L'Education surveillée a été créée en 1945 par le ministère de la Justice. Pour la première fois, on posait le problème de la délinquance juvénile en terme éducatif et non plus en terme de répression. Jusque-là, la seule réponse à la délinquance des mineurs était la prison comme pour les majeurs, ou les sinistres colonies pénitentiaires.
Aujourd’hui, il existe deux ordonnances régissant l’Education surveillée (ES), l’ordonnance de 1945, loi pénale relative à l’enfance délinquante, et l’ordonnance de 1958 modifiée le 4.06.70 permettant de traiter par voie civile la protection des mineurs, (art. 375) : « Si la santé, la sécurité, ou la moralité d’un mineur non émancipé sont en danger, ou si les conditions de son éducation sont gravement compromises, des mesures d’assistance éducative peuvent être ordonnées par la justice. »
Nous n’entrerons pas ici dans le débat sur la fonction du travail social, son devenir, et plus particulièrement de l’institution ES dépendante du ministère de la Justice. Nous voulons seulement montrer à quel moment s’est faite l’entrée des femmes dans cette profession qui était, il y a une quinzaine d’années, un « métier d’homme », à quoi cela correspond, les problèmes et les luttes qui en ont découlé.
Dessin « humoristique » fabriqué par des éducateurs en guise de jeunes titulaires
Un « métier d’homme »
Jusqu’en 1958, la population de TES était une population de jeunes garçons délinquants. Les premiers établissements de TES sont de gros internats professionnels (IPES), avec encadrement et pédagogie « musclée », vie quasiment militaire, enseignement et formation en internat. C’est le règne de la pédagogie du coup de pied au cul, basée sur le travail et le sport. Les femmes n’y ont pas leur place, sauf dans les bureaux, les cuisines, les lingeries. Les mineures sont prises en charge dans des internats religieux.
Cette situation va évoluer très lentement puisqu’en 1967 encore, sur 26 foyers de TES, quatre seulement sont des foyers de filles.
Mixité des foyers et « féminisation » de la profession...
Avec le mouvement de Mai 68, un certain nombre de débats vont traverser le secteur. C’est le refus des ghetto-prisons que constituent les gros internats et en même temps est posé le problème de la mixité des mineurs dans les foyers.
A partir de là, les foyers qui se créent sont des structures plus légères, ouvertes, c’est-à-dire que les mineurs sont scolarisés ou suivent des formations professionnelles à l’extérieur. Et, ils sont mixtes.
EDUCATION SURVEILLEE
De 1967 à 1976, le nombre de foyers double, passant de 26 à environ 60, le nombre de mineures prises en charge par TES augmente, il passe de moins d’l/5e à près d’I/3 des effectifs.
C’est dans ce contexte que se fait la « féminisation » de la profession. Chose qui ne va pas sans heurts et qui va en tout cas lentement puisque si l’on regarde le tableau, on est loin d’atteindre aujourd’hui encore une mixité réelle du personnel éducatif. Quant aux autres catégories, les cuisinières et les lingères sont toujours des femmes, les chauffeurs et les veilleurs de nuit, des hommes (cf. tableau).
La première résistance à l’embauche des femmes vient de l’administration. Bien que TES soit un secteur de la Fonction publique, ce n’est qu’en 1978 et à l’issue d’une lutte que disparaît la limitation pour les femmes du nombre de postes au concours d’éducateurs spécialisés de l’ES.
De la première lutte contre les discriminations sexistes au concours...
Elle fut menée au printemps 1977 par une coordination de femmes de TES de la région parisienne. C’est grâce à cette lutte et à la reprise en compte par le SNPES (Syndicat national des personnels de l’Education surveillée qui fait partie de la FEN) des revendications avancées qu’une victoire a pu être obtenue.
Le tract de la coordination des femmes :
Alerte à l’Education surveillée les femmes nous envahissent
« (...) En 1975 et 1976, pour la première fois dans l’ES, les femmes s’étalent vu accorder généreusement l'égalité des chances au concours d ’élève -éducateur -éducatrice, alors qu’ auparavant seuls trente postes étaient réservés aux femmes. Très vite, l’administration a tiré la “chasse d’alarme de la mixité’’. Le 27.04.77, un décret nous renvoie à notre bon vieux système à peine amélioré : 40 % de femmes admises à suivre la formation d’élève -éducatrice, contre 60 % d’élèves -éducateurs.
