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États généraux sur les femmes et le travail : Éléments pour un bilan et pour des perspectives

· Cahiers du féminisme, n° 20, juillet - août 1982 · p. 3-7 · 3 875 mots

2000 femmes — avec quelques hommes — réunies les 24 et 25 avril 1982 pour débattre de la place des femmes dans le travail. Ce chiffre seul montre que la rencontre fut un succès. Au-delà du nombre, une telle initiative démontre la validité d’une démarche d’affirmation des forces féministes dans la situation politique ouverte par le 10 mai.

Le débat sur les revendications à l’intérieur des différentes commissions fut très riche. Sur le temps de travail, les discriminations sexistes, les droits des femmes dans l’entreprise, on a assisté à une réelle élaboration collective, appuyée sur un échange d’expériences. Preuve est faite, s’il en était besoin, qu’une initiative qui ouvre largement les portes du « mouvement » à des femmes très diverses permet d’avancer plus vite et plus profondément que le repli frileux sur des réunions où quelques unes s’autoproclament l’avant-garde féministe.

La confrontation groupes féministes/syndicats n’a pas tourné à la déroute ou à la récupération des premiers par les seconds, comme le suggéraient celles qui, dans les groupes femmes, avaient refusé de participer aux Etats généraux. La présence syndicale était le fait de militantes de la CFDT et de la direction de l’URP de la confédération, auxquelles venaient s’ajouter des militantes de la CGT et de la FEN venues à titre individuel. La direction CFDT a, sur le travail des femmes, les positions que l’on sait : défense du temps partiel justifiée par la demande des femmes et lutte, non contre le principe, mais sur les garanties à offrir aux travailleuses — acceptation de la loi des 39 heures et du cadre gouvernemental fixant à plus tard l’obtention des 35 heures.

A l’évidence, ces positions n’étaient pas partagées par une large majorité de femmes venues aux Etats généraux, et l’exigence d’un abaissement massif et immédiat du temps de travail à 35 heures ressortait de toutes les commissions, ainsi que la dénonciation du piège constitué par les aménagements divers du temps de travail. Cela, la direction CFDT a pu le voir et l’entendre, comme elle a pu voir que les féministes étaient des femmes intégrées dans le monde du travail, connaissant les dossiers, combatives, et non des « êtres venus d’ailleurs » comme elle a pu se plaire parfois à les décrire. C’est un élément dans le rapport de forces en faveur de celles (ceux) qui refusent l’orientation de la

ETATS GENERAUX direction confédérale, comme les fédérations PTT, banques, Hacuitex, etc., qui se sont prononcées contre le temps partiel.

La présence de Roudy n’est pas purement anecdotique. Son discours pouvait faire sourire car, en dehors de proclamations générales sur les vertus subversives du féminisme, elle avait bien du mal à justifier l’action gouvernementale. Les deux seuls points concrets furent la confirmation du remboursement de l’IVG par la Sécurité sociale et du vote de la loi antisexiste à la rentrée de septembre 1982. Encore faut-il préciser que les modalités d’application de ladite loi sont très floues, la ministre ayant reconnu ne pas avoir été consultée dans le cadre de la réforme Auroux. Quant à la justification du temps partiel par le fait qu’il permettrait aux femmes de se former et d’accéder à des postes de responsabilité dans le travail, c’est une aimable plaisanterie.

Néanmoins, au-delà des paroles prononcées, la participation de Roudy est un fait politique majeur des Etats généraux. Elle constitue une reconnaissance comme force sociale des féministes engagées dans leur préparation. Or, le problème le plus aigu des courants féministes dans la dernière période a été celui de leur absence d’ auto-affirmation. Evidemment, la déclaration de Roudy les proclamant partenaires sociaux ne doit pas être prise littéralement. Ce sont des choses que l’on dit lorsqu’on est poli et qu’on veut être applaudi... Il n’en reste pas moins que le ministère est conscient que les femmes des Etats généraux sont une réalité qui existe et qui conteste la politique gouvernementale. En effet, la déclaration de Roudy, en début de rencontre, a eu l’avantage de placer la réunion sous le signe de la confrontation entre les exigences des femmes et la politique actuelle. Pas une commission où n’ont été dénoncés les atermoiements (avortement), les reculs (discriminations sexistes pour lesquelles le texte actuel est moins progressiste qu’un projet initial du PS ; droit des femmes dans l’entreprise, etc.)et la continuité avec les mesures giscardiennes (temps de travail).

