la révolution en Amérique centrale, il leur restera l’usage de la force contre les forces révolutionnaires dans la région, en tout premier lieu contre la révolution nicaraguayenne. Autant dire qu’il n’y a pas une minute à perdre non plus pour organiser la solidarité politique.

• Où en est le mouvement des femmes au Nicaragua ?

— Les femmes étaient organisées depuis septembre 1977 dans AM-PRONAC (Association des femmes face à la problèmatique nationale). Après l’insurrection de septembre 1978, l’Association avait été fortement réprimée et désorganisée. Les militantes ont alors intégré le MPU (Mouvement du peuple uni), organisation de masse du FSLN et ont participé à la constitution des Comités de défense civile (CDC). Elles ont continué cependant à se mobiliser en tant que femmes et ont « fêté » le 8 mars et la fête des mères en manifestant pour un Nicaragua libre, au lieu de tout autre cadeau. Elles ont participé à tout un travail clandestin préparatoire à l’insurrection finale, de mise en place de cliniques, de stockage de médicaments, d’aliments, à tout un travail de propagande. Après la victoire, l’Association a commencé à se regrouper et à s’organiser de nouveau.

bre, plus de douze villes avaient des comités de base de l’Association, regroupant environ sept mille femmes, dont quinze cents à Massaya, petite ville au sud de Managua, qui s’est battue farouchement contre la Garde nationale. Une grande campagne d’adhésion est en cours comme pour toutes les organisations de masse du pays.

Deux dangers menacent la révolution

L’association des femmes nicaraguayennes : Luisa Amanda Espinola

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• Comment fonctionne l'Association ?

— Elle est organiquement autonome. Elle fonctionne à partir de comités de base qui regroupent les femmes sur un quartier, un lieu de travail ou une petite bourgade, se réunissant chaque semaine pour mettre en place les actions à réaliser. Chaque comité élit démocratiquement sa direction et fonctionne en commissions : propagande, culture, organisation, finarîces, commission sociale...

Les comités de base se réunissent en coordination, regroupant les déléguées élues et une responsable de la commission exécutive. Celle-ci planifie les tâches de l’Association. Elle est composée de sept membres qui ont chacune la responsabilité d’une commission semblable à celle des comités de base, avec en plus, une commission solidarité et relations internationales chargée des contacts

Maison de la femme à Esteli

La maison des femmes de Managua

Dans le quartier de San Judas. une riche villa d'un ancien bourgeois a été confisquée et sert de local à la maison des femmes « Erlinda Lope: ».

Dans la grande entrée, un pe -lit bureau avec la seule machine à écrire de ta maison. Au-dessus. une photo émouvante d'Erlinda Lopez et de son bébé Erlinda travaillait dans une équipe de secours médical pendant l'insurrection de juin. Elle a été capturée. violée, torturée et tuée par la garde nationale Sur un mur. le nom des prisonnières chiliennes dont

I association exige la liberté. A côté, une affiche de Sandino, et un poème • « Nouvelle Femme ». Puis, une annonce pour une manifestation devant l'ambassade du Guatemala pour exiger l’extradition des somozistes réfugiés. Dans une petite pièce, des femmes font la cuisine et leurs gosses mangent. Dans plusieurs salles des réunions se tiennent Gloria m 'accueille dans un salon rempli de plantes vertes, donnant sur un joli patio. Je verrai une autre maison de femmes à Estelli, dans le nord du pays avec les organisations de femmes à l’étranger. Une fois par mois, se réunit le Conseil, composé de la commission exécutive et des déléguées de chaque comité de base. C’est ce conseil qui prend les décisions. Puis, une assemblée, constituée de toutes les membres de chaque département, se réunit tous les six mois pour statuer sur le programme de l’Association.

