La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Le 8 Mars, la CGT s’en souvient-elle ?

· Cahiers du féminisme, n° 15, mars - avril 1981 · p. 15 · 478 mots

La CGT parlera du 8 Mars, c’est dans ses traditions. Mais de là, cette année, à mobiliser ses adhérent(e)s... Pour l’instant, elle ne souffle mot de œtte échéance. Sans doute, elle mentionnera cette date comme on parle d’un anniversaire.

En 1979, elle organisait à l’occasion de la journée internationale de lutte des femmes un forum « pour un autrement ». C’était peu, en regard de l’importance de la date.

En 1980, ce fut moins encore : la confédération demandait seulement une mobilisation du 7 au 14 mars, c’est-à-dire une huitaine de renforcement et d’adhésions à la CGT succédant à une quinzaine consacrée à la vente d 'Antoinette. On connaît le caractère mobilisateur de telles perspectives...

Pourtant, quelques signes donnent à penser que toutes les énergies ne sont pas en sommeil.

Ainsi, Christiane Gilles, secrétaire confédérale et directrice d'Antoinette, annonce une campagne dans le Peuple du début janvier. Intitulée Vivre et travailler en pleine égalité, l’action des travailleuses avec la CGT, cette campagne demeure encore confidentielle. Elle possède paradoxalement un support intéressant, un « Cahier noir des discriminations », issu de la Journée sur les discriminations du 6 juin 1980. Pour l’instant, c’est l’activité essentielle sur laquelle repose la « campagne ».

De plus, Christiane Gilles réaffirme la nécessité de relancer les collectifs ou commissions syndicales femmes, dans les sections d’entreprises. Elle les présente comme outils pour que la section ou le syndicat reprennent la spécificité féminine à leur compte.

Mais voilà, comme Antoinette qui dénonce chaque mois la condition faite aux femmes ouvrières et qui s’en tient là, cette campagne n’a pas d’objectif de lutte. Seules perspectives : vendre Antoinette, le Cahier des discriminations, et faire des adhésions. Là est tout le problème cégétis-te aujourd’hui : des traditions, des analyses mais le chemin de l’action est barré.

Ce qui s’est produit à l’occasion du vote de la loi sur le temps partiel est significatif à cet égard : Antoinette a bien dénoncé le piège du travail à temps partiel. Mais une dénonciation, aussi violente soit-elle, ne saurait remplacer la construction d’un rapport de forces national susceptible d’imposer un recul au gouvernement et au patronat.

Krasucki, le 9 novembre, devant une réunion des déléguées d’entreprises concernées par le temps partiel, déclarait : « Mais c ’ est finalement dans les entreprises que tout se réglera et il n ’est pas dit que les patrons seront assez forts pour faire appliquer leur mauvaise loi. »

Cette phrase entérine de fait l’absence de riposte centrale de la CGT contre la loi, même si elle semble donner le signal de la lutte dans les entreprises.

Or, faute de cette perspective d’ensemble, le 8 Mars, comme n’importe quelle autre échéance, sera l’occasion d’un discours sans lendemain. Alors que ce 8 Mars devrait être un jour de lutte pour l’emploi des femmes et contre sept ans de libéralisme à la mode de Giscard.

Lantier

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