Celles qui n'étaient pas là...

Pour être exhaustif, un bilan doit aussi mentionner les absences. Des réunions unitaires se sont tenues entre la Coordination des groupes femmes, la CFDT, le Planning familial, le PSU, la LCR... Certaines femmes ont refusé de s’associer à la préparation.

L’absence de Psychanalyse et Politique ne saurait surprendre ; cette organisation se commet peu avec d’autres forces et ne participe guère qu’aux initiatives impulsées par elle... à moins que les forces et les initiatives n’aient quelque rapport avec le pouvoir en place. Il faut dire que le programme revendicatif issu des Etats généraux est éloigné de l’orientation actuelle de Psychanalyse et Politique.

Aux Etats généraux, les femmes se voulaient implicitement ou explicitement féministes ; elles refusaient l’enfermement dans les rôles sociaux traditionnels qui surdétermine l’ensemble du rapport au monde des femmes : statut de mère, de ménagère, de travailleuse par accident... Au nom de la « féminitude » et d’une identité à redécouvrir, les revendications de Psychanalyse et Politique vont dans le sens inverse. Vouloir rétribuer le travail domestique, comme il est proposé, c’est y condamner les femmes. Réclamer un mi-temps pour les femmes enceintes, c’est accentuer les discriminations au travail et enfermer les femmes dans une pathologie de la grossesse. Ce groupe annonçait récemment la création de syndicats de femmes, parmi lesquelles le syndicat de « mères de famille ». La démarche ne saurait surpendre quand on sait l’importance accordée par Psychanalyse et politique à « l’indépendance Politique » des femmes ; un groupe qui est le « parti des femmes » doit logiquement créer des syndicats, et des syndicats « courroies de transmission » de la ligne du parti.

Cette orientation a le double désavantage de méconnaître la réalité du mouvement ouvrier français et la nature de la fonction syndicale. Créer des syndicats parallèles aux grandes organisations existantes n’est pas une invention de Psychanalyse et Politique ; d’autres ont essayé depuis 1968, qui ont échoué ; il faudrait des bouleversements sociaux de grande ampleur pour que la confiance de la masse des travailleurs dans les directions syndicales, aussi réformistes et sexistes qu’elles puissent être, s’estompe au point d’amener la floraison de nouveaux syndicats. Psychanalyse et Politique se condamne à une certaine solitude... L’idée d’un syndicat de « mères de familles » ajoute une ambiguité supplémentaire, puisqu’on ne saurait supposer que le terme « syndicat » a été utilisé par hasard, au lieu de comité. S’il y a un syndicat, où est le patron ? Le mari, les enfants ? On négocie avec qui, on fait grève avec qui et contre qui ?

Des femmes qui avaient participé aux assises et qui militent dans les groupes femmes quartier ou au

GRIEF ont refusé de s’associer aux Etats généraux, arguant de la mixité et de l’impréparation des forces féministes à une rencontre avec les syndicats. Rappelons que l’appel aux Etats généraux a été lancé depuis les assises et avait rencontré l’accord d’une large majorité des femmes présentes ; aucune voix ne s’était élevée contre la décision. Le 9 janvier 1982, à la rencontre nationale impulsée par le collectif des assises, des femmes ont voulu remettre en cause le principe des Etats généraux, qui se préparaient déjà en province. Un vote majoritaire leur a donné tort. Elles ont, alors, décidé d’appeler au boycott.. Quelques-unes d’entre elles, présentes à la Sorbonne, ont lu un texte condamnant l’initiative. Cette abstention, qui affaiblit les courants féministes, nous paraît des plus regrettables. Les divergences ne portent pas sur les revendications, comme l’ont montré les débats des assises. L’accusation faite de négliger le travail domestique ne tient pas ; une commission spécifique a été proposée sur ce sujet aux Etats généraux ; il est vrai qu’au -delà des positions fondamentales (pour les équipements collectifs, pour le partage des tâches ménagères), l’approche du problème est difficile car tout aménagement de la condition des femmes au foyer entraîne le risque de l’enfermement dans un statut inacceptable.

