SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE
I, APRES LE COLLOQUE Rggg DE TUNIS SUR f LA CONDITION DES FEMMES MAGHREBINES
Dans des numéros précédents des « Cahiers du Féminisme », nous avions commencé à parler de l’oppression des femmes dans les sociétés musulmanes. C’est un sujet toujours à Tordre du jour, puisqu’un Colloque sur la condition des femmes maghrébines vient d’avoir lieu en Tunisie, en avril dernier. Nous avons rencontré Latifa et Naima, militantes du Groupe femmes marocaines de Paris, qui ont participé à ce colloque, et nous leur avons demandé de nous en parler.
• Pouvez-vous expliquer qui organisait ce colloque, et dans quel but ?
Naima. -Ce Colloque était organisé par la Fédération tunisienne des ciné-clubs, la F.T.C.C. Il faut savoir que la question des femmes commence à se poser vraiment en Tunisie, grâce notamment à l’activité du « Club d’étude de la condition féminine » de Tunis : ce sont des femmes qui se sont regroupées au sein du Club culturel Tahar Haddad (sorte de Maison de la culture) pour réfléchir ensemble à la situation des femmes tunisiennes. Ce groupe existe depuis plus de deux ans, et a organisé plusieurs débats publics, en particulier un débat en décembre dernier sur la place des femmes dans la famille, et un à l’occasion du 8 Mars sur le travail des femmes. A Sfax aussi, il existe un club culturel qui étudie la condition féminine, mais celui-ci est mixte. Et un peu partout, la question est largement débattue. Actuellement, des femmes commencent même à poser le problème de l’organisation des femmes à l’intérieur du syndicat.
C’est dans ce cadre qu’on peut expliquer l’initiative prise par la F.T.C.C.
• Quels ont été les sujets abordés dans ce colloque ?
Naima. -Il y avait 3 grands thèmes prévus : Femmes et système de production -Femmes et cultu-
SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE re (cinéma, presse, enseignement...) -enfin, les Femmes dans la vie politique (leur participation au mouvement national, dans les organisations politiques).
Latifa. -Ce type de sujets révèle une approche culturaliste de la question des femmes, une démarche de type universitaire, s’appuyant beaucoup sur les textes de lois, sur des enquêtes, des statistiques, etc. Mais au cours du débat, le cadre proposé a été largement débordé par les femmes qui participaient au colloque, il faut donc parler de son déroulement et pas seulement des sujets prévus.
• Dites-nous d’abord qui y participait.
Naima. -Pour la Tunisie, il y avait des membres des différents ciné-clubs de la Fédération, des membres du Club de Sfax, et des femmes -du Club Tahar Haddad de Tunis : enseignantes, journalistes, sociologues, etc... Il y avait aussi des Algériennes du « Groupe de recherches sur la condition des femmes », d’Oran, et nous deux, qui représentions le Groupe femmes marocaines de Paris.
Latifa. -A côté des femmes qui étaient invitées par la F.T.C.C., et qui étaient entièrement prises en charge par elle (nourries, logées, transportées), d’autres femmes sont venues de leur propre initiative, se déplaçant de Tunis à Hammamet (60 km) où avait lieu le colloque, à leur frais, alors que rien n’était prévu pour elles. Cela montre bien le degré de motivation.
• Venons-en maintenant au déroulement de ce colloque.
Latifa. -Une centaine de personnes y ont assisté, dont environ 60 femmes. Les organisateurs étaient assez démagogues, répétant qu’ils donnaient prioritairement la parole aux femmes. En fait elles se sont imposées d’elles-mêmes, elles prenaient facilement la parole, et ont activement participé aux débats. Beaucoup se réclamaient du Club Tahar Haddad et intervenaient en tant que féministes, sans respecter forcément le cadre des sujets prévus par la F.T.C.C. Par exemple, lors du débat sur la place des femmes dans les organisations politiques, elles ont posé prioritairement la question de l’organisation autonome des femmes ; de même, à propos des syndicats, elles ont parlé de la nécessité d’un regroupement dans le syndicat pour que soient pris en charge les problèmes spécifiques des femmes travailleuses. Ce colloque a donc quand même permis l’expression des femmes elles-mêmes.
Naima. -Le programme était assez chargé, et on n’a pas pu aborder tous les sujets en profondeur. Mais, ce qui était surtout intéressant, c’est que des femmes des 3 pays du Maghreb ont pu ainsi se rencontrer, parler d’elles, de leur vécu, confronter leurs problèmes et leurs expériences, que ce soit pendant le colloque lui-même ou, surtout, au moment des repas, du café...
