SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE « L’HIVER EST A VOUS, LE PRINTEMPS SERA A NOUS »
Le coup de force du 13 décembre a infligé une grave défaite au mouvement ouvrier polonais dont la lutte tendait de plus en plus à se centrer sur des questions touchant directement à la question du pouvoir durant les mois précédant la proclamation de l ’ état de guerre. La campagne de solidarité axée sur la libération des prison -niers politiques, la levée de l’état de guerre, la restauration dès libertés démocratiques et syndicales et la réintégration des ouvriers licenciés pour avoir refusé de signer des actes d’allégeance à la junte militaire prend dès lors un tour nouveau. L’aide matérielle, morale et politique du mouvement ouvrier occidental doit se traduire tant par l’envoi de convois de vivres et de médicaments que par la tentative de rétablir des contacts avec Solidarité au travers des voyages de délégations syndicales en Pologne. Après tout le battage effectué par la presse bourgeoise, il nous appartient d’empêcher que le silence ne retombe, que l’indifférence ne s’installe alors que les ouvriers polonais font preuve de leur détermination à s’opposer à l’occupant. « L’hiver est à vous, le printemps sera à nous. » Tel est le slogan qui a fleuri un peu partout sur les murs du pays dernièrement. Mais il est une autre tâche pour le mouvement de solidarité et pour les militants révolutionnaires en particulier : c 'est de faire connaître, dans toute sa richesse, l’expérience de cette lutte de seize mois, de rendre compte des acquis de Solidarité et des problèmes auxquels le mouvement de masse s’est trouvé confronté. L’un d’entre eux, à n ’en pas douter, a trait à la place des femmes dans cette révolution.
« Quel est le rôle des femmes dans la vie du syndicat ? » Cette question me valut souvent un regard étonné, de la part des militants à qui je la posais, parfois accompagné d’un froncement de sourcil soulignant son caractère incongru. Mais la plupart me répondirent avec assurance : « Pas de problème, il n’y a pas de différence avec les hommes. » Que les femmes aient été presque aussi nombreuses que les hommes dans Solidarité, les chiffres sont là pour l’attester. Mais qu’elles aient joué le même rôle qu’eux dans la vie quotidienne du syndicat, c’est beaucoup plus douteux. Le nombre de femmes dans les directions syndicales restait très faible dès qu’on dépassait le niveau de la commission syndicale d’entreprise. Prendre des responsabilités sur son lieu de travail dans le cadre des horaires normaux, c’est une chose, accepter d’en prendre au niveau régional ou national en est une autre. Comme me l’expliquaient deux militantes de Gorzow, lors du congrès national de Solidarité : « Pour nous, cela n’a pas été sans problème d’accepter d’être déléguées au congrès. Le problème des gosses, tu comprends... » Les femmes présentes au congrès ne représentaient en effet que 696 des délégués.
Rien de très nouveau pour qui connaît la réalité de ces problèmes dans le mouvement ouvrier occidental. Il faut cependant souligner que les contraintes matérielles pesant traditionnellement sur les femmes — ménages, enfants, etc. — sont décuplées en Pologne où faire les courses implique des heures de queue pour obtenir le moindre morceau de viande, et même pour obtenir des choses aussi élémentaires que le pain, le lait ou le beurre. « Si je veux acheter de la viande le mardi, il faut que le lundi à 6 h du matin je prenne ma place dans la queue, que j’y reste un jour et une nuit. Et le mardi, soit je pourrais acheter quelque chose, soit il n’y aura rien. Les cinq premières personnes trouveront quelque chose et les autres n’auront rien. Ils envoient parfois cinq kilos de saucisson. Les retraités, qui restent tout le temps dans la queue, jour et nuit, arrivent parfois à acheter quelque chose, mais ceux qui travaillent n’ont rien (1). » Ainsi parle une ouvrière de Zyrardow, l’entreprise textile qui fit une grève de plusieurs semaines en octobre dernier pour obtenir un meilleur approvisionnement de la région.