Tout aussi irrecevable est l’accusation de manipulation de la LCR, brandie par des femmes qui, parfois, appartiennent à d’autres partis, et par Libération qui, plus incapable que jamais de parler du Mouvement des femmes, préfère ergoter sur le machiavélisme trotskyste. Il faut avoir peu d’expérience politique ou beaucoup de mauvaise foi pour ne pas savoir ce qu’est une organisation qui « récupère » : l’omniprésence de son sigle, de ses dirigeants, de sa presse. A l’évidence, ce n’était pas le cas, ni en assemblée générale ni dans aucune commission. Il faudrait d’ailleurs que certaines soient cohérentes dans leur argumentation : ou bien elles accusent les organisations mixtes de se moquer des femmes, ce qui veut dire que lesdites organisations ne consacrent pas le gros de leurs forces, surtout si ce sont de petites formations, à noyauter le féminisme ; ou bien elles les accusent de « manipuler », ce qui les crédite d’une grande lucidité dans leur compréhension des problèmes des femmes.

Le vrai débat n’est pas là ; il est beaucoup plus fondamental et se situe au niveau de la tactique que doit adopter le Mouvement des femmes face au mouvement ouvrier. Les

ETATS GENERAUX femmes qui boycottaient les Etats généraux ont le sentiment qu’une présence masculine entache de « non-féminisme » toute initiative. C’est le péché originel, d’où découle une dénaturation des actions entreprises. Ce faisant, elles confondent deux niveaux de structuration et d’action. Le mouvement des femmes est non mixte , non par accident, mais par principe. Les opprimés, quels qu’ils soient, ont besoin d’organisations dont ils ont la direction et qui défendent leurs intérêts spécifiques; cette nécessité s’affirme avec plus de force quand il s’agit des femmes, qui ne peuvent guère espérer des « trahisons » dans le camp des oppresseurs (alors qu’avec une origine bourgeoise, on peut rejoindre le camp du prolétariat ou avec une peau blanche celui des minorités raciales). Les cent dernières années ont montré que le mouvement ouvrier abandonnait les revendications des femmes, quand il ne diffusait pas avec application les normes patriarcales, et ce chaque fois qu’une pression extérieure ne s’exerçait pas sur lui. Ce constat est irrécusable, comme est irrécusable la situation actuelle de militantes de deuxième ou troisième zone des femmes dans les syndicats et les organisations politiques de gauche ou d’extrême gauche. En ce sens, il faut développer aujourd’hui plus que jamais des structures non mixtes dans les quartiers et les entreprises et se doter d’un vrai mouvement de femmes.

Mais les forces féministes ne vivent pas au milieu du désert politique. Elles ont besoin de la confrontation avec le gouvernement, avec le mouvement syndical, non pour obtenir d’eux un label de respectabilité, mais pour s’affirmer, faire connaître les revendications des femmes, occuper le champ politique. Cela suppose des rencontres avec ces organisations qui sont mixtes. De plus, les groupes femmes actuels ne représentent que la partie émergée de la radicalisation féministe. Beaucoup de femmes, dans les syndicats, dans les partis politiques, les associations de quartier, etc., sont féministes. Des initiatives où l’on appelle leurs organisations sont un moyen pour elles de rencontrer le féminisme organisé. Ce fut le cas aux Etats généraux où une majorité de femmes n’étaient ni dans un groupe femmes ni dans une CSF ni au Planning. Fallait-il négliger ce moyen ? Nous ne le pensons pas. Si le mouvement est non mixte, les actions auxquelles il participe sont mixtes ou non mixtes ; tout est affaire de conjoncture et d’opportunité.

