La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Nous avons reçu

· Cahiers du féminisme, n° 12, janvier - février 1980 · p. 47 · 966 mots

A propos de la politique nataliste

J’ai bien lu votre analyse de la politique nataliste dans les Cahiers du féminisme d’avril-mai 1979 et je voudrais vous faire quelques remarques.

Bien d’accord avec vous pour dénoncer derrière les propos conservateurs comme ceux de M. Debré ou P. Chaunu des arrières -pensées politiques évidentes. Mais prendre prétexte que les conservateurs veulent en profiter pour réduire le travail de la femme ou l’avortement, pour refuser toute action sur la natalité est d’une naïveté déconcertante. C’est jeter l’enfant avec l’eau du bain.

Il existe sur ceue question un paradoxe : la droite, pour expliquer la baisse de la natalité, privilégie les raisons morales mais préconise, pour en sortir, des mesures économiques. A l’inverse, la gauche et l’extrême gauche privilégient les raisons économiques mais préconisent pour en sortir une autre « ambiance » en déclarant à l’avance toute mesure économique de soutien sans efficacité aucune.

Vous sous-estimez beaucoup les conséquences d’un phénomène redoutable, le vieillissement de la population (très bien perçu, par contre, par C. Hauser du PSU dans Tribune socialiste, de juin 1979). Ne pensez -vous pas qu’il serait bon qu’un débat s’engage sur ces questions vitales, au sein de l’extrême gauche ?

Recevez mes meilleurs sentiments.

Guy Durand

Réponse : d’abord et avant tout, nous pensons qu’il est impossible d’aborder la question démographique d’un point de vue national voire nationaliste, qu’il faut au contraire la saisir sur le plan international et internationaliste. Or de ce point de vue, il n’y a pas de vieillissement de la population sur le plan mondial. Ce qui guide les natalistes actuellement c’est une double crainte : voir submerger les pays capitalistes par une population jaune, noire, etc., et pauvre, voir un des piliers de la société bourgeoise s’affaiblir : la famille ! C’est pourquoi nous disons non à toute campagne nataliste, nous sommes pour que chaque enfant perçoive une allocation qui lui permette de subvenir à ses besoins quel que soit son rang ou le statut de sa mère, nous sommes pour que les femmes puissent totalement librement choisir d’avoir ou non des enfants. Il faut donc un autre mode d’organisation économique et social !

A propos de la manifestation du 6 octobre

Dans l’article sur la manifestation du 6 octobre paru dans le numéro 11 des Cahiers, j’ai été désagréablement surprise de lire les opinions de la rédaction en ce qui concerne le collectif « Politique et Psychanalyse ». En effet, le slogan mis en cause n ’a en soi rien de réactionnaire et les camarades auraient pu éviter de tomber dans le piège du sectarisme en considérant de plus près l’ambiguïté d’une telle phrase. Il semble bien que, militant pourtant pour une même cause, nous n’ayons pas perçu le même message et s’il falloir critiquer ce courant (sans aller jusqu 'a l ’injure), le moment était bien mal choisi.

A l’inverse de ce que vous avez affirmé, je suis persuadée que les femmes de « Psy et Po » ne considèrent pas que la politique doit rester l’affaire des hommes. Dans les numéros de leur mensuelle Des femmes en mouvement, les réflexions sur les institutions politiques étaient nombreuses, l’interrogation sur la nécessité d’ articuler lutte de classes et lutte de femmes était, me semble -t -il, plus nuancée que vos conclusions hâtives. Certes, les militantes de « Psy et Po » prennent parfois de grandes distances vis-à-vis de la LCR comme d’autres organisations de gauche ou d’extrême gauche, étant peu sensibles au discours militant masculin taxé injustement parfois de récupération mais leur volonté est tout de même de combattre le capitalisme, sans être capables d’assumer les contradictions de celles qui, féministes, luttent aussi dans des organisations mixtes.

Bien évidement, le ton de votre article n’incite guère les sceptiques à se sentir proches de la LCR et je souhaite qu’à l’avenir les articles des Cahiers ne soient pas truffés de propos malhonnêtes sur des mouvements qui n’abordent pas les problèmes de la même manière que ceux qui se proclament révolutionnaires.

A l’heure où les mouvements reactionnaires comme « Laissez les vivre » mobilisent leurs militants contre les guerre contre l’avortement, la contraception, le divorce et l’homosexualité, nous devons être vigilance )s et uni(e)s

Le fosse entre féministes tendance lutte de classes et féministes dites radicales pourrait être comblé par des discussions, des échanges réels entre différentes tendances, ce qui est le but des Cahiers, je crois.

Mais ceci n’étant qu’une autre interprétation du problème tout aussi critiquable, l’honnêteté révolutionnaire exige que ces « réacs » de « Psy et Po » s ’expliquent dans les colonnes de votre journal, ouvert à l’ensemble des courants ou militant(e)s...

Révolutionnairement vôtre

Réponse : Il est évident que nous sommes prêtes à passer dans « les Cahiers » toute tribune qui permettrait d’engager le débat sur « féminisme et luttes de classe », de « Psy et Po » ou de tout autre courant à la seule condition que l’on nous propose la même chose. C’est ce que nous avions fait avec les militantes de l’OCT.

Nous avons jugé le mot d’ordre de « Psy et Po » « l’usine aux ouvriers, l’utérus aux femmes » comme un mot d’ordre réactionnaire. C’est une appréciation politique avec laquelle tu peux être en désaccord mais cela n’a rien à voir avec une iniure. C’est nourauoi nous ne nous serions pas permis de parler ue militantes de « Psy et Po » comme de « réacs »

Tu écris que « Psy et Po » combat le capitalisme ; nous sommes d’accord avec toi. Par contre nous ne pensons pas que leur préoccupation soit d’articuler lutte de femmes et lutte de classes. Pour une analyse plus appronfondie de « Psy et Po », nous te renvoyons à l’article paru dans le n° 7 « des Cahiers ».

Notes

  1. Millau le 1er juillet 1979
  2. Véro. 16 ans militante JCR

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