A tous les niveaux, les discussions sont ouvertes, libres. Les conditions de vie sont si misérables, le degré d’exploitation était tel, que le niveau de conscience politique des femmes est souvent faible. Mais leur courage et leur détermination à conquérir leur place sont grandes. Il m’a semblé en outre que l’Association des femmes n’est pas homogène. Il y a des discussions ouvertes sur toutes les questions que peuvent se poser les femmes. Les débats ont lieu à des niveaux très divers : la paysanne ou la femme d’un quartier pauvre voudra savoir comment nourrir ses enfants. les militantes de longue date, elles, discuteront de l’oppression des femmes, du machisme dominant, etc. Mais elles n’oublient jamais leur objectif essentiel, cela m’a été souligné plusieurs fois, l’organisation des femmes de façon indépendante.

• Quels sont leurs projets ? Leurs réalisations ?

— Dans le contexte actuel du Nicaragua, le premier objectif de l’Association des femmes est, comme me le disait Gloria (membre de la commission exécutive), de « maintenir la mobilisation des femmes pour la défense et la consolidation de la révolution ». Pour cela, l’Association participe activement à toutes les campagnes nationales : vaccination des enfants contre la polio et le tétanos, alphabétisation, etc.

Manon des femmes a Managua

Maison des femmes à Managua

Créer des emplois et des crèches

Une des principales préoccupations est aussi d'intégrer massivement les femmes à la production, donner du ti avail à toutes les femmes pauvres, seules, qui ont souvent six ou huit enfants à charge. Elles font donc un gros effort pour permettre aux femmes de travailler sans le souci des enfants et ont impulsé la création de » centros de désarroi lo in-fantil ». Cela correspond à nos crèches pour les enfants de deux mois à cinq ans.

Il y en a même dans les campagnes pour que les paysannes puissent faire les récoltes de café en laissant leurs enfants entre les mains de puéricultrices. En octobre déjà quatre centres fonctionnaient : à Jinotepe (100 enfants), à Matagalpa (35 enfants) — ce sont des régions productrices de café — à Managua et à Leon. D’autres étaient en projet. Rappelons que sous la dictature, il n'existait aucune forme d'aide sociale. Avec l’aide du ministère du Bien-

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Etre social. l'Association crée des centres de production et de formation professionnelle. A Esteli. dans le nord, une ville qui a le plus souffert des bombardements, une centaine de femmes travaillent dans un centre de couture et dans un atelier de jouets. Il y a des projets d'entreprise d’élevage avicole, d’ateliers divers, de laveries et de cantines populaires. Tout se met en place peu à peu. L’Association se préoccupe de donner un travail plus productif au très grand nombre d’employées de maison qui ont perdu leur emploi quand les bourgeois somozistes ont fuit le pays, et aux prostituées, nombreuses surtout dans les ports.

Contre les discriminations

Les responsables de l’Association que j’ai vues, m’ont semblé très conscientes du rôle actif que doivent avoir les femmes dans la société, à l egal des hommes. Elles ne veulent plus de discriminations ni salariales ni d’aucune sorte. « A travail égal, salaire égal » est un de leurs mots d’ordre. Elles insistent sans cesse sur le rôle politique des femmes, et tout m’a porté à croire, à travers leurs luttes, passées et présentes, dans ce que j’ai pu entendre et lire, à la télévision, dans la presse, que la lutte pour la libération des femmes est effective,

Ceci dit, plusieurs militantes de l’Association sont favorables à une contraception libre et gratuite sous oontrôle médical, en insistant sur le fait qu’il faut que les femmes puissent savoir ce qui leur convient le mieux. Depuis, le ministère de la Santé a pris des mesures dans ce sens. En ce qui concerne l’avortement, les différentes femmes que j’ai rencontrées m’ont parlé de nombreux avortements clandestins. Il n’y a pas de chiffres. Léa Guido, ministre du Bien-Etre social et membre de l’Association des femmes (elle en était une dirigeante sous la dictature), a abordé le problème en soulignant que le pays n’avait pas les moyens médicaux nécessaires pour le moment pour remédier aux avortements clandestins. Elle a précisé qu’il n’y avait pas encore de discussion ouver- réelle. Avec cependant des limites en ce qui concerne l’oppression spécifique des femmes en tant que sexe : j’y reviendrai. En tous cas, il ne fait aucun doute pour elles que la li-