• Donc, dans l’ensemble, vous semblez tirer un bilan plutôt positif de ce colloque, malgré les limites dont vous avez parlé ?
Latifa. -L’organisation par la F.T.C.C. offrait un cadre légal, public, avec des moyens financiers, et la présence de la presse, ce qui a donné un grand écho en Tunisie à ces débats (dans les journaux et même à la radio). Par ailleurs, le colloque a permis d’établir des contacts entre les différents groupes de femmes maghrébines, nous avons ainsi été invitées à une réunion du Club Tahar Haddad pour y parler de notre expérience.
Naima. -Ce qui est positif aussi, c’est que ce type de rencontre pousse les femmes à aller plus loin dans la réflexion, les encourage à soulever partout le problème de leur condition en tant que femme, les amène à se poser des questions non plus seulement au niveau théorique mais aussi au niveau personnel : les jeunes remettent en question leurs rapports vis-à-vis de leur famille, les femmes leurs rapports au sein du couple. Mais il y a un sujet tabou qui n’a pas été abordé, celui de la sexualité, le thème de la femme et son corps.
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• J’aimerais que vous reveniez sur ce qui fait la spécificité de l’oppression des femmes dans les pays maghrébins par rapport à ce que nous connaissons, nous ici, en France, et que vous indiquiez en même temps ce qui peut varier d’un pays à l’autre du Maghreb, selon les régimes.
Naima. -Dans les sociétés régies par l’Islam, la femme est l’étemelle mineure, elle est toujours sous la tutelle du père ou du mari, de fait elle n’a aucun droit.
Au Maroc par exemple, encore actuellement, toutes les filles ne vont pas à l’école, d’où elles sont retirées assez rapidement. Les femmes n’ont pas le droit de sortir, pas le droit de se marier avec qui elles veulent. L’éducation vise à les marier le plus tôt possible. La plupart des femmes ne travaillent pas, sauf si la famille a vraiment besoin de ce salaire, mais alors c’est dans des secteurs spécifiques, où le travail est sous-payé. On peut dire que, dans ces pays, le Patriarcat est une réalité qu’on peut constater tous les jours, dans les rues, dans les maisons, et qui concerne les femmes de toutes les catégories sociales.
Latifa. -Dans nos pays, la famille est vraiment le lieu où se noue l’oppression des femmes. cette famille patriarcale avait toutefois une base économique, surtout dans les campagnes : la production s’organisait autour d’elle, avec un patrimoine commun. Avec l’extension du système capitaliste, elle est partiellement détruite, en tant qu’unité économique. Mais la structure patriarcale est maintenue grâce à la législation de la famille, qui est basée sur le droit musulman.
De plus, il y a le poids de l’idéologie dominante, qui fait référence à l’Islam, et qui est encore très fort -même en Tunisie qui a pourtant un statut un peu particulier dans le Maghreb, à cause des réformes qui y ont été adoptées au lendemain de l’indépendance : le Code du statut personnel est assez libéral, il interdit la polygamie, la répudiation, autorise le divorce judiciaire, etc. Cela donne à la Tunisie une image assez avancée par rapport aux autres pays du Maghreb, mais, en fait, la réalité est différente, les mentalités restent très influencées par l’Islam : cela se voit dans l’application du Code, par exemple dans les divorces, où les juges continuent d’arbitrer surtout en fonction du droit islamique. Ce qui a présidé à l’élaboration de ce Code en 1956, c’est la volonté du pouvoir d’intégrer les femmes à la production, et non un réel souci de les libérer.
En Algérie, il y a eu plusieurs projets de Code de la famille, mais aucun n’a été adopté. Dans la pratique, c’est le droit musulman qui est appliqué. Au Maroc, le Code du statut personnel adopté en 1956 est basé sur le droit islamique : répudiation, polygamie, nécessité de l’autorisation du père pour se marier, de celle du mari pour travailler, etc.
