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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

CULTURE

Femmes et féminisme dans le mouvement ouvrier français de Marie-Hélène Zylberberg-Hocquard

· Cahiers du féminisme, n° 19, mars - avril 1982 · p. 50 · 458 mots

M.-H. Zylberberg Hocquard tient le difficile pari de présenter, en l’espace de deux cents pages, l’évolution du travail féminin depuis l’ancien régime jusqu’à nos jours, de comparer la place des femmes dans les luttes et les organisations syndicales au XIXe siècle et aujourd’hui. Nous n’y apprenons rien de nouveau mais cette synthèse a le mérite d’être fort pédagogique et très vivante.

Historienne et féministe, M.-H. Zylberberg-Hocquai& (1) ne se contente pas de nous détailler la permanence de la surexploitation des femmes au travail d’un siècle à l’autre mais elle s’interroge tout au long de son livre sur les conséquences qu’a eues et qu’a encore la fonction sociale « gardienne du foyer », réservée aux femmes, tant sur leur insertion professionnelle que sur leur action syndicale. Non seulement les femmes ont toujours travaillé mais elles n’ont jamais été absentes des luttes que ce soit comme ménagères ou ouvrières. L’auteur nous signale, par exemple, la lutte massive des ménagères en 1910-1911 des villes ouvrières du Nord contre la vie chère, lutte qui entraînera finalement le soutien du mouvement ouvrier. Mais l’action syndicale restera jusqu’à la Première Guerre mondiale le domaine réservé des hommes. C’est à plusieurs reprises que le patronat pourra profiter de la division hommes-femmes dans les entreprises aussi bien que la division entre Français et étrangers. En janvier 1901 par exemple, cinquante ouvrières de la soie à Monoblet (Gard) font grève exigeant « le renvoi de la surveillante et des Italiennes », embauchées à moindre prix à leur place.

Il faudra de nombreuses luttes et l’expérience de la solidarité pour faire évoluer quelque peu la méfiance réciproque. Mais il faudra aussi la concurrence des syndicats d’inspiration chrétienne et l’action des féministes pour contraindre les directions syndicales à commencer à prendre en considération les problèmes des travailleuses.

Toutes n’étaient pas des féministes bourgeoises, loin de là : de nombreuses militantes féministes favorables à un syndicalisme lutte de classes se recruteront parmi les institutrices

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membres de l’Ecole émancipée et de la Fédération féministe universitaire, dans la section locale du Sud-Est notamment. Ce sont elles qui apporteront leur soutien résolu à Emma Couriau en 1 9 1 3 à Lyon.

Qu’en est-il aujourd’hui ? M.-H. Z. se pose la question mais on peut regretter que sa documentation et sa réflexion soient nettement plus sommaires sur le XXe siècle.

« Le mouvement féministe fut, est et sera encore longtemps un aiguillon nécessaire, voire indispensable, pour le mouvement ouvrier. Ce rôle le rendant insupportable parfois aux militants. Un aiguillon seulement car en voulant remplacer la solidarité des travailleurs par la solidarité des femmes, il contribuerait à prolonger l’exploitation de l’homme par l’homme et par là l’exploitation des femmes. »

Telle est la conclusioin de M.-H.Z. qui ouvre un débat parfaitement d’actualité.

Josette Desbois

Notes

  1. (1) Lire son livre très intéressant Féminisme et Syndicalisme en France paru aux éditions Anthropos.

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