La prostitution

Bien que la situation léguée par la dictature ne soit pas aussi grave quelle l'était à Cuba, la prostitution fait partie, au Nicaragua comme ailleurs, du vieux monde patriarcal et marchand. L association des femmes s en préoccupe. Elle prépare notamment la création de centres de formation professionnelle où les prostituées pourront s intégrer à la vie productive et sociale du pays.

te à ce sujet et que le FSLN n’avait pas encore élaboré de politique démographique. « Mais , dit-elle, nous travaillons avec l’Association des femmes et nous verrons avec elles, ce quelles en pensent. »

Sur un plan très personnel, Gloria m’a dit être favrorable à l’avortement libre, « gratuit pour les pauvres, mais pas pour celles qui ont de l'argent ». Elle ajoute cependant, que « la lutte pour l’avortement est une lutte légitime, mais pour l’instant pas représentative des préoccupations de la majorité des femmes. Ce problème se posera avec l’évolution du mouvement des femmes. » Une politique de planning familial est mise en place, des cours d’éducation .sexuelle sont organisés. Apparemment, pour Gloria, l’éducation sexuelle allait de soi, dans toute bération du peuple du Nicaragua passe par la libération des femmes nicaraguayennes.

A un niveau plus strictement politique, l’Association et les comités de base organisent des cours de formation politique, font des séminaires, sur la situation politique et économique du pays. Il y a un immense travail de propagande, dans la mesure de leurs moyens.

Elles organisent des fêtes dans les villes : à Managua, elles ont rassemblé vingt mille personnes le 2 novembre dans une grande fête.

• Quelle est leur position sur l’avortement et la contraception ?

— Quand j’ai abordé le problème de la contraception et de la sexualité, il y a eu au premier abord quelques réticences. « La lutte pour l'éducation et la santé gratuite est ressentie comme davantage prioritaire », m’a-t-on répondu. 11 est vrai qu’étant donné le caractère sauvage et quasi forcé de la contraception sous Somoza, comme dans tous les pays d’Amérique latine où les USA veulent contrôler la poussée démographique, on distribuait n’importe quelle plaquette de pilules, sans rien apprendre aux femmes du fonctionnement de leur corps, ou bien on faisait des injections de Dépro-Provéra, le problème de la contraception est abordé souvent d’un point de vue différent du nôtre en France.

éducation générale, politique ou culturelle.

Quant à la lutte contre le machisme, même si ce n’est pas spécifié dans les publications de l’Association, elle existe quand même. Les femmes en combattant aux côtés des hommes à part égale pendant la guerre, ont réussi à s’imposer, à se faire reconnaître : « Les meilleurs défenseurs parmi les hommes de l’égalité avec les femmes sont les combattants qui ont appris à reconnoitre leur valeur dans l’action. »

Des mesures ont été prises pour interdire l’utilisation du corps de la femme dans la publicité et interdire les films ou la presse à caractère pornographique.

• Quelle est la participation des femmes aux autres organisations de masse ?

— Les femmes sont présentes partout. Dans les comités de défense sandinistes des milieux populaires, elles sont plus nombreuses que les

Pas de position officielle du FSLN sur l'avortement

SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE hommes Dans les syndicats, les militantes de l’Association commencent à mener une lutte syndicale spécifique en tant que femmes. Dans l’armée, il y a 25 % de femmes. En plus, comme toutes les organisations de masse, l’Association demande une formation militaire pour ses adhérentes.

• Quels sont les liens de l’Association avec le FSLN ?