« Rappelons que nulle part ailleurs dans la Fonction publique n’existe une telle discrimination. Seule l’ES a bénéficié d’une dérogation spéciale, visant à restreindre le
Actuellement, nous trouvons des femmes dans les postes suivants
nombre de postes féminins, sous prétexte de féminisation de la profession.
« (...) Et puis, que nous cache -t-on derrière cette peur de la féminisation ? l’Education surveillée, comme chacun sait, à affaire à des délinquants. Or, pour “traiter” les délinquants, de qui a-t-on besoin avant tout ? De gens “forts”, “virils”, des hommes en quelque sorte. A la violence il faut savoir -vouloir -pouvoir répondre par la violence. Or, les fem -mes, c’est bien connu, en sont incapables. Des femmes, on en veut bien un peu... mais un tout petit peu. Juste de quoi reproduire l’image douce, féminine et protectrice de la mère, ou bien juste de quoi focaliser les désirs ardents de ces jeunes et... de certains éducateurs... “maman” ou “putain”, quelle autre alternative nous propose -t -en le plus souvent ?
— Les femmes en ont assez de faire prioritairement les frais de la crise, la majorité des chômeurs sont des chômeuses ;
— droit au travail pour tous et pour toutes ;
— pas de discrimination sexiste dans les concours. »
A travers cette lutte, elles remettaient également en cause les images dans lesquelles on les cantonnait, dans le travail même, « maman ou putain ».
Mais la victoire de la mobilisation contre les discriminations sexistes au concours ne suffit pas. En effet, la résistance du corps professionnel reste très forte comme en témoigne ce dessin sexiste et raciste, fabriqué par des éducateurs en guise d’accueil à des titulaires femmes.
Dans les gros internats, cette résistance va jusqu’à mettre les éducatrices dans l’impossibilité de travailler. A l’ISES de Brignoles, en 1978, des éducateurs refusent d’organiser un camp avec les éducatrices.
... à l’intégration par le syndicat de la dimension féministe
Le congrès de décembre 1977 du SNPES vote la mise en place de commissions syndicales femmes et d’une CSF nationale.
Dans les sections où se créent ces commissions, elles vont permettre que s’expriment les pratiques sexistes jusque-là subies en silence et dans l’isolement par les femmes.
Pendant deux ans, une mobilisation se développe dans le syndicat, et un nombre important de sections participe à la lutte sur l’IVG au moment du vote de la loi, fin 1979.
A l’issue de ces mobilisations, la commission syndicale femme nationale publie un document préparatoire au congrès de janvier 1 980 sur « La réalité de l ’oppression des femmes à TES » dénonçant les pratiques sexistes et des faits concrets de discrimination au travail envers les femmes.
Ceci donnera lieu à un vote préalable au débat femme dans le congrès :
« Le congrès a pris connaissance de nombreux témoignages sur des pratiques sexistes à l’Education sur-
EDUCATION SURVEILLEE veillée. Il condamne fermement ce genre de pratiques et les déclare totalement incompatibles avec l’éthique de notre syndicat. Il appelle l’ensemble des syndiqués à être vigilants pour que s ’instaure une mobilisation permanente, sur les lieux de travail, à propos de ces pratiques afin d’en stigmatiser certaines et d’aboutir à la disparition de toutes ces attitudes. » et à la définition de revendications « pour un réel droit au travail des femmes » :
Revendications générales et revendications Education surveillée
« — pour un réel droit au travail des femmes ;
— pour l'allongement des congés maternité ;
— pour que les femmes cessent d’être les premières licenciées, les dernières embauchées ;
— pour le droit des femmes à disposer librement de leur corps et à décider d’avoir ou non des enfants ; — contre toutes mesures tendant à renvoyer les femmes à la maison en faisant du travail des femmes un travail d’appoint, déqualifié et mal payé ;
— contre le travail intérimaire réservé en priorité aux femmes. (...)
« (...) — pour la prise en compte réelle, au niveau des normes en personnel, des droits liés à la maternité par le remplacement à plein temps des agents en congés de maternité ;
— pour la mixité des postes pour l’ensemble des catégories ;
— contre la définition de " profils pédagogiques” pour les éducatrices, les confinant dans un rôle traditionnel ;
— contre toute mesure discriminatoire dans le travail liée à la maternité.