Il est absurde de prétendre que la dimension féministe est noyée dès qu’un homme (il y en a généralement peu !) est dans la salle. Les Etats généraux ont montré l’inverse : la faiblesse de l’argumentation de la

CFDT fondée sur l’adaptation aux « réalités », celle de la crise économique et celle de l’idéologie patriarcale. Il faut la sottise de Libération pour trouver les débats lénifiants. Est lénifiant le débat politique, car il n’est pas cri, révolte à la spontanéité garantie. Hélas (pour Libé !), le monde est pleins de cris et tant qu’ils restent cris les pouvoirs établis dorment sur leurs deux oreilles.

Les femmes qui dans leur déclaration aux Etats Généraux condamnèrent l’initiative ont aussi argué de divergences portant sur l’analyse de l’oppression des femmes. « Les femmes appartiennent aux hommes avant d’appartenir au capitalisme. » Décidément, la distinction contradiction principale/secondaire survit à Feu Mao. Il serait temps de cesser d’attribuer aux autres les positions qu’elles n’ont pas. Qui a dit que l’oppression des femmes était réductible au capitalisme ? Même le PC n’ose plus ! Qui a dit que les hommes n’avaient pas d’intérêts matériels et moraux à opprimer les femmes ? C’est une constatation de bon sens. Qui a dit que la lutte des classes suffisait ? Pas celles qui se battent pour construire un mouvement autonome. Est-ce que cela empêche de dire que le capitalisme utilise les femmes, en raison de leur subordination, comme un maillon faible ? Est-ce qu’une femme n’est pas aussi une travailleuse, affrontée tous les jours, comme les hommes, plus que les hommes, au capitalisme ? La réalité ne se découpe pas en tranches, et l’exploitation et l’oppression non plus. Il n’y a pas deux terrains où il faudrait se battre, il n’y en a qu’un : une société capitaliste patriarcale, les deux aspects se nourrissant mutuellement. Et pour se battre efficacement, ils faut le faire avec des femmes qui considèrent les organisations mixtes

ETATS GENERAUX du mouvement ouvrier comme leurs lieux de défense naturels de travailleuses, voire avec ces organisations elles-mêmes. Si celles-ci viennent sur le terrain du féminisme, c’est le produit d’un rapport de forces des femmes, c’est un pas en avant et non la traduction d’un machiavélisme masculin récupérateur.

Comment continuer ?

Les Etats généraux offrent la possibilité de poursuivre dans deux directions qui se combinent sans se confondre totalement : une intervention maintenue des féministes sur les thèmes liés au travail ; la structuration du Mouvement des femmes.

Se battre sur les revendications concernant l’emploi est une nécessité impérieuse, qui ne dépend pas de nous mais de la situation économique et politique. Les grandes restructurations du secteur tertiaire et de certaines branches industrielles sont à venir ; la crise a peu de chances de s’estomper avec les mesures Mauroy. La « pause » instaurée par le gouvernement actuel ne présage rien de bon pour les femmes, ni pour le chômage, ni pour leurs salaires, ni pour les équipements collectifs.

Aussi faut-il se fixer des échéances d’organisation et d’intervention. Il serait souhaitable que les contacts unitaires pris avec la CFDT, le Planning, etc., se poursuivent à l’échelon local comme un niveau national. Cela ne signifie pas que les groupes femmes se dissolvent dans des cartels mixtes, mais qu’ils se donnent les moyens, avec d’autres, de mener une lutte efficace.