— A l'époque où Ampronac a été fondée en septembre 1977, cela répondait à un projet du FSLN, lequel ne pouvait se manifester à visage découvert. Les liens ont été, dès le départ très étroits. Il est clair que les responsables de l’Association, bien que cela ne soit pas une obligation, sont membres du Front. L’Association, vis-à-vis du Front, semble jouer un rôle d’élaboration et de proposition sur les questions concernant les femmes.

• Revenons pour terminer sur ce que tu as appelé les « limites » du programme de l’Association, en ce qui concerne l’oppression spécifique des femmes...

— Il est vrai que les revendications de l’Association sont plus orientées vers des questions sociales générales que vers la remise en cause du rôle traditionnel de la femme dans sa vie privée. Mais il faut restituer tout cela dans le contexte. Le degré de participation des femmes à la lutte contre la dictature, en particulier la participation de 25 % des femmes dans l’armée sandiniste, est un signe de la place importante qu’occupent les femmes dans la révolution du Nicaragua.

Des limites, certes, mais des acquis fondamentaux pour aller plus loin

A mon avis, c’est œja un progrès considérable par rapport au rôle et à la place traditionnelle des femmes dans les sociétés latino-américaines. Il est intéressant de noter, comme me le faisait remarquer Gloria, l’appréciation positive des soldats hommes sur leurs camarades femmes. On peut critiquer le fait que l’on oriente les femmes vers des travaux de couture, que pour la garde des enfants on ne forme que des femmes puéricultrices, que la fonction de la mère soit très valorisée... Mais l’existenoe même de l’Association des femmes.

qui a toujours été organisée de manière indépendante, et qui est aussi active, est une conquête fondamentale pour les femmes. Cela constitue une garantie pour aller plus loin dans leurs revendications spécifiques. Il est vrai qu’ayant agi dans des conditions très dures et avec beaucoup de courage pour mobiliser les femmes, les militantes n’ont pas eu le temps de poser tous les problèmes de l’oppression des femmes. Elles parent au plus pressé et ont des tâches urgentes de nourriture, de soins, d’éducation. Et puis, l’idéologie catholique et machiste est très forte. Il fcut souligner aussi que la remise en cause du rôle de la femme dans la famille n’a pas le même sens que chez nous. La famille, là-bas, est souvent un îlot de résistance où les femmes ont une place importante au niveau économique, dans l’éducation des enfants, la participation aux travaux ruraux... sans compter les femmes qui élèvent seules leurs enfants. Et ce n’est pas évident de faire comprendre aux femmes des milieux les plus défavorisés ce qu’est le machisme, sans situer tout ceci dans un contexte de revendications. Certaines militantes, pas toutes, sont très conscientes des différents aspects de l’oppression des femmes.

Il faut effectivement veiller à ce que la libération des femmes ne s’arrête pas au niveau économique mais que les problèmes du patriarcat, du pouvoir de l’homme sur la femme, du sexisme, du droit à disposer de son corps soient abordés dans les débats et les luttes quotidiennes. Il y a encore, et pas seulement au Nicaragua, beaucoup à faire pour changer les mentalités. Et puis, la libération des femmes au Nicaragua dépend aussi de l'évolution du processus révolutionnaire.

Il faut discuter ouvertement avec les femmes nicaraguayennes : elles sont d’ailleurs absolument prêtes à le faire. Elles connaissent l’existence et l’importante des mouvements féministes en Europe et comptent sur notre solidarité active, la plus large possible, tant au plan matériel que politique. Leurs moyens sont très faibles, un appui financier leur est indispensable pour réaliser leurs différents projets.

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Solidaires, doublement solidaires

La révolution nicaraguayenne a un besoin vital du soutien de tous et de toutes, tant au plan matériel qu’au plan politique. En tant que femmes nous sommes doublement concernées. C’est pourquoi nous devons tout à la fois nous associer largement aux activités générales de solidarité, en particulier celles menées par l’Association de solidarité franco-nicaraguayenne (ASFN), mais aussi, plus spécifiquement mener une campagne pour faire connaître les luttes et les aspirations des femmes nicaraguayennes. Tel est le but du Collectif femmes Nicaragua.