Naima. -Ce poids de l’Islam, sorte de religion d’Etat, explique que là où les femmes commencent à se regrouper et à parler de leur oppression -comme en Tunisie ou en Algérie -elles posent tout de suite ce problème du statut et du Code de la famille. En Algérie, elles réclament un Code du statut personnel qui soit indépendant de l’Islam, car l’absence de code signifie l’arbitraire le plus total, des juges comme des autorités. En Tunisie, les féministes dénoncent le caractère formel de ces réformes, qui ne correspondent pas du tout à la réalité, et dont l’aspect libéral est parfois contredit par d’autres textes : le Code du travail, par exemple, dit que la femme doit avoir l’autorisation du mari pour travailler. Et le Code du statut personnel affirme toujours que « la femme doit obéissance à son mari »...
Au Maroc, les choses sont encore plus nettes, c’est le Code de la famille tout entier qui est à remettre en cause.
• Et en ce qui concerne l’avortement et la contraception, quelle est la situation ?
Latifa. -Dans ce domaine également, la Tunisie est un peu en avance : l’avortement et la contraception sont libres et gratuits. Mais les féministes expliquent que les Centres de planning ne correspondent pas aux besoins des femmes, c’est une politique d’Etat, de planification autoritaire: ainsi, au lieu d’informer les femmes sur la contraception, on les pousse, et au besoin par des
SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE incitations financières, à se faire ligaturer les trompes.
Au Maroc, l’avortement est interdit, c’est un crime : la femme qui avorte, le médecin et tout témoin risquent 3 ans de prison. Seul l’avortement thérapeutique est autorisé. Alors, bien sûr, l’avortement clandestin est très répandu, et il y a aussi les médecins privés qui acceptent de faire des avortements dans leur cabinet, pour des sommes très élevées (1 500 F alors que le S.M.I.G. est à moins de 500 F).
Au Maroc comme en Tunisie, l’information sur la contraception est une information d’Etat, dirigée vers les familles, car la sexualité est bien sûr interdite en dehors du mariage. C’est une planification familiale qui est faite en fonction des besoins économiques du pays, et pas au nom du droit des femmes à disposer d’elles-mêmes.
• Vous avez parlé tout à l’heure de rapparition en Tunisie d’une certaine forme de mouvement des femmes. Pouvez-vous nous donner plus de détails ?
Latifa. -En Tunisie, vu les choix économiques du régime, les femmes ont eu assez largement accès à l’enseignement et au travail : elles représentent 25 % de la population active, ce qui est beaucoup par rapport aux autres pays du Maghreb. Cela a permis une prise de conscience assez large, une radicalisation, qui a été favorisée également par le contexte de montée des luttes ouvrières que connaît la Tunisie depuis 1976-1977 : les femmes ont commencé à se regrouper pour discuter ensemble de leurs problèmes. Pour ce faire, elles ont choisi un cadre culturel, cela explique l’existence de ces clubs de femmes comme le Club Tahar Haddad à Tunis, ou celui de Sfax même s’il est mixte. Certaines femmes avaient même commencé à poser ces questions dans le cadre du syndicat, l’U.G.T.T., mais, avec les évènements du 26 janvier 1978, la répression qui s’èiTibat-tue sut tout le mouvement syndical, cette radicalisation a marqué un temps d’arrêt : ce sont ces discussions qui sont reprises aujourd’hui.
• Où en sont les femmes en Algérie ?
Latifa. -Là, c’est dans le cadre des universités que la question a commencé à se poser, en particulier à Oran et à Alger. A Oran, c’était au début quelques personnes qui se sont regroupées dans le cadre de recherches universitaires ; maintenant il n’y a plus que des femmes, qui commencent à débattre plus précisément de l’oppression des femmes. A l’université d’Alger, des enseignantes, des étudiantes et des travailleuses de la faculté se sont regroupées dans un Collectif, qui a appelé à une Assemblée générale en février dernier : 800 personnes, hommes et femmes, y ont participé. Elles ont fait circuler une pétition protestant contre l’interdiction de sortie du territoire qui est faite aux femmes non accompagnées par un mâle de leur famille [voir encadré]. Ce Collectif a également publié plusieurs numéros d’un journal.
• Au Colloque de Tunis, vous étiez les seules Marocaines. Est-ce parce qu’au Maroc même il n’y a pas encore de regroupement de femmes ?
Latifa. -En effet, il n’existe pas de groupes comme en Tunisie ou en Algérie. Mais il y a quelques tentatives de regroupement, qui prennent des formes différentes. Ce qui existe toujours, c’est le regroupement des femmes de prisonniers politiques (mères, épouses, sœurs...). Elles se sont rassemblées au début pour défendre les prisonniers, mais, de plus en plus, par le fait que leur mari ou père était en prison, elles ont été amenées à sortir de chez elles, à travailler, à voyager pour rendre visite aux prisonniers, à prendre des initiatives, bref, à se prendre en charge elles-mêmes, et à poser le problème de leur statut individuel en tant que femme. Par exemple, dans le cadre de la Ligue des droits de l’Homme, elles veulent créer une commission sur les droits des femmes.