La rentrée de septembre 1982 devrait être marquée par le vote de la loi antisexiste. Les médias parleront des femmes. Le projet de Roudy présente, on l’a vu, de notables reculs : pressions et mobilisations sont nécessaires lors de l’échéance parlementaire. Au-delà, si l’on veut que les aspects positifs de la loi ne demeurent pas lettre morte, il faudra que les femmes s’organisent dans les entreprises pour en contrôler l’application. Les syndicats ont, sans doute, un rôle décisif à jouer, mais on sait qu’on ne peut s’en remettre à eux avec une confiance absolue. Des groupes femmes se sont maintenus dans certaines entreprises, d’autres peuvent se créer, comme peuvent se créer des groupes interentreprises sur une ville, qui auraient l’avantage de rassembler davantage de forces et d’aider des femmes isolées dans des secteurs faibles numériquement ou peu combatifs. La loi portant sur les nouveaux droits des travailleurs dans les entreprise ouvre des possibilités : pourquoi les groupes ou associations féministes n’auraient-ils pas des locaux et des permanences décomptées sur le temps de travail ?

Les groupes locaux ont souvent besoin d’une impulsion nationale. La création, à l’issue des Etats généraux, d’un Collectif national de femmes est très importante. Ce collectif devrait pouvoir centraliser les expériences, s’en faire l’écho, jouer le rôle de centre d’impulsion pour que des initiatives soient prises. Outre la mobilisation lors du vote de la loi contre les discriminations, deux échéances s’imposent à court terme : une riposte à la manifestation de la droite contre le remboursement de l’IVG ; une action, combinée à celle des associations de parents de crèches (qui tiennent des assises en juin 1 982) au moment du vote du budget, chapitre équipements sociaux. Sur la question de l’avortement, le remboursement faisant l’objet d’une loi au Parlement en septembre 1982, une mobilisation prolongée doit être envisagée.

Le problème de la structuration du mouvement demeure posé. L’éclatement actuel est rendu d’autant plus dommageable que la conjoncture politique actuelle permettrait à une organisation mieux coordonnée de peser. Toutes choses égales, le mouvement ouvrier, à ses débuts, a connu une dispersion de forces aussi préjudiciable. Il y a, sans doute, des divergences aujourd’hui peu surmontables. Psychanalyse et Politique, par sa ligne et sa pratique, incline mal à un rapprochement, même si le sectarisme crispé de certaines envers ce groupe a peu de sens. En revanche, les groupes femmes de quartier, le GRIEF, les femmes du Manifeste , des oppositionnelles du PC et du PS, des femmes du Planning, des femmes de la CGT, etc., n’ont pas de divergences telles qu’elles ne sauraient cohabiter dans un même mouvement. Personne ne rêve d’une organisation monolithique ; chaque sensibilité, dans un mouvement qui n’est pas un parti, garde des formes d’expression autonomes et une liberté d’initiatives et de débats.

Or, le féminisme organisé, en France aujourd’hui, a besoin d’un nom. Psychanalyse et Politique l’a bien compris, qui s’arroge le sigle MLF. Il a besoin de structures de base permanentes, en province comme à Paris, pour mener un travail suivi ; il a besoin d’équipes représentatives pour faire connaître les exigences des femmes, y compris pour négocier avec le gouvernement. Des assemblées générales régionales de femmes doivent se tenir fin juin pour préparer, en septembre, une rencontre nationale. Il est temps de débattre des moyens de notre efficacité.

F. V.

Au cours de ces deux journées, l’intervention de la représentante des femmes salvado-riennes, d’une féministe espagnole, le message de solidarité aux femmes de Solidarnosc, et l’appel lancé par une féministe de Turin à une rencontre européenne internationale des femmes sur le travail, nous rappelaient la dimension internationale de notre lutte. _

ETATS GENERAUX

Appel issu des états généraux sur le travail des femmes

La situation des femmes au travail se dégrade de façon dramatique. Les femmes sont aujourd’hui les premières et les plus durement frappées par la crise économique : 60 % des chômeurs sont des chômeuses ; les menaces les plus graves portant sur des secteurs d’emplois traditionnellement féminins (le textile) ; l’informatisation du travail de bureau va toucher, dans les cinq ans qui viennent, 800 000 sténo-dactylos. Les emplois que les femmes occupent sont sous-qualifiés, sous-payés, elles sont les plus nombreuses à être payées au SMIC et à travailler au rendement. Dans les restructurations d’entreprises, les femmes sont bien souvent les premières mises au chômage partiel, les premières licenciées. Les jeunes femmes accomplissent un travail invisible : la reproduction et l’entretien de toute la famille, travail qui n’est pas reconnu comme un travail à part entière. De ce fait, le rapport des femmes au travail salarié est difficile, contradictoire. Des milliers de femmes sont ainsi continuellement condamnées à un double travail et à un salaire d’appoint.