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Samedi 1 7 novembre, à Paris, s’est constituée

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l’Association de solidarité franco-nicaraguayenne, - qui regroupe des membres de l’ancien comité de solidarité, plus toute une série de personnalités et de militants d’origine très diverse, française, nicaraguayenne ou latino-américaine. Des statuts ont été discutés et votés, et une direction élue, associant des représentants des villes de province qui étaient représentées (Lille, Evreux, Strasbourg). Du matériel est déjà disponible : un dépliant et un journal destiné à être diffusé dans toute la France. Nous publions ci-dessous l’appel de l’ASFN.

Appel

La victoire du peuple nicaraguayen sur la dictature somoziste acquise au terme d'une lutte armée de dix-huit ans menée par le Front sandiniste de libération nationale, représente un formidable espoir pour ce peuple et pour tous les peuples opprimés d'Amérique latine.

Mais cette victoire a été arrachée à un prix très élevé : trente mille à quarante mille hommes, femmes et enfants ont été tués par la garde nationale et la guerre laisse une économie exsangue, un pays en ruine.

Actuellement, dans le cadre d'un formidable mouvement national, le peuple nicaraguayen est en train de construire d'arrache-pied le nouveau Nicaragua : tous les comités de base, de quartier, de village, etc., nés dans la lutte contre la dictature s emploient à doter le pays de structures nouvelles correspondant à leurs aspirations.

Mais pour atteindre ces objectifs, la solidarité internationale sera indispensable. Ainsi en France, doit se développer un puissant mouvement de soutien matériel et politique à la révolution nicaraguayenne, soutien qui n’est d’ailleurs pas qu'un impératif moral . il s inscrit clairement dans le cadre du combat pour la démocratie et les libertés qui se mène en France.

C'est pourquoi les personnes soussignées ont décidé de constituer l’Association solidarité franco -nicaraguayenne, qui se fixe pour objectif de développer en France un soutien prolongé au processus révolutionnaire impulsé par le mouvement sandiniste et le peuple nicaraguayen. Dans ce but elle se propose :

— de développer un travail suivi d’information et d’analyse sur la situation au Nicaragua ;

— de recueillir dans toute la France des moyens financiers et matériels pour apporter une aide directe au processus de reconstruction, en accord avec le secrétariat extérieur du FSLN ,

— de contribuer à la mobilisation des forces progressistes françaises pour que notre gouvernement participe largement à l’attribution d’une aide financière sans conditions au peuple nicaraguayen et à son gouvernement.

« Dès à présent, les soussignés invitent les person -nés intéressées à rejoindre l’association et à lut faire parvenir leur solidarité financière qui sera acheminée au Nicaragua (compte CIC. 2, boulevard Raspail, n° D 2.987.784, mention Nicaragua).

Association solidarité franco-nicaraguayenne, 14, rue de Nanteuil, 75015 Paris, téi : 5314338.

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Le collectif femmes « Nicaragua »

Créé en septembre 1979, le collectif est déjà intervenu dans de nombreuses réunions publiques pour y faire entendre la voix des femmes nicaraguayennes en lutte, et récolter un soutien financier. Un poster et une brochure sont sur le point de sortir. Nous appelons toutes celles que oe travail intéresse à rejoindre le collectif ou à entrer en contact avec lui pour prendre des initiatives semblables dans leur ville.

Ecrire à Y an ne Marette, 47, rue Blanche, Paris 75009

Voici comment se définit le collectif :

Femmes françaises -femmes nicaraguayennes, solidaires !

Femmes en lutte en France, nous avons suivi attentivement et chaleureusement le combat du peuple nicaraguayen pour sa libération. Preuve vivante, après tant de défaites et d’attentes déçues en Amérique latine comme en Europe, que l ordre impérialiste n 'est pas inébranlable.