Un autre type de tentative, c’est le regroupement de femmes dans le cadre des facs ou des lycées. Mais, vu les conditions de répression, ces regroupements restent plus ou moins clandestins, ils ne peuvent sortir du cadre de l’université et échouent assez vite.
Les partis de l’opposition légale (U.S.F.P., P.P.S.) (1) commencent
Pétition contre l’interdiction faite aux femmes de sortir sans « tuteur » du territoire national
Suite à l’Assemblée générale du 5 février 1981, convoquée à l’initiative d’un collectif indépendant constitué de femmes, étudiantes, enseignantes, travailleuses de l’Université.
Suite à la délégation qui a été envoyée par cette Assemblée générale auprès du ministre de l’Intérieur concernant l’interdiction faite aux femmes de sortir du territoire national, si elles ne sont pas accompagnées d’un tuteur (père, mari, fils),
Considérant que, si la mesure de restriction à la libre circulation des femmes hors du teritoire national a été levée, nous n’avons, par contre, reçu du ministre aucune garantie qu’une telle situation ne se reproduira pas.
Considérant qu’il s’agit là d’un droit fondamental qui est remis en cause, nous femmes, étudiantes, enseignantes, travailleuses, nous disons : « Il faut dénoncer l’illégalité, l’arbitraire, la discrimination d’une telle mesure. »
Les autorités concernées doivent s’engager publiquement. Elles doivent déclarer officiellement : que la mesure est illégale ; qu’elle ne se reproduira plus.
C’est pourquoi nous appelons l’ensemble des femmes :
-à signer et faire signer massivement cette pétition ;
-à venir massivement à l’Assemblée générale du 8 Mars, pour débattre de leurs droits (juridiques et autres) et des modalités concrètes d’action à adopter.
SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE à poser eux aussi la question des femmes, bien sûr dans le cadre de leur ligne politique : l’U.S.F.P. a mis en place une section femmes, structure interne au parti. Le P. P. S. essaie de se présenter comme le Parti de la libération des femmes, avec une page consacrée à ces questions dans son journal, la publication d’une brochure, l’organisation d’un débat à Paris à l’occasion du 8 Mars. Estimant que leur optique est similaire, le P.P.S. a proposé à l’U.S.F.P. d’élaborer ensemble une Charte revendicative des femmes : propositions de réformes de la loi, etc.
• Et que représentent les Unions nationales de femmes ?
Latifa. -Il y en a une dans chacun des 3 pays : ce sont des organismes officiels, créés le plus souvent au moment de l’indépendance, pour prendre les devants par rapport au développement d’une prise de conscience massive des femmes (en particulier en Algérie où elles avaient activement participé à la lutte de libération), et aussi dans le but de les intégrer dans la vie économique. Au Maroc par exemple, l’Union nationale des femmes marocaines bénéficie des moyens de l’Etat : le ministère de la Jeunesse a créé des Centres d’artisanat pour les femmes ; mais elles n’y reçoivent pas de véritable formation professionnelle, elles y apprennent seulement la couture ou la fabrication des tapis, ce qui ne leur donne pas beaucoup de débouchés... Et elles y constituent une main-d’œuvre gratuite pour l’Etat ! L’U.N.F.M. ne remet pas du tout en cause le Code du statut personnel ni la position des femmes dans la famille, leur revue développe la conception traditionnelle du rôle de la femme. L’Union nationale des femmes tunisiennes tient, elle, un langage un peu plus radical, pour essayer de récupérer cette prise de conscience des femmes qui se développe en Tunisie ; elles sont ainsi intervenues dans le Colloque de la F.T.C.C. pour appeler les femmes qui y participaient à rejoindre leurs rangs: « Venez, nous poserons les problèmes ensemble. »
• Vous nous avez décrit la situation des femmes dans les pays du Maghreb, vous avez parlé des différentes formes de regroupement de femmes qui commencent à s’y manifester. Quelles sont les principales questions mises en avant par ces groupes, autour de quels axes se développe ce début de mouvement des femmes ?
