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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Des assises pour le droit à l’emploi des femmes

Cahiers du féminisme, n° 16, été 1981 · p. 15-16 · 1 114 mots

Si, longtemps, le droit à l’emploi des femmes n’a pas été une revendication prioritaire, du moins pas l’axe d’une campagne généralisée et centralisée, ceci tend à se modifier. En effet, il faut rerharquer que c’est au moment même où le pouvoir mène campagne pour la natalité et le renvoi partiel des femmes au foyer, que toutes les études économiques montrent que les femmes veulent rester sur le marché du travail

\iinsi, une campagne pour le droit à l’emploi des femmes petit aujourd’hui rencontrer un réel écho et s’avère en tous cas indispensable.

Eïans le cadre d’une politique! d’austérité, les attaques contre le droit à l’emploi et contre les conditions de travail et de vie des femmes redoubler t de violence. Il est évident que c’est à terme l’ensemble des travailleurs qui est visé, même si aujourd’hui la bourgeoisie exploite habilement différences et discriminations.

À l’occasion d’une telle canjpagne s’imposeront un renforcement et un approfondissement de la mobilisation et de la réflexion féministe sur la place des femmes dans la société, le rôle de la famille, l’idéologie nataliste, l’exigence d’une indépendance économique, d’une approche différente du travail.

Le Mouvement des femmes peut et doit avoir un rôle moteur dans le regroupement de toutes les femmes de la classe ouvrière, qu’elles soient salariées, chômeuses ou femmes au foyer. Il ne doit par ailleurs négliger aucune occasion d’associer, par un biais ou un autre, le reste du mouvement ouvrier organisé aux revendications des femmes.

Mais il est nécessaire aussi que l’action et la réflexion au sein des syndicats et des partis ouvriers soient intensifiées. Il faut convaincre que toute discrimination qui touche les femmes est nuisible à l’ensemble de la classe ouvrière.

C’est pourquoi, les deux et trois mai derniers, la coordination nationale des groupes femmes, consciente de ses responsabilités, a décidé dans sa rencontre nationale d’engager une mobilisation nationale pour le droit à l’emploi des femmes. Deux temps forts sont déjà prévus même si cette campagne est conçue comme une mobilisation prolongée sur les prochaines années :

-début octobre, réunion nationale non-mixte de réflexion et de décision pour préparer de véritables assises ;

EMPLOI

-fin novembre, assises sur l’emploi ouvertes à toutes les femmes et à tous les hommes, à toutes les organisations concernées et prêtes à se mobiliser pour le droit des femmes à l’emploi.

Comment concevoir une initiative de ce type ?

Au niveau des thèmes, d’abord : ils seront obligatoirement divers ; le droit réel des femmes à un emploi suppose une telle remise en question de la société que cela permet des débats passionnants, aussi bien sur notre rapport au travail (diversifié) que sur la santé, les loisirs, l’éducation, le pouvoir. Si des actions sont nécessaires partout et sur toutes ces questions, il paraît pourtant plus efficace de dégager quelques thèmes de lutte susceptibles, sans être exclusifs, de nous rassembler toutes et tous pendant un temps. Exemples :

-le temps de travail : il fait l’objet d’une bataille incessante avec la bourgeoisie qui, non contente de remettre en cause en permanence les acquis de la classe ouvrière, a une politique offensive de division des travailleurs sur ce terrain. Le temps de travail (inégalement réparti entre hommes et femmes lorsqu’on n’oublie pas le travail ménager !) cristallise en effet les discriminations à l’égard des femmes ;

-les équipements collectifs :

remis en cause par le pouvoir, de manière insidieuse jusque-là, et de manière beaucoup plus directe aujourd’hui, ils n’ont pourtant jamais fait l’objet de batailles prioritaires de la part du mouvement ouvrier. C’est un exemple criant du retard de la prise de conscience de l’importance de cette question.

En ce qui concerne l’auto-organisation des femmes :

La préparation des deux échéances centrales d’ores et déjà prévues sera l’occasion de travail en commun pour des femmes d’horizons très divers mais toutes aussi pleinement concernées : femmes se réclamant du Mouvement des femmes, femmes de partis de gauche, femmes syndiquées, femmes du Planning familial. Bien sûr, il ne s’agit pas d’être mécanistes ou simplistes et toute forme d’action ou de regroupement est à encourager.

Toutefois, il faut avoir conscience que c’est seulement lorsque seront mobilisées des milliers de femmes que pourront réellement surgir les aspirations profondes de la masse des femmes. Et c’est seulement unies qu’elles auront des chances de faire aboutir leurs revendications.

Cela ne doit pas empêcher de reprendre et d’amplifier des initiatives encore isolées aujourd’hui : de nombreux groupes femmes ont sorti des brochures d’information sur l’emploi des femmes dans leur région (cf. Bordeaux et Strasbourg) à la suite de la coordination des groupes femmes. Et le huit pages, réalisé par la coordination des groupes femmes, a été chaque fois très bien accueilli lors de la|diffusion.

Sur des thèmes bien précis, des initiatives unitaires ont été prises. Ainsi, à l’initiative du C.O.D.I.F. à Marseille, une dénonciation des cinquante mesures de M. Pelletier pour les femmes seules a été l’occasion de regrouper de nombreuses femmes et, par la suite, a donné lieu à une protestation du P.S., du P.C., de la C.G.T., de la C.F.D.T. contre la politique gouvernementale.

L’organisation de débats sur un quartier ou sur une entreprise devrait déboucher sur un regroupement plus large des femmes désirant travailler ensemble. Ce fut le cas dans le

14e arrondissement à Paris où une réunion pour lancer une mobilisation large sur le quartier a été impulsée par le groupe femmes qui a ainsi contacté de nouvelles femmes du quartier.

Les assises

Après la réunion de femmes prévue en octobre, une charte sur l’emploi des femmes sera diffusée massivement pour préparer les assises et populariser les actions et les luttes de femmes. Ce sera l’occasion de faire la synthèse de ce qui aura été fait dans les entreprises, les quartiers par les différentes organisations de masse mais aussi d’aller plus loin. Les sections syndicales devraient y participer massivement (la représentation de tous les secteurs d’emploi féminin et leur participation active seraient souhaitables), ainsi que les syndicats de la médecine, les partis politiques (les divergences programmatiques devraient être explicitées), le Planning familial, les collectifs de parents d’élèves, les associations du cadre de vie... tous ceux et toutes celles enfin qui se battent avec les mêmes objectifs.

Ces assises seront l’occasion d’informer largement sur les luttes en cours. On peut d’ailleurs regretter que la C.G.T. n’ait à nul moment envisagé une mobilisation nationale en solidarité avec les ouvrières d’Essilor (on se rappelle qu’elles ont malheureusement perdu leur procès contre leur patron). Par ailleurs, les luttes du Cadastre pour la « perma-nentisation » et la lutte des dactylocodeuses de l’I.N.S.E.E., préfiguration des luttes du futur, auraient mérité une autre popularisation.

Tout reste à faire pour que ces assises soient un succès et ne restent pas sans lendemain.

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