« Le congrès mandate en outre les sections et les CSF, pour être particulièrement vigilantes à la situation des candidats et des élèves qui passeraient le concours dans des établissements entièrement ou majoritairement masculins et connus pour leurs pratiques sexistes.
— Pour garantir leur sécurité physique et morale.
« Enfin le congrès mandate la CAN et les sections pour veiller à l’application stricte du statut général des fonctionnaires (chap. IV Art. 24. ORD 59244 du 4/2159 et titre I Art. 3 du décret 59308 du 14/2/59) en ce qui concerne la notation des femmes. »
Correspondantes
La Carmagnole
Nous créons cette année une nouvelle pièce, Aima (ou trois pas dans la nuit des temps), du 3 décembre 1981 au 31 janvier 1982, au théâtre Présent :
211, avenue Jean-Jaurès Métro Porte-de-Pantin Tél. : 203.02.55
Tous les soirs, à 21 h, dimanche à 16 h, relâche lundi et mardi. La Carmagnole, c’est quatre femmes qui écrivent, mettent en scène, jouent, composent et chantent. Aima (ou trois pas dans la nuit des temps) est un spectacle théâtral et musical.
Une petite mère berce son enfant ; elle s’endort, elle rêve : des Précieuses du XVIe siècle, Flora Tristan, des lingères du XIXe siècle, une sorcière viennent tour à tour lui parler de leur désir d’apprendre, leur plaisir d’agir sur le monde. Peronnages fascinants mais aussi repoussants : elles n’ont échappé à leur destin qu’au prix de mutilations affectives et de choix déchirants... alors le rêve dérape en cauchemard et la petite mère crie son refus de choisir : elle ne veut ni abandonner son enfant ni s’engloutir dans son amour pour lui. _
La Carmagnole
La Carmagnole, 60, rue des Maraîchers, 75020 Paris, 367 54 86.
La Griffonne
L’association la Griffonne (qui édite chaque année l’agenda femmes) organise une exposition-animation « Douze ans de femmes au quotidien, douze ans de luttes féministes en France. »
Cette exposition, qui comporte des photos, des affiches, tracts, films-vidéo et diapositives, se tiendra du 1er au 15 octobre au centre culturel de l’Abbaye, 12, rue de l’Abbaye, 75006 Paris, et du 26 octobre au 22 novembre au centre international de séjour de Paris, 6, avenue Maurice-Ravel, 75012 Paris.
Cette exposition est ouverte tous les jours de 1 2 h à 1 9 h, sauf le dimanche ; entrée gratuite.
Dans le cadre de l’exposition, trois soirées sont prévues.
Mardi 6 octobre à 20 h 30 : projection du film Douze fois impure, débat avec les réalisatrices, participation 15 F.
Mardi 1 3 octobre à 20 h 30 : projection du film Terramar, débat avec la réalisatrice, entrée gratuite.
Lundi 26 octobre à 20 h 30 : spectacle les Babouches font du rock mou !, participation 30 F
L’association édite également un ouvrage retraçant les luttes de femmes depuis douze ans. Abondamment illustré, grand format sur deux couleurs, le volume peut être commandé par la poste (36 F franco) en écrivant à la Griffonne : BP 339 75.525, Paris cédex II.
Maison des femmes du Mouvement de libération des femmes (MLF). Association loi 1901. 8, cité Prost, 75011 Paris
Après un an d’efforts et grâce à vos différents soutiens, le projet devient aujourd’hui réalité. Il s’agit d’une maison indépendante, de plus de 200m2, sur deux étages (...). Le loyer est de 4 960 F par mois, payable par trimestre. Nous vous demandons instamment de faire pratiquer dès aujourd’hui le prélèvement bancaire automatique de votre participation. Il est à effectuer au profit de Geneviève Ber-thellot, CCP n° 1197913 K Paris. En cas de non-virement automatique, veuillez libeller vos chèques de soutien à l’ordre de la Maison des femmes.
Les collectifs intéressés par l’utilisation de la maison pour différentes activités sont priés de nous le faire savoir dès maintenant (...).