Le temps de vivre, c'est la réduction du temps de travail, mais c'est aussi socialiser « Toute politique de la famille repose actuellement sur les femmes, déclarait Nicole Pasquier en juin dernier. Elles sont le ciment de la famille et restent les gardiennes du foyer. Toutefois les jeunes femmes de 77 ne veulent plus se sacrifier entièrement aux enfants et désirent assurer leur avenir. Elles aspirent à l'autonomie ! » (1 ). Et de justifier ainsi la politique d'aménagement de la double journée de travail des femmes, concoctée par le gouvernement ces dernières années. Travailleuses, oui mais... si « gardiennes au foyer ! ». Et bien sûr, en ce qui concerne le développement des équipements collectifs : rien. C'est surtout un des axes de la politique d'austérité ! (cf. annexe n° 1 ). Tout particulièrement, en ce qui concerne les équipements de la petite enfance, l'effort a plus porté sur l'agrément des nourrices (payées par les parents) que sur le développement des crèches !
Or pour nous, il n'est pas d'autonomie possible des femmes si elles restent rivées à leur rôle (de) domestique ! Pour nous le droit des femmes à l'emploi n'a de sens que s'il s'accompagne de l'exigence d'une organisation nouvelle de la vie sociale, d'une prise en charge collective des tâches ménagères et de l'éducation des enfants.
Ces dernières années les aspirations à une vie sociale collective se sont traduites par des expériences et des luttes très diversifiées : le développement de la vie communautaire (2), la tentative de mettre en place des réseaux parents et enfants (3), la création de crèches sauvages et les batailles pour arracher à la DDASS et aux municipalités des subventions, la naissance de l'association des parents d'enfants de crèches, luttant contre la circulaire Veil qui portait atteinte au fonctionnement et au statut des crèches publiques (4). Mais beaucoup de ces expériences, de ces luttes sont restées isolées, alors qu'elles devraient être un axe décisif de la lutte contre l'oppression des femmes, allant dans le sens d'une modification profonde de leur statut social de ménagère-épouse et mère ! Et en ce sens nous ne pouvons admettre de limiter les besoins en eç�i/pements collectifs aux seuls besoins tfes femmes travailleuses.
Nous devons imposer dans les cités, les quartiers, aux offices de HLM, la création de laveries, de pressing, de restaurants (et plats cuisinés) collectifs, afin de dégager femmes et hommes d'une série de tâches quotidiennes ! Nous revendiquons le développement massif de crèches �pourquoi 1 000 crèches seulement dans le programme commun ?) d'équi- les tâches ménagères et le développement des équipements collectifs !
pements de la petite enfance (5) de qualité (en terme de qualification du personnel, de petits effectifs, d'équipements adaptés au besoin des enfants) et gratuites. Nous ne concevons pas ces équipements de la petite enfance comme des pis aller au travail professionnel des femmes, mais comme le cadre d'une prise en charge sociale de l'éducation des enfants. Elles doivent être accessibles à tous les enfants dont les mères travaillent ou non (chômeuses, femmes au foyer, etc.) et être ouvertes au-delà des heures de travail, en assurant y compris un accueil de nuit (dans des conditions adaptés bien évidemment !). A ceux que la revendication d'ouverture des crèches 24 h sur 24 effraie, qui la récuse au nom de « l'abandon » des enfants et donc de l'appauvrissement des relations affectives entre parents et enfants, nous répondons que ce n'est pas l'accueil possible (et non obligatoire !) dans d'autres lieux que le « foyer familial » (où le rythme de la vie actuelle par ailleurs amenuise la qualité de ces relations) qui les appauvrit mais qu'elles pourraient s'enrichir si le temps de travail était massivement réduit, si travailleurs et travailleuses ne rentraient pas « mort de fatigue » après 8 h de boulot ! Enfin le travail domestique qu'ilssoit privé ou socialisé n'est en aucun cas pour, nous « la spécialité » des femmes ! Nos revendications en matière d'équipements collectifs n'auraient pas grand sens, si elles n'étaient pas combinées à l'exigence d'un réel partage — entre hommes et femmes — des tâches « d'entretien et de reproduction de la force de travail » à tous les niveaux de la vie sociale, se traduisant par l'exigence de la mixité du personnel de l'ensemble des services collectifs !
La famille est encore aujourd'hui le mode de garde dominant de l'enfant
Notes
- (1 ) Cf. Le Figaro du 7.6.77
- (2) Le dernier exemple en date s'est dé
- roulé dans le 14u arrondissement de Paris (cf. Rouge du , sur les exigences des
- squatters de la rue...).
- (3) Les réseaux parents-enfants se sont établis dans de nombreux quartiers ou immeubles pour permettre aux enfants de se retrouver dans un autre cadre que l’école, en allant les uns chez les autres, pour y dormir, pour jouer, pour tes vacances. Le développement de ces réseaux d'entraide répond aussi à l'exigence d'une plus grande disponibilité des parents. Ils correspondent à un réel besoin social, une vie plus collective que le chacun chez soi, mais se heurtent toujours à l'exiguïté des logements, à l'absence de lieux propres aux enfants dans les cités, les immeubles... Toutefois ces expériences tout à fait positives de ce point de vue, doivent aussi être formulées en terme de revendications, de luttes vis-à-vis des municipalités, sous peine d'aboutir, comme cela existe au Québec, à une gestion de ta «misère » sociale, par le bénévolat. Nous reviendrons sur ces problèmes dans le n° 4 des cahiers, en remettant en question les «solutions » de ce type, avancées en partie aujourd'hui par le PS.
- (4) L'association des parents d'enfants de crèches : elle s'est constituée pour permettre une réaction collective des parents aux atteintes portées par la circulaire Veil, au statut des crèches collectives (mensualisation, admission des enfants en surnombre, restriction des contrôles médicaux, suppression des vêtements fournis parla crèche, etc.). L 'association revendique «un service d'accueil et d'éducation ouvert à tous, qui ne soit ni une garderie, ni un assistanat, mais qui accomplisse la formation du tout petit de la même manière que l'école pour les plus grands ». (cf. Rouoe n1 368 du 9.6.77).
- (5) Les équipements de la petite enfance définissent un ensemble de «lieux » de prise en charge de l'éducation des enfants, regroupant en tant qu'unité «éducative » crèches, écoles maternelles, haltes-garderies. PML etc. De nombreux projets ont été imaginés sur lesquels nous reviendrons dans le n°4, qui portera d'ailleurs aussi sur la critique du fonctionnement actuel des crèches et écoles maternelles. En ce sens toutes les contributions pouvant enrichir le débat seront les bienvenues !