Une double ou une triple journée de travail
La situation des femmes est d’autant plus difficile que la répartition des tâches ménagères au sein du couple n’est pas chose très répandue. Au mieux, l’homme « aide » sa femme en faisant une partie des courses, mais l’essentiel du travail domestique repose sur les épaules de la femme qui, le plus souvent, accepte encore cet état de fait comme normal, même lorsqu’elle travaille. Or l’impossibilité de trouver sur le marché les aliments
SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE et les biens de consommation les plus élémentaires complique singulièrement sa tâche. « Quand on ne trouve plus de fromage blanc au magasin, on est bien obligé de le faire soi-même », me dit une amie pour qui l’absence de ce mets traditionnel sur la table familiale était impensable. De même, moins il y a de viande et moins elle est de bonne qualité, plus il faut cuisiner pour préparer un repas. Quant aux œufs, depuis quelques mois, on n’en trouvait quasiment plus en dehors du marché noir, et à des prix astronomiques pouvant aller jusqu’à un dollar les six
— c’est-à-dire de 350 à 500 zlotys. Comment est-ce possible dira-t-on ? Comment une boîte de six œufs pourrait-elle coûter le vingtième d’un salaire moyen (7000 zlotys), l’équivalent de plus de 200 francs français pour un salaire analogue ? Eh bien, ce n’est pas possible, justement. Et les statistiques polonaises — outre qu’elles sont mensongères la plupart du temps — occultent un phénomène massif touchant les femmes aussi bien que les hommes : le travail au noir permettant d’arrondir les fins de mois, les heures supplémentaires
— 3, 4, parfois jusqu’à 6 heures — que l’on fait en sortant de son travail « officiel ». Les propos de la couturière interviewée à Lublin (voir ci-contre) révèlent ce phénomène que chacun connaît plus ou moins en Pologne mais dont on ne parle guère, ce phénomène pesant avant tout sur les couches salariées les plus basses. Les quelques ouvrières et ouvriers du textile avec lesquels j’ai pu m’entretenir collectivement de ce problème à Lublin m’affirmaient que, selon leurs estimations, près de 50% des travailleurs de leur secteur avaient un travail d’appoint. Pour les femmes en particulier, il s’agit d’un fardeau d’autant plus lourd qu’il vient s’ajouter aux difficultés de la vie quotidienne évoquées plus haut.
Une telle situation ne pouvait que faire obstacle à une activité régulière de la masse des femmes dans le syndicat.
Même dans les entreprises à majorité féminine où les leaders de Solidarité se montraient conscients de la nécessité d’associer plus de femmes aux instances de direction, la commission syndicale comprenait très rarement plus de femmes que d’hommes. Même chose dans les conseils ouvriers naissants où l’on comptait certes nombre d’ouvrières déléguées par leur atelier mais où fort peu d’entre elles occupaient des postes de responsabilité, leur place dans le processus de production les ayant moins préparées que les hommes à assumer des tâches d’analyse et d’élaboration. C’est du moins ce qu’elles affirmaient...
Dans une grande entreprise du textile de Lodz — l’usine « 1er Mai » — comptant 80% de femmes sur 3 800 employés, le conseil ouvrier et son présidium comprenaient respectivement 30% de femmes, ce qui était plutôt une bonne moyenne par rapport à d’autres usines. Une proportion qui n’a rien de particulièrement scandaleux si on la compare à ce qui se passe en général à l’Occident.
Ce qui est plus étonnant, en revanche, c’est que l’extraordinaire mouvement social que fut Solidarité n’ait pas plus rapidement suscité une prise de conscience chez les femmes elles-mêmes quant à la nécessité de lutter pour changer cet ordre des choses.
Les ouvrières du textile à la pointe du combat
Pourtant, les femmes ont joué un rôle clef dans ce mouvement à plus d’une reprise. Alors que la plupart des militants de Solidarité s’accordaient à dire que la grève n’était pas une solution pour sortir de la crise, la détermination des ouvrières de Lodz menaçant d’entrer en grève malgré tout pour protester contre la dégradation de l’approvisionnement amena la direction de cette région à appuyer la proposition faite par une déléguée d’organiser une marche de la faim des femmes, le 30 juillet dernier, au terme de toute une semaine de mobilisation. C’était les premières manifestations de rue depuis les grèves d’août. 50 000 femmes défilèrent derrière une banderole où l’on pouvait lire : « Affamés de, tous les pays, unissez-vous ! » Nul doute que l’ampleur de la mobilisation pesa pour beaucoup dans les mesures prises par la suite par la direction régionale. Celle-ci engagea en effet un processus de contrôle sur le système de rationnement et sur la distribution de l’alimentation qui devait révéler toute l’incapacité des autorités locales et faire apparaître Solidarité comme un véritable contre-pouvoir à l’échelle régionale (2).