Latifa. -En Algérie comme en Tunisie, les débats portent essentiellement sur 2 points : d’une part sur le Code du statut personnel et de la famille, problème qui a une grande importance vu le poids de l’islam, comme je l’ai expliqué tout à l’heure. Les Algériennes, par exemple, à travers leur pétition sur l’interdiction de
SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE sortie du territoire, posent directement le problème des droits des femmes. En Tunisie, la discussion a lieu autour d’une nouvelle réforme du divorce. Le 2e point, c’est celui du droit au travail des femmes, à propos des projets officiels visant à instaurer le travail à mi-temps pour les femmes afin d’enrayer le développement rapide du chômage. Ce problème est posé de manière plus nette en Tunisie, vu le développement du syndicalisme et la participation relativement importante des femmes au travail et à la vie syndicale. Une pétition, partie du Club de Sfax, circule actuellement en Tunisie, contre ce projet de mi-temps [voir encadré].
• Quelles sont à votre avis les perspectives, comment voyez-vous le développement de la conscience féministe au Maghreb ?
Latifa. -On pense que le mouvement des femmes ne peut que se développer dans les pays du Maghreb, vu tous les types de rupture qu’il y a actuellement. En ce qui concerne les regroupements de femmes qui existent déjà, ils ont tendance à dépasser le cadre assez limité qui était le leur jusqu’à là, le cadre culturel, et commencent à poser la question d’une intervention, dans le syndicat par exemple. Vue la similitude des problèmes, on peut souhaiter des liens beaucoup plus permanents entre les différents groupes, des initiatives communes permettant de poser ensemble les problèmes communs.
Pour nous ici, le groupe de femmes maghrébines dans l’immigration, notre objectif est bien sûr de soutenir les luttes des femmes qui peuvent se dérouler au pays, mais aussi de travailler en relation avec les groupes qui existent au pays, et avec les autres groupes de femmes maghrébines en France.
Propos recueillis par Hélène Numance
Pétition non au travail a mi-temps pour les femmes
Nous, femmes et hommes signataires de la présente pétition, en réponse au projet visant à généraliser le travail à mi-temps des femmes pour un demi-salaire, déclarons :
1 . -Cette mesure porte atteinte au droit de la femme au travail, qui est un droit sacré, et l’empêche de participer à la production sur un pied d’égalité avec l’homme, avec les mêmes droits et devoirs. Empêcher la femme (qui représente la moitié de la société) de travailler constitue une atteinte à sa dignité et à ses droits.
2. -Cette mesure va priver les femmes d’une source de subsistance pour laquelle elles ont lutté, et va entraîner un appauvrissement plus grand des ménages, en raison de l’augmentation du coût de la vie et de la diminution du pouvoir d’achat des citoyens, surtout que dans certains cas le salaire de la femme est le seul revenu de la famille.
3. -On prétend que le travail de la femme entraîne des problèmes sociaux comme le chômage et la dislocation de la famille, afin de justifier cette mesure. Nous considérons que la femme n’est pas responsable de cette situation et nous proposons d’autres solutions, comme la participation de l’homme aux travaux ménagers, le développement des crèches et des jardins d’enfants. (...)
4. -Paragraphe difficile à traduire en raison d’une erreur d’impression.
5. -Le travail à mi-temps de la femme constitue un pas vers la privation totale de son droit au travail. Il constitue également un pas vers la privation des filles de leur droit à l’enseignement car « il n’est pas utile d’envoyer les filles à l’école étant donné qu’elles ne peuvent travailler ». Ce projet vise en fait à garder la femme au foyer et à l’empêcher de participer à la vie politique, économique, sociale et culturelle.
6. -Il aurait été plus utile, avant de penser à obliger la femme à travailler à mi-temps, de généraliser la journée de travail de 8 heures, car un grand nombre de femmes continuent à travailler 10, 12 heures et même plus.
Par conséquent, nous demandons de mettre un terme définitif à ce projet de travail à mi-temps, et de le remplacer par la séance unique, aussi bien pour la femme que pour l’homme, ce qui permettra à la femme de disposer de plus de temps et d’éviter des transports et des dépenses supplémentaires.
Notes
- (1) U.S.F.P. : Union socialiste des forces populaires ; P.P.S. : Parti pour le progrès et le socialisme (P.C. marocain).
- Pétition publiée dans Al-Mostakbal du 4 mai 1981 232 signatures (traduit de l’arabe)