Nous avons été environ deux mille sur les deux jours qu’ont duré ces Etats généraux (24 et 25 avril 1982) à manifester notre volonté de défendre les droits des femmes au travail et notamment leur droit au plein emploi.

Ces Etats généraux ne doivent pas être deux jours de travail et d’échange sans lendemain, mais un moment dans la construction d’une mobilisation encore plus large sur les principaux thèmes, les axes de lutte prioritaires qui ressortent de nos travaux :

— Réduction du temps de travail, ce qui implique, par des moyens appropriés, la lutte contre toutes les formes de précarisation du contrat de travail (travail à domicile, temps partiel, interim, contrats à durée déterminée, sous-traitance, etc.) et de dégradation des conditions de travail (charge de travail, cadences, travail du dimanche, travail de nuit etc.). La réduction du temps de travail doit s’accompagner de la création d’emplois stables.

— Lutte contre les diverses formes de discriminations sexistes, à travers l’introduction des technologies nouvelles (accentuation de la division sexuelle des tâches), les discriminations fiscales, en matière de Sécurité sociale et de retraite, les discriminations salariales et en matière de formation, d’embauche, etc. Lutte pour la mixité de tous les emplois.

— Généralisation et amélioration des équipements collectifs (petite enfance dans l’intérêt des parents et des enfants, services collectifs, etc.) conçus comme un moyen indispensable pour la libération des femmes.

— Poursuite de la lutte pour le droit de toutes les femmes de décider et de choisir leur maternité, qui passe par un droit complet et réel pour la contraception et l’avortement. Information et formation de masse sur la contraception et l’avortement. Inscription de l’avortement au Code de la santé et non plus au Code pénal.

Nous poursuivrons les débats entre nous sur ces différents axes prioritaires et la publication en brochure des travaux des Etats généraux sera un instrument de ce débat.

Nous nous efforcerons de faire avancer ces axes prioritaires dans les entreprises comme vis-à-vis du gouvernement, sous les formes les plus diverses :

, — Appui de mobilisations locales autour d’objectifs précis de lutte définis par les travailleuses et travailleurs concernés.

— Poursuite de la réflexion et du travail dans nos propres organisations, syndicats, mouvements, associations.

— Décentralisation des confrontations, débats et initiatives.

Plusieurs initiatives ont été proposées au cours de ces Etats généraux :

• 14 et 15 juin, Etats généraux nationaux sur les équipements collectifs à l’appel des associations de parents. Nous soutenons cette initiative et appelons toutes celles et ceux qui sont présents à y participer. Et nous ferons du vote du budget à l’Assemblée nationale une échéance pour le développement des équipements sociaux et notamment ceux de la petite enfance.

• Organisation d’une réponse commune à l’initiative de la manifestation de la droite contre le remboursement de l’avortement par la Sécurité sociale et mobilisation en septembre à l’occasion de l’entrée en vigueur du remboursement de l’IVG.

Enfin, la discussion au Parlement du projet de loi contre les discriminations sexistes à l’automne 1982 sera une prochaine étape dans notre mobilisation. Les organisations, syndicats mouvements et associations qui ont appelé aux Etats généraux se rencontreront alors pour faire le bilan des mois écoulés et envisageront des initiatives adaptées. Appel issu des Etats généraux sur le travail des femmes organisés à Paris les 24 et 25 avril 1982 par la Coordination des groupes femmes, le Mouvement français pour le planning familial, l’union régionale parisienne C.F.D.T. et soutenus par le PSU, la LCR, les CCA, les JCR, Jeunes Femmes, la commission femme de la Ligue des droits de l’homme, l’Unef-ID.

Fait à Paris, le 26 avril 1982

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