SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE
Interview de Solange Fitte-Duval, présidente de PUFM (Union des femmes martiniquaises )
• Que représente aujourd’hui l’UFM en Martinique ?
— Pour comprendre l’implantation et les problèmes de l’UFM, il faut revenir en arrière ; lorsqu’en 1956, Aimé Césaire quitta le PCM pour fonder le PPM, il entraîna avec lui une partie de femmes communistes ; et cette scission se répercuta durement dans l’UFM qui perdit une partie de ses membres, en particulier à Fort-de-France. Ses comités subsistèrent surtout dans les communes communistes. Ce n’est qu’à partir du congrès de 1974 que l’Union, avec son journal Femmes martiniquaises connut un net regain d’activités.
Elle regroupe aujourd’hui neuf comités locaux et compte environ cinq cents adhérentes. La majorité d’entre elles sont des femmes de pêcheurs, de cultivateurs ou d’ouvriers. L’absence d*un comité à Fort-de-France explique qu’il y ait très peu d’employées et d’enseignantes. Il faut noter aussi que nous avons beaucoup de difficultés à nous maintenir ou nous implanter dans les municipalités RPR, car les femmes ont peur d’être repérées.
• Dans le compte-rendu de votre congrès, vous dites que la moyenne d’âge de vos adhérentes est de quarante-cinq ans. Comment expliquez-vous la faible participation des jeunes à l’UFM ?
— Dans le passé, les militantes du PCM adhéraient à l’UFM ; aujourd’hui, elles constituent moins de la moitié des adhérentes ; toutefois, cette proportion est beaucoup plus élevée aux postes de responsabilité.
Les jeunes préfèrent militer au parti et pensent que l’Union n’est pas assez politisée, pas assez hardie. Elles la perçoivent comme une organisation réservée aux mères de familles, parce que les comités organisent des cours de cuisine, de couture, des sorties et des vacances pour les enfants.
• Pensez-vous que ces critiques soient justifiées ?
— Il faut savoir qu’il est difficile de réunir des femmes en Martinique car les pères et les maris s’opposent à ce qu’elles sortent, manifestent, s’intéressent à la politique. Par ce type d’activités, nous pouvons plus facilement les réunir, les informer de leurs droits, leur faire prendre conscience de leur rôle civique, leur faire exprimer leurs besoins et voir quelles actions on peut entreprendre pour les satisfaire.
• Quelles sont les actions définies par votre congrès et réalisées sur le terrain ?
— Nous insistons beaucoup sur le rôle civique que les femmes doivent jouer. Elles sont totalement absentes de la vie publique ; or, leur expérience de la vie de tous les jours, leur pragmatisme, leur sensibilité, leur psychologie font qu’elles auraient beaucoup de choses à défendre dans les assemblées. Par exemple, quelle majorité de femmes, dans ce pays si sous-équipé en besoins pour la femme et l’enfant aurait voté le milliard du golf départemental plus tout ce que coûte son entretien !
D’autre part, nous pensons qu’il faut défendre les droits des femmes, les conseiller lorsqu’elles connaissent des situations difficiles avec leur mari (assistance judiciaire, droits à pension...) et lutter contre les agressions physiques dont elles sont l’objet à l’usine ou dans leur foyer ; sur ce dernier point, nous pensons que l’action du CPSFA est positive.
• Comment se fait-il que la question de l’IVG n’ait pas été débattue lors de votre congrès qui se tenait deux mois avant le vote de la loi Veil ?
— Il faut d’abord rappeler que nous avons été partie prenante de la création du Planning familial et que nous sommes pour une information systématique sur la contraception qui est loin d’être faite en Martinique, car le gouvernement préfère des avortement répétés qui rendent les femmes stériles à l’information sur la contraception. Nous sommes pour la loi de 1975, car il est clair que les avortements clandestins touchent les femmes les plus défavorisées ; mais nous ne voulons pas que l’IVG soit un moyen de contraception. Il y a chez nous des femmes qui se font avorter trois fois dans l’année !
En ce sens, nous sommes pour le maintien de la loi ; le 3 1 mars dernier, tous nos comités ont été présents au meeting organisé avec le CPSFA ; plus d’une centaine de femmes de l’UFM y sont venues en car ; nous avons écrit des articles dans notre journal. Mais nous ne nous sommes pas prononcés sur le problème des délais et nous n’avons ni connaissance réelle ni intervention sur les hôpitaux qui pratiquent des IVG.
Personnellement, comme beaucoup de femmes de mon age, le problème de l’avortement ne m’a pas passionné et je n’aime pas l’aborder. Même si je suis pour, les principes dans lesquels j’ai été éduquée font que je n’y aurais pas eu recours.
• Dans votre motion de congrès, vous dites que vous voulez rechercher des actions communes avec d’autres organisations démocratiques. Lesquelles et sur quoi ?
— Nous voulons mener des actions sur le droit au travail, le droit au logement, la création de structures sociales, les échecs scolaires, les libertés. Avec les syndicats (nous participons à toutes les manifestations qu’ils organisent sur ces thèmes), avec les femmes de progrès, avec le CPSFA.