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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

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Les promesses se ramassent à la pelle...

· Cahiers du féminisme, n° 21, octobre 1982 · p. 3-5 · 1 649 mots

Nous voilà rentrés dans l'austérité de gauche : blocage des salaires et des prix , réduction de tous les budgets sociaux, « assainissement » de la Sécurité sociale... Nous voilà nantis d'un gouvernement respectable, en tout cas qui souhaite l'être aux yeux de la bourgeoisie, et qui se pare de vertus « bon chic, bon genre » dans le domaine idéologique.

La question de l'avortement est très significative. Mitterrand avait promis le remboursement par la Sécurité sociale ; le ministre des Droits de la Femme faisait régulièrement savoir que c'était pour bientôt, et la droite et l'extrême-droite mobilisaient de maigres troupes en faveur du « droit à la vie ». Voici que Bérégovoy, « l'homme du président » (dixit la presse), annonce le report du remboursement : c'est trop cher ; les « familles spirituelles » qui font la France ne sont pas d'accord ! Belle découverte !

En réalité, cette décision se nourrit d’un faisceau de raisons, qui ne sont pas plus rassurantes les unes que les autres. L'austérité d'abord. Ce n’est pas que l’IVG, en soi, coûte très cher, mais céder sur ce point, c’est entamer la cohérence d’une politique « d’économies » sur le budget de la Santé. Il y a aussi la volonté de ne pas « faire de vagues », de ne pas offrir un terrain d’intervention à la droite : rembourser l’avortement, c’est s’attirer la vindicte, fut-elle momentanée, de l’Eglise et quelques rancœurs dans la France profonde. Or, les municipales approchent, et, en France, où la stabilité du corps électoral est importante, les victoires dépendent du déplacement d’un petit nombre de voix : il importe de ne pas prendre de risques... Enfin, on peut soupçonner une partie du PS et de I l’équipe gouvernementale (dont Mitterrand) d’être sensible aux arguments sur la baisse démographique. Mitterrand ne manque pas une occasion de confier à la presse qu’il est nataliste. L’humanisme, style « notaire de province », de notre président et de quelques autres de la vieille SFIO, le technocratisme musclé de Bérégovoy se rencontrent dans le même diagnostic sur les luttes des femmes : épiphénomène bizarre de Mai 68, peu répandu parmi les électeurs.

Faut-il noter ici que les femmes n’ont que faire de ces économies sur leur dos,

EDrro de ces calculs électoraux douteux et de ces concessions idéologiques ? Des milliers de femmes se sont mobilisées en 1974, en 1979 (manifestations du 6 octobre et du 24 novembre) pour affirmer que l’avortement était un droit, le remboursement étant un premier pas vers la reconnaissance de ce droit et une mesure élémentaire de justice sociale. Le réaffirmer, l’exiger, ce n’est pas faire le jeu de la droite, qui ne sortira que renforcée des concessions répétées ; en revanche, ne pas tenir une promesse électorale aussi nette, c’est dégoûter des milliers de femmes qui avaient voté PS ou PC pour que cela change, et, puisqu’élection il y a, les pousser à l’abstention.

L’avortement n’est pas le seul terrain où s’illustre la politique gouvernementale. La fameuse loi anti-sexiste tant annoncée par Y. Roudy fait figure d’Arlésienne. Pas de place aux sessions parlementaires ? Encore les municipales ?

Dans le domaine de l’emploi, on peut reconnaître le mérite de la continuité. Les encouragements au temps partiel continuent, et le nombre des femmes dans cette situation augmente. Il faut dire que les équipements collectifs ne sont pas la préoccupation actuelle. Des milliers de places de crèches avaient été promises. Où sont-elles, quand la situation à Paris et dans les grandes villes est celle de longues listes d’attente ? Mitterrand avait promis la scolarisation de tous les enfants à partir de deux ans. Quand ? Il est vrai que tout irait bien si les femmes restaient à la maison, comme doit le penser Savary qui impute la désorganisation de l’Education nationale à l’absentéisme féminin (déclaration récente). Outre que celui-ci n’est pas supérieur à l’absentéisme masculin, et qu’il est peu important, il faut au ministre un sacré culot quand on connaît les difficultés dues à la maigreur des postes et du budget dudit ministère !...

Cette politique a une cohérence: l’austérité et les concessions à l’idéologie de droite se marient fort bien. Il est impossible, si on respecte le cadre économique capitaliste, de modifier aujourd’hui le statut des femmes. Avec deux millions de chômeurs, les économies budgétaires à réaliser, il n’y a même plus de miettes à redistribuer. Or, ce ne sont pas des miettes, mais une restructuration du marché de l’emploi et des dépenses publiques qui permettraient un début de lutte réelle contre l’oppression. Il est toujours possible de donner dans les mesures symboliques qui ne coûtent rien. Manque de chance : dans le domaine de l’égalité juridique, Giscard avait fait l’essentiel ! Il reste bien quelques petites mesures, mais la publicité faite autour d’une loi anti-sexiste ne risque-t-elle pas d’irriter à droite et d’encourager, à gauche, à demander plus ? Cruel problème, résolu pour l’instant par la provisoire disparition de ladite loi. Tout se passe comme si, dans la grande-mobilisation-contre-la-crise, la lutte contre l’oppression des femmes était présentée non seulement comme secondaire, mais comme parfaitement incongrue, frivole, indécente... Et cela, avec la bienveillante complicité des centrales syndicales qui n’ont jamais aussi peu parlé des femmes. L’avortement, même, donne lieu à des prises de position embarrassées !