De leur côté, les ouvrières du textile de Zyrardow furent parmi les premières à reprendre à leur compte l’idée de grève active lancée dès l’été dernier par la direction de Lodz. Devant la menace que représentaient ces femmes refusant de céder aux chantages de la bureaucratie et s’affirmant prêtes à reprendre leur usine en main pour exercer un contrôle direct sur la production comme sur la distribution, le pouvoir finit par reculer. La détermination de ces travailleuses fut sans aucun doute un élément de reflexion important pour la direction de Solidarité à Varsovie, comme l’attestent les bulletins de la région, et la position en faveur de la grève active adoptée par les délégués de Varsovie lors de la dernière réunion de la commission nationale de Solidarité à la veille du coup de force (3). Enfin, les femmes devaient jouer un rôle déterminant dans le mouvement « Solidarité-famille », né le printemps dernier à Lublin, et qui se définissait comme un mouvement social d’entraide ayant pour but de permettre des échanges entre les familles et de lutter contre l’ato-misation de la vie sociale favorisée par l’architecture des grands ensembles. Autour de permanences qui se mettaient en place dans les quartiers, on assista en effet en quelques mois à la naissance de regroupements dont les membres — des femmes en majorité — exprimaient leur besoin de sortir de leur isolement, organisation des banques de vêtements, de jouets ou de matériel scolaire pour venir en aide à ceux qui ne pouvaient trouver ailleurs ce dont ils avaient besoin. Loin d’avoir un caractère philanthropique, ce mouvement entraînant une remise en cause des rapports sociaux traditionnels représentait un tremplin pour de nombreuses femmes restées inactives jusque-là. Lors de réunions de quartiers auxquelles je pus assister, certaines d’entre elles commençaient d’ailleurs à protester contre la prédominance des hommes dans la direction du mouvement alors qu’elles en étaient la colonne vertébrale.
Le poids de l'idéologie traditionnelle
Dans l’ensemble cependant, on ne saurait dire que les problèmes spécifiques des femmes firent l’objet de débats approfondis au sein de Solidarité. (Je n’ai rencontré aucun article de la presse syndicale posant explicitement le problème de la double journée de travail par exemple). Ou, lorsque ce fut le cas, comme pour l’avortement, ce furent en général les positions les plus réactionnaires qui s’exprimèrent dans la presse syndicale, insistant sur le « droit à la vie » du fœtus ou s’en prenant aux étudiantes « qui n’hésitent pas à se demander si elles vont ou non interrompre leur grossesse (4). »
Les dirigeants du mouvement « Solidarité-famille » de Lublin, pour radicaux qu’ils se soient montrés dans une série de domaines, étaient eux aussi opposés à l’avortement. Alors même qu’ils menaient une action décidée et extrêmement positive pour venir en aide aux mères célibataires — très souvent rejetées par leur propre milieu — en les soutenant matériellement et en leur donnant la possibilité de poursuivre leur travail, ils n’en trouvaient pas moins naturel d’essayer de les convaincre qu’il serait préférable, si elles n’avaient pas l’intention de se marier, — de remettre leur enfant à un couple « mieux à même de répondre aux besoins de l’enfant »...
