Ces extraits à propos du travail ménager nous montrent la nature spécifique de ce travail qui aboutit à ce sentiment de vide absolu de la femme, à la « névrose du néant ».
L 'espace qu 7/ occupe est l'espace de la vie d'une femme. Une femme ne va pas travailler, elle se réveille pour travailler. La maison c'est le travail et le travail c’est ta maison. Dans le cadre spatio-temporel d'une maison, d'un jour, certaines tâches doivent être accomplies, elles sont autant de jalons au long de la journée. Chaque opération est constituée d’une suite de gestes fragmentaires. Chacune d'entre elles est séparée, distincte des autres. Se lever, preparer le petit déjeuner, faire la vaisselle, faire les lits, habiller les enfants, les conduire à l'école, revenir, nettoyer, cirer, essuyer, faire les courses, préparer le déjeuner, aller chercher les en fants, faire la vaisselle, conduire à nouveau les enfants à l'ecole, ranger, faire la lessive, préparer te thé, accueillir le mari à son retour du travail, manger, faire la vaisselle, regarder la télévision, parler avec son mari, aller se coucher, faire l'amour. Ainsi se déroule la journée, tout y est soigneusement tracé à l'avance, répétitif, seul le contexte est différent car cette série de tâches s'inscrit chaque fois dans une situation complètement nouvelle. De telle sorte que chaque journée est à la fois la même et cependant une autre et qu'elle vous engloutit tout entière.
Suivre, mais aussi améliorer la routine quotidienne, exige un effort constant. La ménagère essaie de gagner du temps, d'accumuler de l'espace et des moments de liberté dans l'espoir d'avoir enfin un peu « de temps à elle ». Mais c'est en pure perte. Elle n'est tranquille que dans son bain.
« La névrose du néant est directement liée à ta nature du travail féminin dans la maison. Pour les femmes, l’affirmation de soi passe par le renoncement à soi. La femme « féminine », la bonne mère, ne peuvent se réaliser qu'en s'investissant dans leur mari et leurs enfants. // leur faut se mettre au service des autres, trouver leur raison d’être dans les gens et les objets qui les entourent ».
« Le boulon que l’on serre à l’usine disparaît et est remplace par un autre, mais le carrelage propre de la cuisine est le carrelage sa/e de demain et le carrelage propre d’après-demain ».
Le travail ménager absorbe la femme totalement. C’est un cycle rythmique de tentatives et d'échecs — jusqu'à l'épuisement total.
Le travail domestique n'est jamais assimilable à un Travail normal si routinier soit-il, parce que l'émotion fait toujours interruption au beau milieu.
« La femme absorbe magiquement la tension jusqu'à ce qu'on ne la remarque plus. H s'agit d'un compte à régler entre elle et le monde, qui emplit bientôt toute sa vie ; la violence qu'ê/le a absorbée la ravage. Elle finit par se sentir absolument vidé ».