Pour le ministère des Droits de la femme, puisqu’il paraît qu’un édifice dans Paris porte ce nom, on attend toujours ses protestations indignées sur l’avortement, une trace de son action ailleurs. Madame Roudy a décidément adopté les mœurs de la Ve République. Quoi que l’on fasse à un ministre, il ne démissionne jamais !

Cet allègre refus du féminisme par un gouvernement que la radicalisation des femmes n’est pas la dernière à avoir porté au pouvoir est lourd de dangers : division, écœurement...

La mobilisation à l'ordre du jour

Il importe de se mobiliser.

• Sur l'avortement d'abord. Le (

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Planning, des associations féministes, l’URP-CFDT ont résolu, dès la nouvelle de l’ajournement du remboursement, d’appeler à une manifestation le 23 octobre à Paris. Des contacts ultérieurs ont conduit à appeler à une journée de manifestations à Paris et en province le même jour.

Au sein du PS, les débats ont fait apparaître que beaucoup de femmes ne s’accommodaient pas de cette décision et des explications de Bérégovoy. Des femmes députés ont déposé à l’Assemblée un projet de loi sur la question. Néanmoins, la bataille est loin d’être gagnée, et le gouvernement ne cédera que sous une forte pression. Bérégovoy a vaguement déclaré que le problème pourrait être débattu après les municipales, mais il faut se rappeler que cela fait un an et demi que l’on annonce régulièrement le remboursement de l’I VG à la prochaine session parlementaire. Les propos de Bérégovoy sont de ceux qui veulent désamorcer une mobilisation...

De plus, le remboursement serait un pas important, mais la question de l’IVG ne serait pas résolue pour autant. La loi Pelletier est répressive et permet toutes les pressions sur le corps médical, comme le montrent les nouvelles inculpations de médecins. Les mineures restent prisonnières de l’autorisation parentale, et les étrangères sont vouées à l’avortement clandestin. Le problème des délais se pose avec de plus en plus d’acuité. Le Planning, comme l’ANCIC, ont constaté une hausse du nombre des avortements tardifs. Ce ne sont pas les économies de Bérégovoy en personnels et en matériels dans les hôpitaux qui vont améliorer la situation. Si le remboursement de l’IVG n’est pas très cher en soi, offrir aux femmes un jdroit réel à l’avortement, dans de bonnes conditions, est déjà beaucoup plus coûteux et en contradiction avec la politique suivie actuellement. La revendication du droit de choisir reste donc à l’ordre du jour.

• Sur le travail ensuite. L’affirmation des Assises de novembre 1981 et des états généraux d’avril 1982 ne peut rester sans lendemain. Refuser les disci-minations, le temps partiel, se battre pour le droit au travail demeure un axe essentiel dans les syndicats comme dans les groupes féministes. Il faut traquer les licenciements proritaires des femmes, les discriminations à l’embauche, les entreprises qui n’offrent que des temps partiels. La constitution de Groupes femmes inter-entreprises (GRIEF), comme il en existe sur Paris, pourrait être un moyen de dépasser l’isolement des groupes femmes et des Commissions Syndicales Femmes (CSF) actuels, et de disposer d’une structure coordinatrice à l’échelle d’une localité.

• Enfin, il faut prendre conscience que la construction du mouvement des femmes doit cesser d’être un slogan pour devenir une réalité. En cette période d’accroissement des divisions structurelles de la classe ouvrière, de mise entre parenthèses des revendications féministes, ne pas constituer une force politique nationale porteuse des exigences féministes, c’est vouer celles-ci à un enterrement rapide. A sa manière, Psychanalyse et Politique l’a bien compris, qui bâtit son petit parti de femmes. Mais ni les méthodes de ce groupe, ni son programme entérinant les formes les plus visibles de l’oppression des femmes et calqué sur le degré zéro de la prise de conscience des femmes, ne sont une réponse acceptable à la situation. L’éclatement du reste des forces féministes est dramatique. Or, l’accord est possible sur des thèmes d’action comme le montre la mobilisation actuelle sur l’avortement. Le débat est possible sur tout le reste, et d’abord sur le bilan de la gauche et de sa politique en direction des femmes , qu’il importe de dresser et d’apprécier. Il faut aussi rediscuter, comme cela avait été le cas aux origines du mouvement des femmes en France dans les années 1970, des fondements d’une stratégie féministe : quelle analyse concrète de l’oppression des femmes aujourd’hui à travers l’étude des restructurations actuelles, de la crise, des politiques gouvernementales, et non à travers des schémas préétablis ? Quel contenu revendicatif ? Quels rapports avec les organisations mixtes ? Quel fonctionnement pour un mouvement des femmes ?

Autant de questions et bien d’autres sur lesquelles il devrait être possible d’avancer à brèves échéances.

Frédérique Vinteuil.

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