Ces contradictions en disent long sur le poids de l’idéologie traditionnelle, et la manière dont celle-ci influait sur le comportement des hommes vis-à-vis des femmes — y compris parmi les militants les plus conscients. La lenteur de l’évolution des rapports sociaux sur ce point ne peut s’expliquer qu’en tenant compte à la fois du poids de l’Eglise catholique dans l’éducation (avec tout ce que cela signifie quant au rôle de la femme dans la famille et dans la société) et des profondes déformations idéologiques, héritage de trente-cinq ans de stalinisme. Elles seules permettent de comprendre pourquoi les pires aspects de la société de consommation ont un impact aussi grand en Pologne, le « modèle » occidental apparaissant à beaucoup comme une manière — combien déformée — de lutter contre la culture stéréotypée prônée par l’éducation officielle. D’où la mode de tel ou tel vêtement poussée à l’absurde ou l’image de la femme comme femme-objet profondément ancrée dans la tête des gens — et des femmes en premier lieu. Le baise-main, par exemple, reste une pratique quotidienne n’étonnant absolument personne. Les militants de Solidarité les plus convaincus de la nécessité de lutter consciemment pour que les femmes prennent toute leur place dans le mouvement m’expliquaient qu’il s’agit là d’une tradition exprimant le respect de l’homme pour la femme et ils ne voyaient pas ce qu’elle pouvait avoir de négatif. Mais ils restaient interdits lorsque je leur demandais s’ils accepteraient que les femmes leur baisent la main pour leur témoigner leur respect...
Le manifeste des féministes de Varsovie (5) n’a guère eu d’écho au-delà de milieux universitaires très restreints et on ne peut pas dire qu’en seize mois d’un combat qui a pourtant profondément bouleversé d’autres aspects de la vie sociale, et contrairement à ce qu’on était en droit d’espérer, une lutte consciente pour la libération des femmes ait véritablement commencé.
Mais les femmes n’ont pas dit leur dernier mot. Lors de l’assaut des forces de l’ordre contre les usines occupées au lendemain de la proclamation de l’état de guerre, on sait qu’en de nombreux cas, les femmes furent
SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE battues et violentées par la ZOMO — les troupes spéciales de la milice. Or on vient d’apprendre que certaines d’entre elles ont signé une protestation contre les viols perpétrés en diverses occasions par les miliciens. Et on a entendu parler de manifestations de femmes à Lodz au moment de la hausse des prix, début février.
S’il est vrai que la majorité de ceux qui sont aujourd’hui internés, condamnés ou recherchés sont des hommes — ce qui renvoie à la place attribuée aux femmes dans la direction du mouvement — , il n’en reste pas moins que celles-ci ont un rôle particulier à jouer pour permettre à Solidarité de se réorganiser dans la clandestinité et de préserver son unité.
Gageons que l’ampleur du mouvement de résistance qui s’est exprimé depuis deux mois (6) sera l’occasion pour les femmes de faire un pas en avant dans la conscience de la tâche qui les attend pour que la classe ouvrière polonaise, unie, puisse vaincre l’occupant et imposer ce pour quoi Solidarité luttait : une société démocratique radicalement différente, où chacun et chacune occupera la place qui lui revient.
Gracja : une entreprise comme beaucoup d’autres
Gracja : une entreprise de textile et de confection employant 3 700 personnes, divisée en 19 unités administratives et 45 ateliers de production dispersés dans la ville de Lublin et ses environs. 90 % de femmes. Un salaire moyen de 4 000 à 5 000 zlotys, c’est-à-dire nettement en-dessous de la moyenne (7 000), les moins bien payées, celles qui sont à la chaîne, ne touchant que 2 500 zlotys. Une veste vendue 1 440 zlotys dans le commerce rapporte 84 zlotys à celle qui la confectionne. Un conseil ouvrier est en voie de constitution. La commission syndicale d’entreprise a lancé un référendum pour savoir si les travailleurs étaient d’accord que soit organisé un concours pour la nomination du directeur (l’ancien était un membre de la police politique...), quand bien même une telle nomination ne s’inscrirait pas dans le cadre légal. Tous estiment que le oui sera massif. Au moment de ma venue dans l’entreprise (le 14 décembre), la commission syndicale vient de prendre la décision d’établir elle-même un rapport sur l’état de l’entreprise, la direction s’y refusant obstinément. La majorité de la commission est favorable à la grève active. « Il faut qu’on prenne nous-mêmes les choses en main si on veut en sortir. »
Gracja, une entreprise comme beaucoup d’autres.
