Ce texte est extrait aun long document anonyme rédigé en RDA et récemment publié dans la revue autrichienne Gegens-timmen. Dans ses grands traits, ce texte se présente comme une analyse marxiste très critique de la société est-allemande dont l’inspiration rejoint explicitement celle de Rudolf Bahro et de Robert Havemann. D’autres extraits de ce document d’une grande densité théorique (qui en explique le style parfois ardu) sont publiés dans Inprecor et L’Alternative.
Dans le cadre de la reproduction des normes des rapports sociaux existants, la petite famille s’avère être le moyen pour que le procès de socialisation des enfants continue à s’effectuer comme par le passé. Tandis que la petite fille est éduquée dans l’esprit de la « féminité », avec tous les attributs bourgeois datant du siècle dernier qui sont attachés à cette notion, ce « sauvage » qu’est le jeune garçon est le produit d’une société qui continue à penser sur un mode patriarcal.
Combien de femmes sont violées ou battues chaque jour, combien continuent d’être les bonnes à tout faire où les prostituées conjugales de leur mari, c’est une chose qu’en l’absence de statistiques publiques on ne peut que tenter de deviner, dans l’état actuel des choses. En RDA, la violence contre les femmes continue d’être un phénomène social de masse, si bien que l’égalité des droits de la femme est un mot vide. L’égalité des droits de la femme au niveau économique que proclame la législation de la famille en RDA aboutit à ce que la double charge qui pèse sur la femme, au niveau de son emploi et de la conduite de son ménage, se trouve sanctionnée au plan social. Aussi, les chances de la femme en RDA de pouvoir jouir de cette égalité de droits qui est l’objet de tant de propagande ne sont elles pas les mêmes que celles de l’homme (...)
Les plans de promotion de la femme seront de peu d’effet tant que le temps que consacre la femme à l’éducation des enfants et au ménage ne sera pas le même que celui qu ’y consacre l’homme.
Mais qu’est-ce qui nous empêche de faire en sorte qu’il y consacre le même temps ? L’obstacle est constitué par l’intérêt qu’a l’Etat à ce que la productivité du travail soit aussi élevée que possible, afin de pouvoir couvrir les besoins de consommation croissante de la population et les dépenses militaires élevées. Il apparaît ainsi que la perpétuation de rapports patriarcaux dans le mariage et dans l’échelle générale des valeurs tient surtout, à l’évidence, à la perpétuation de relations de domination. La petite famille « contient en miniature les contradictions de la société et de son Etat » (1 ). Il en découle que la supression de la petite famille est la condition d’une véritable émancipa- tion de la femme, de même que dans la société bourgeoise « la famille est encore une sphère d’intimité réduite à l’état de communauté de consommateurs » (2). Dans les faits, nous pouvons observer en RDA un procès de dissolution des relations liées à l’existence de la petite famille, étant donné que plus de 90 % des femmes ont une activité dans la production, ceci afin de contribuer à l’entretien nécessaire du ménage. Il en découle un taux de divorces formidable et l’étatisation de l’éducation des enfants, de la crèche à la garderie. Mais cette « dissolution » n’est pas synonyme de « suppression » de la petite famille. La dissolution de la petite famille veut dire simplement la destruction de la famille, un processus dans lequel les individus atomisés ne développent pas de nouvelles formes de solidarité qui se situent en aval du niveau de ce que l’Etat prend en charge. La suppression de la petite famille, au contraire, signifie sa disparition positive au profit d’une nouvelle communauté, si bien que cette base sociale porte en elle-même le genre des futures relations qui existeront au niveau de l’ensemble du pays. La communauté d’habitat comme forme de vie en commun de plusieurs personnes mariées avec des enfants ou de personnes seules a comme conséquence, outre l’utilisation bien plus économique des appareils ménagers, une consolidation significative de l’état psychique de ceux qui sont seuls (...)
Importante serait la création de groupes de femmes orientés vers la prise en charge de leurs problèmes et qui proposent aux femmes violées ou maltraitées aide et assistance juridique. Les groupes de femmes pourraient, en outre, discuter des questions concernant la poursuite de l’émancipation féminine, par exemple :
-pourquoi la plupart des femmes travailleuses sont-elles reléguées dans les catégories de salaires les plus basses ?
-comment peut-on imposer dans les maternités des relations et des méthodes qui fassent davantage cas de la dignité humaine ?
-quel type de système de formation pourrait permettre que la grossesse et le fait d’avoir un enfant n’exercent plus un effet en retour irrémédiable sur la femme concernée ?
(1 ) F. Engels : L ’Origine de la Famille...
(2) J. Habermas : Strukturwandel der Jejjèntlichkeit (Transformations Structurelles de l’esprit public).
Notes
- (1 ) F. Engels : L ’Origine de la Famille...
- (2) J. Habermas : Strukturwandel der Jejjèntlichkeit (Transformations Structurelles de l’esprit public).