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PRESIDENTIELLE

Pour les femmes aussi, ce n’est qu’un début !

Cahiers du féminisme, n° 16, été 1981 · p. 3-5 · 1 647 mots

Battu Giscard, pour notre plus grande joie !

Les journalistes ont longuement épilo-gué sur le vote des jeunes qui lui ont sans aucun doute infligé une râclée, mais on n ’ a rien dit du vote des femmes, pas plus qu ’on a évoqué leurs difficultés particulières, au cours de la campagne électorale. Il a pourtant compté ce vote et bien compté !

Ce serait trop simple, bien sûr, d’affir-

Elles n’avaient rien à perdre ces millions de femmes salariées, ces centaines de milliers de femmes qui chaque année continuent à se présenter sur le marché du travail, sans succès aujourd’hui (elles constituent 60 % des chômeurs !), ces milliers de travailleuses vouées aux emplois les plus précaires et les moins bien payés, toutes les femmes qui ont de moins en moins de chance de trouver une place de crèche pour leur enfant, toutes celles enfin qui n’ont plus aucune illusion sur la loi sur l’avortement après sept ans d’application sordide. Toutes celles-là ont sans regret décidé de mettre Giscard à la porte !

Mais ces femmes qui ont voté Mitterrand, que peuvent-elles attendre du nouveau président ?

Sur cette question plus que sur le reste Mitterrand est resté flou. Certes, on ne peut tout dire au cours d’une campagne électorale, à condition toutefois d’être , clair sur l’essentiel.

Alors, récapitulons...

Au meeting de Choisir, le 28 avril dernier, Mitterrand a annoncé la création d’un « grand ministère » qui aurait « des crédits et une administration ». Très bien. Mais sur l’avortement, il a déclaré que le délai de quatorze semaines (proposé par les socialistes) lui semblait personnellement « excessif ». Et à Giscard qui l’inter- mer que des millions de femmes ont voté contre Giscard uniquement parce qu’il n’a pas tenu ses promesses de 1974. Une partie de l’électorat féminin de Giscard (âgé et réactionnaire) ne lui a, au contraire, pas pardonné d’avoir légalisé l’avortement et constitue aujourd’hui la base électorale de Chirac. Mais c’est quand même grâce aussi au vote des femmes que Mitterrand a gagné les élections.

pella sur la question des mineures, il répondit que celles-ci devaient avoir la liberté d’avorter mais que cela devait se faire « en contact » avec les parents. Alors, nous posons une première question : quelles seront les nouvelles propositions faites à l’Assemblée ? Les propositions initiales du P.S. (délai de vingt semaines, liberté totale pour les mineures, etc.), les propositions du P.S. en 1979, lors du débat à l’Assemblée (quatorze semaines de délai, refus de voter la suppression de l’article 317 du Code pénal, etc.), ou celles de Mitterrand lui-même ?

Sur les crèches maintenant, Mitterrand, toujours le 28 avril dernier, a rappelé que 300 000 places de crèches nouvelles (collectives ou à domincile) sont prévues dans son programme mais en insistant sur le fait que « les crèches, c’est terriblement coûteux » et qu’il serait souhaitable de « réfléchir à un système intermédiaire entre la crèche et la garderie ». Signalons tout de suite que ce type de « solution » a été étudié tout récemment à la demande de... Giscard en vue de faire des économies !

Les crèches collectives de qualité seraient-elles considérées comme un luxe par Mitterrand ? Si tel était le cas, il faudrait qu’il l'explique. En 1975, il y avait 2 400 000 enfants de moins de trois ans et plus des deux tiers d’entre eux étaient gardés par leur mère et trois pour cent seulement avaient accès à une crèche collective. C’est dire les besoins auxquels il faudra répondre si l’on prétend, comme le fait le P.S. aujourd’hui, satisfaire la demande d’emploi exprimée par les femmes et estimée dernièrement à plus de deux millions d’emplois.

Il est vrai que parmi les solutions complémentaires proposées pour les enfants de moins de deux ans, Mitterrand suggère un congé rémunéré d’un an pour le père ou la mère... Une telle solution doit être discutée mais les femmes doivent être mises en garde contre toute fausse solution qui viserait à masquer le chômage et pallier l’absence d’équipements collectifs. Autant un congé de six mois rémunéré pour le père et la mère serait progressiste, autant un congé d’un an risque de se retourner contrç les femmes qui sans l’avoir voulu se retouveront cloîtrées à la maison et privées d’emploi.

Certes, on ne peut suspecter aujourd’hui ni le P.S., ni Mitterrand de contester le droit théorique des femmes à occuper un emploi et un emploi qualifié. Mitterrand déclara au meeting de Choisir qu’« aucun métier ne doit être considéré à priori comme devant être réservé aux hom-

PRESIDENTIELLE mes et aux femmes », qu’il faut « permettre aux associations féminines de se constituer partie civile dans le cas d’offres d’emploi à caractère sexiste », exigence actuelle de toutes les féministes. Il a insisté sur le fait qu’il faut réellement appliquer la loi de 1972 sur l’égalité des salaires et n’a pas hésité à dénoncer vigoureusement le développement du travail à temps partiel comme « l’organisation du chômage à temps partiel ». Mais ajouter que sa « systématisation remettrait en cause le droit au travail des femmes » n’est-ce pas, d’une certaine manière, admettre sa fatalité ?