J’ai été interroger la responsable de l’un des ateliers, une ouvrière qualifiée, membre active de Solidarité, à la tête d’un groupe de 38 personnes travaillant en deux équipes. Elle a parlé librement. .
« Comme vous le voyez, les conditions de travail ne sont pas particulièrement mauvaises ici. C’est un petit atelier, nous fabriquons des vestes de fourrure, entre 220 et 300 par mois, essentiellement pour l’exportation dans les autres pays de l’Est. Lorsque le matériel est de trop mauvaise qualité, les vestes vont sur le marché intérieur... Mais nous faisons aussi de la confection sur commande. Les gens nous apportent du tissu qu’ils ont reçu. Les ouvrières gagnent environ 3 500 zlotys, mais le coupeur — c’est un homme — se fait, lui, jusqu’à 8 000 zlotys par mois. Pour nous, c’est difficile de s’en sortir, quasiment impossible. Alors, moi, je travaille à la maison. J’ai un atelier déclaré qui me permet en principe de travailler trois heures supplémentaires par jour. En fait je travaille quatre heures, de 1 6 h à 20 h, tous les jours de la semaine, y compris le dimanche. Et mon mari, qui est mécanicien à WSK, l’usine d’hélicoptères, travaille avec moi. (il gagne 6 800 zlotys). A nous deux, il nous faut une semaine pour faire un complet qui nous rapporte 3 500 zlotys. En gros, ça nous permet de doubler notre paie mensuelle. Cela vous choque ? Mais c’est impossible de s’en sortir autrement. Il faut bien nourrir les enfants. L’autre jour, je suis allée à la campagne apporter ma ration de sucre à mon frère parce qu’ils n’en trouvent pas chez eux et j’en ai profité pour acheter du petit salé : ça m’a coûté 3 000 zlotys. Alors vous comprenez... Mais cela ne nous empêche pas d’avoir accepté de travailler le samedi comme Lech Walesa nous l’a demandé au mois d’août. Encore que je ne sais pas si c’est très utile : nous n’arrivons pas à exercer un réel contrôle sur la vente de ce que nous produisons ces jours-là, vu que tout part à l’exportation. Enfin, si cela peut nous aider à redresser l’économie du pays, il faut le faire. Ce que nous voulons, c’est que cela change ».
Elle m’avait dit que je pouvais citer son nom si je le voulais. Je ne le ferai pas car je ne sais pas ce qu’elle est devenue depuis le coup de force. En sortant, j’ai discuté avec les membres de la commission syndicale qui m’avaient accompagnée. Tous sauf un avaient un travail d’appoint. L’un d’eux, coupeur en fourrure, permanent de Solidarité, marié avec trois enfants et une femme qui ne travaille pas, m’a dit gagner 5 500 zlotys (comme permanent, il continue à toucher sa paie antérieure). Il était obligé de faire des heures supplémentaires en plus de ses nombreuses activités syndicales. Il en faisait moins qu’avant, bien sûr, mais comment faire autrement avec un salaire pareil ? Lui n’était pas enregistré et travaillait au noir, plus ou moins selon la saison (en été, les gens ne demandent pas qu’on leur coupe des fourrures pour se faire un manteau...) Selon lui, plus de 50 96 — beaucoup plus — des travailleuses et des travailleurs de l’entreprise Gracja exerçaient un métier d’appoint. En fait, tous ceux qui le pouvaient, en raison de leur qualification ou d’opportunités particulières.
Notes
- Jacqueline Allio 15.2.1982
- (1) «Niezaleznosc », bulletin de Solidarité de Varsovie, n® 153, 23.10.1981.
- (2) Voir l'interview à ce propos d’un membre du présidium de la direction de Solidarité de Lodz, paru dans «Rouge » n° 1000.
- (3) Voir l’article de Z. Kowalewski paru dans «Inprecor» n° 119, ainsi que l’article du même auteur paru dans «le Matin» du 6.2.1982.
- (4) «Solidarnosc Ziemi Loddzkiej », bulletin de la région de Lodz, n° 26, 3.7.1981.
- (5) Voir «Cahiers du féminisme » n° 17.
- (6) Voir l’article de J. Allio, paru dans «Inprecor » n° 119.