La victoire, si chèrement conquise sur l’une des dictatures les plus sanglantes d’Amérique latine, jette les bases d’une société nouvelle et constitue, pour les femmes de ce pays et pour celles de tout le continent, une chance historique.

La chute de Somoza n eut pas été possible sans le courage et l'énergie des femmes. La consolidation de la victoire, le redressement économique, la construction d’une société débarrassée de toute exploitation, ne seront possibles qu 'avec la mobilisation, l’intervention active et consciente des femmes à tous les niveaux.

Les femmes nicaraguayennes, par leur action, ont prouvé qu elles entendaient être présentes sur tous les fronts de lutte .

• AMPRONAC, mouvement de femmes crée en 1977, a lutté contre la répression sous la dictature, organisé en 1978 une marche de la faim dans le pays, occupé le siège de l’ONU pour dénoncer les exactions du régime et plus particulièrement les enlèvements et disparitions, participé activement à la préparation de l’insurrection et à la mise en place de l'infrastructure médicale clandestine.

9 Les femmes ont lutté, et luttent, les armes à la main dans le front, les milices populaires, l’armée sandinis-te. A Leon, deuxième ville du pays, le chef d'état -major est une femme de vingt -trois ans. qui fut l’un des trois commandants dirigeant la prise du palais somo-ziste. A ses côtés, seconde dans la hiérarchie militaire de la région, une femme également... Et il ne s’agit pas là d’exceptions.

Françaises et latino-américaines, luttant en France pour la libération des femmes, nous savons à que! point, dans tous les domaines, celle <i a partie liée avec la transformation de l’ensemble de la société. Oppression des femmes et capitalisme se renforcent mutuellement et sont la cible commune de notre combat.

La place des femmes dans la société à construire aujourd'hui au Nicaragua depend, pour une part décisive, de leur propre intervention collective. C'est le sens que les femmes nicaraguayennes donnent à leur volonté de consolider et d’élargir leur mouvement, garant d’une mobilisation maintenue aujourd'hui, à l'heure où il s agit de défendre ce qui est acquis et de bâtir.

Profondément convaincues que la lutte des femmes. au-delà des contextes distincts et des particularités nationales, historiques, enjambe les frontières, nous ressentons la lutte des femmes nicaraguayennes comme un point d'appui pour la nôtre et une partie de notre espoir, que nous soyons françaises ou latino-américaines.

9 C’est pourquoi nous nous sentons, avec nos moyens limités et à partir des objectifs qui sont les nôtres dans ce pays, responsables de la solidarité internationale à laquelle les femmes du Nicaragua appellent.

9 C’est pourquoi, militantes du mouvement autonome des femmes, nous avons pris l'initiative de constituer un collectif de solidarité avec les femmes nicaraguayennes •

— dans le but d'informer sur leur lutte et leur expérience ;

— dans le but de développer une solidarité matérielle et financière.

Nous nous proposons, dans un premier temps, d’organiser une exposition-vente de produits artisanaux fabriqués par des femmes, produits artisanaux dont la confection signifie une première insertion productive et la vente une aide financière non négligeable dans une conjoncture très difficile.

Nous entendons collecter par ce biais, et par d’autres initiatives, l'argent nécessaire au financement de projets concrets : équipements collectifs pour les en -fonts, film retraçant l'histoire des luttes de femmes et constituant une première mémoire de leur rôle politique au Nicaragua.

Pour que vive la solidarité des luttes de femmes !

Collectif féministe de solidarité avec les femmes nicaraguayennes.

Notes

  1. Le 10 décembre 1979
  2. (A l’mMathc 4e la «Rtne 4’ea lace », 4e «Reane-Méaage », 4es » CaMers 4a féariafeaw », 4'» Histoire 4'eBes », 4es feaaes 4es comités Nicaragaa, 4 es arilitaates 4es groapes feanes latiao-aariri-caiaes 4 Paris.)

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