En tout état de cause, ce n’est pas faire de la surenchère que d’affirmer que la création de 200 000 emplois publics nouveaux prévus par le P.S. sera tout à fait insuffisante pour résorber le chômage, le chômage des jeunes et des femmes tout particulièrement. Bien sûr, cette mesure devrait s’ajouter à l’abaissement de l’âge de la retraite et aux trente-cinq heures. Mais E. Maire n’a-t-il pas déclaré qu’il fallait prévoir l’instauration progressive des trente-cinq heures dans un délai de cinq ans ? Pour assurer le droit à l’emploi des femmes, on n’échappera pas à la nécessité de mesures radicales qui entreront, c’est inévitable, en contradiction avec les intérêts des patrons. Mieux vaut s’y préparer !

Bien sûr, la première tâche c’est d’assurer une majorité des partis ouvriers à l’Assemblée nationale, lors des prochaines législatives. Mais reste qu’il n’est pas trop tôt pour que les femmes réfléchissent et définissent ensemble leurs revendications et les moyens de les faire aboutir. Historiquement, on a toujours trouvé qu’il y avait des priorités plus urgentes que les droits des femmes !

C’est pourquoi, partout, dans les usines, les bureaux, les quartiers, les établissements scolaires, etc., il est nécessaire que les femmes trouvent le temps de se réunir entre elles pour établir, en liaison avec les autres travailleurs, la liste des revendications qui les concerne particulièrement et qui doivent être impérativement satisfaites. Personne, soyons en sûres, ne le fera à leur place, à notre place.

Pour notre part, nous soumettons à la discussion ces premières revendications. Au chapitre de l’avortement et de la contraception :

-Abrogation immédiate de la loi Veil-Pelletier, suppression de toutes les clauses restrictives et répressives au droit à l’avortement et à la/ contraception (suppression de l’article 317

Abrogation immédiate de la loi Veil-Pelletier, suppression de toutes les clauses restrictives et répressives au droit à l’avortement et à la contraception

PRESIDENTIELLE du Code pénal, remboursement par la Sécurité sociale, suppression de tout délai de réflexion, suppression de la clause limitant l’avortement à un délai de dix semaines, liberté d’avortement pour les mineures et les femmes immigrées, suppression de la clause de conscience). Du personnel supplémentaire et des moyens matériels nouveaux (locaux, etc.) pour réaliser les avortements dans de bonnes conditions à l’hôpital dès que les femmes en font la demande.

-Réouverture des services de maternité fermés pour cause d’austérité.

-En matière de crèches, nous pensons que les besoins doivent être évalués collectivement, à la base et localement, sur le quartier et dans les entreprises. Cet équipement collectif doit être financé par l’Etat au même titre que les écoles maternelles. Les femmes sont les mieux placées pour estimer ces besoins mais cela se discutera évidemment avec les autres travailleurs également, dans les syndicats en particulier.

En ce qui concerne l’emploi, des mesures immédiates s’imposent :

-Les trente-cinq heures tout de suite, sans diminution de salaire.

-La titularisation immédiate de tout le personnel auxiliaire de la Fonction publique, catégorie où les femmes sont en grande proportion.

-Embauche définitive des intérimaires et refus des licenciements.

-Refus de voir transformer des emplois à temps plein en emplois à temps partiel. T ransformation immédiate des emplois à temps partiel en emplois à temps plein sur demande des intéressé(e)s.

-Refus des cadences infernales et embauche de personnel supplémentaire. Partoùt, les femmes mobilisées et aidées par les syndicats doivent imposer une embauche à égalité des femmes et s’opposer dans les faits à toute discrimination sexiste au travail.

-La loi sur l’égalité des salaires existe, elle doit être appliquée tout de suite, en attendant de nouvelles garanties législatives. Il faut faire respecter ce principe élémentaire par tous les moyens.

D’autres mesures générales s’imposent qui devront être votées à l’assemblée :

-l’abrogation des lois sur le travail à temps partiel votées en novembre 1980 qui institutionnalisent la marginalité des femmes au travail et leur statut de seconde zone.

-Il faut obtenir l’accès des associations, de toutes les associations féministes à la télévision, l’accès du Planning familial pour une information régulière sur la contraception, par exemple, aux heures de grande écoute.

-Il faut aussi la suppression du travail au rendement en particulier pour les femmes enceintes ; une consultation prénatale obligatoire par mois remboursée et prise sur le temps de travail. Huit semaines de congé maternité avant la naissance.

Ce ne sont bien sûr, que quelques-unes des mesures indispensables pour assurer aux femmes leur indépendance et leur permettre de contrôler leur corps. Elles pourront être prises en compte seulement si partout les femmes dans les syndicats, les groupes de femmes, au Planning familial, etc., se regroupent et se coordonnent pour se battre. Pour les femmes aussi, ce n’est qu’un début...

La loi sur l’égalité des salaires existe, elle doit être appliquée tout de suite, en attendant de nouvelles garanties législatives.

Notes

  1. Claire Bataille.
  2. Le 13 mai 1981

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