La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Qualification des femmes

Cahiers du féminisme, n° 2, janvier 1978 · p. 14 · 1 021 mots

les femmes puissent, plus massivement encore, songer à travailler, si elle est vitale pour contrecarrer les projets de la bourgeoisie... elle n'est pas la seule revendication des femmes, loin s'en faut !

La situation des femmes dans le monde du travail est loin d'être enviablei dirigées d'emblée vers certaines professions, certains métiers « bien féminins », les femmes ont en général une formation professionnelle beaucoup plus faible que celle des hommes. De plus, même qualifiées, les professions qui leur sont dévolues sont systématiquement dévaluées. Antoinette (mensuel femme de la CGT) donnait ré-cemmment (novembre 1977) un très bon exemple à ce niveau : « dans la chimie, les conventions collectives de 1936 avaient fixé des salaires différents au même poste pour les hommes et pour les femmes. L'aide comptable et le sténo-dactylo homme gagnaient 1 350 F, l'aide comptable et la sténodactylo femme 1 200 F. Les grilles renégociées en 1945 suppriment cette évidente discrimination mais attribuent au poste d'aide-comptable (où il y a plus d'hommes) le coefficient de 150 et à celui de sténo-dactylo (où il y a plus de femmes) le coefficient 138 ».

Féminisation et déféminisation des branches et professions

Ce type de pratique est encore monnaie courante. Il est clair dès lors que la bataille pour « le droit au travail » des femmes doit englober la lutte pour la féminisation et la déféminisation des branches et des professions.

Or cette question là est en général laissée de côté. Jean-Louis Moynot y a fait allusion lors de la 6e conférence femme CGT, mais sans donner d'axes de bataille.

Nombre Je professions (techniciens, ingénieurs, dessinateurs...) restent interdits aux femmes sans, bien sûr, qu'il soit besoin de l'inscrire aux tables des lois (qui au contraire proclament l'égalité à peu de frais), la « tradition » jouant . toute seule son rôle. Nombre d'emplois et de filières leur sont refusés pour des prétextes divers : pénibilité, travail de nuit, etc. (imprimerie, SNCF — conducteur de train par exemple — transports...)

Certes, il serait illusoire d'espérer un prompt changement en la matière. Cela dit, force est de constater que, en raison même des difficultés qu'il soulève, le problème est en général gommé, remis aux lendemains qui « chantent ». Pourtant, plusieurs axes de lutte peuvent être tracés :

• c'est en premier lieu, la lutte pour formation professionnelle. On sait que 95 % des CAP de femmes concernent des métiers comme la couture ou les emplois de bureaux et que, si les hommes peuvent choisir entre 450 professions environ, ce chiffre tombe à 120 pour les femmes. Tout est là pour les dissuader de travailler, si elles ne sont pas qualifiées. Tout est là pour leur faire abandonner, dès les premières années de vie active, tout espoir d'amélioration ou de « promotion ». Pour les quelques rares femmes qui « osent » suivre des formations réputées masculines, c'est, après les brimades pendant la formation, le chômage ou l'emploi déqualifié... Et c'est du coup le cercle vicieux : pourquoi s'aventurer sur une chasse gardée ?

Imposer un quota minimum dans toutes les filières de formation (ce qu'oublie de faire la charte femme CGT) peut seul permettre une lutte coilective des femmes, les mettant en position de force sur le marché du travail.

Cette revendication d'un quota minimum pourra jouer en sens contraire (déféminisation de professions ) par l'ouverture de professions jusque là essentiellement féminine (puéricultrices, institutrices de maternelles, etc. ) aux hommes. Mais là, à quelques exceptions près, la déféminisation passera avant tout par la revalorisation des emplois réputés « fémininins » c'est-à-dire par l'augmentation des salaires, la transformation des conditions de travail... ces emplois étant en général peu alléchants et en conséquence peu recherchés.

Mais il est un autre niveau de lutte en matière de formation : celui de la formation dans l'entreprise. A la Sécurité sociale, on constate que si les femmes représentent plus de 70 % du personnel, elles n'ont que 7 % de chance (contre 27 % aux hommes) d'accéder à l'encadrement. Elles se retrouvent dans les centres de paiement, CPC — engagées dans une filière unique : celle de guichetière, seules quelques rares femmes accèdent à d'autres postes (cadres). Or l'on constate que la préparation des examens (en soi non fermés aux femmes) se fait hors du temps de travail (du moins la première année), une demi-journée par semaine étant royalement accordée pour des examens difficiles et fastidieux. Comment s'étonner que fort peu de femmes mariées avec enfant y accèdent ? Et cette situation n'est pas propre à la Sécurité sociale. Dans les banques, par exemple, les problèmes sont grosso-modo identiques. Se pose donc le problème d'une sorte de « rattrapage » pour les femmes, leur pourcentage dans les différents emplois devant correspondre à leur pourcentage sur l'entreprise... « rattrapage » qui n'est bien évidemment possible que si la formation est réellement et totalement prise sur le temps de travail.

• C'est, en deuxième lieu, ou plutôt parallèlement à la lutte menée au niveau de la formation, une lutte pour le contrôle des embauches, notamment partout où les femmes sont faiblement représentées (ou pas du tout I).

Nombre d'offres d'emploi excluent à priori les femmes sous des prétextes multiples. Isolée, la travailleuse est sans défense. Dans certaines agences pour l'emploi, les travailleurs ont imposé un contrôle des « petites annonces » (annonces racistes, sexistes...). Important, ce contrôle reste néanmoins insuffisant s'il n'est pas pratiqué, systématiquement, en liaison avec les organisations syndicales sur les entreprises, les Unions locales et les Unions départementales. Certes, cette bataille, ce contrôle impliquent d'aller à l'encontre de bien des idées reçues et des hostilités ancrées dans la tête des travail-leur(euse)s. Les travailleurs, même les plus conscients, ont tendance à ne pas poser le problème du travail des femmes à partir du moment où elles sont absentes de leur atelier, de leur secteur, de leur entreprise. Pourtant, si la lutte pour la féminisation n'est pas prise en charge par l'ensemble du mouvement ouvrier, si elle est laissée aux seules femmes, elle a toute chance de rester vœux pieux, lettre morte.

C'est enfin la bataille pour le développement des équipements collectifs adéquats (Cf. p. 16).

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