SI TOUTES UES FEMMES DU MONDE
Ce témoignage est extrait d’une interview réalisée le 5 juillet 1982 et parue dans la revue féministe allemande « Courage » (n° 8, 1982).
Hanna Lévy-Hass milite dans le mouvement des « Femmes contre l’invasion du Liban ». Ancienne résistante, rescapée des camps d’extermination nazis, elle sait mieux que toute autre contre quoi elle lutte.
(...) Nous sommes tous ici absorbés par les évènements et activement engagés dans la campagne quotidienne contre la guerre au Liban, déclenchée par Israël.
Une guerre injuste, cruelle et inutile. Plus elle dure, plus elle est dangereuse. C’est une sanglante aventure militariste de grande envergure. Pour les calculs stratégiques globaux des Etats-Unis d’Amérique. Pas pour les intérêts véritables d’Israël, et encore moins pour une solution équitable du problème du peuple palestinien, abandonné par tous expatrié, et coincé.
Il faut surtout savoir que toutes ces choses ne se passent pas tranquillement ici, à l’intérieur de notre pays. Ça bouge et ça gronde tout le temps. Il n’y a plus de consensus national au nom de la sécurité et de la défense, comme ce fut autrefois. Ni à la Knesseth (Parlement israélien), et encore moins en dehors de la Knesseth, dans les larges couches de la population. On peut constater à vue d’œil que la vague d’opposition à la guerre augmente tous les jours et gagne une bonne moitié de la population, peut-être même au delà. C’est une dynamique très positive, sans doute, et -à mon avis -elle a déjà son effet sur le cours des choses.
Vous êtes certainement au courant des manifestations massives de protestation qui se déroulent tous les samedis soir sur les places et dans les rues centrales de Tel-Aviv. C’est devenu désormais comme une tradition pour la lutte politique dans le pays.
Près de ,20.000 personnes l’avant-dernier samedi, presque 100.000 personnes ce dernier samedi soir -y compris les femmes en groupe distinct. C’était grand et très éloquent.
Dans les journées de la semaine aussi, de nombreuses autres protestations publiques sont faites par de nombreux groupes de citoyens, étudiants, travailleurs, soldats démobilisés ou en congé, mouvements de femmes, démocratiques, socialistes, féministes, sans parti, ou des femmes et mères tout simplement. Cela se passe notamment à Jérusalem, devant la Kftesseth ou devant la résidence du chef du gouvernement ou du ministre de la défense, mais aussi dans d’autres endroits et localités.
Tracts, pétitions, conférences de presse, collectes de signatures, grandes affiches et petites, appels et lettres ouvertes dans la presse,... ça pullule sans arrêt par milliers et milliers. De nombreuses personnalités publiques, très connues et estimées, politiciens, journalistes, députés, professeurs, historiens-experts des sciences orientales, écrivains et autres intellectuels, proclament leur rigoureuse opposition contre la guerre au Liban et la scandaleuse politique du gouvernement.
Notons que tout cela se passe pendant que la guerre dure encore, cela veut dire aux jours mêmes et au cours même de la guerre. C’est donc un mouvement massif contre la guerre, pendant la guerre. C’est une chose remarquable et sans précédent dans l’histoire d’Israël.
Qui plus est, des groupes d’officiers et de soldats, toujours plus nombreux, venant des champs de bataille, en congé ou démobilisés, publient au grand jour leurs noms et leur condamnation de la guerre, en exigeant catégoriquement la démission du ministre soi-disant de la défense, Ariel Sharon. « Nous avons perdu toute confiance en vous ! » - déclarent-ils dans leurs lettres et appels.
Je tiens à vous parler un peu aussi du dernier tract que notre Union des combattants anti-nazis et victimes du nazisme (dont je suis membre active) a publié le 26 juin dernier. Ce tract a été distribué lors d’une des grandes manifestations de samedi soir, et aussi par la suite. C’est écrit sous forme de lettre ouverte adressée au Président du Conseil, Menahem Begin.
On lui fait savoir, entre autres, que nous avons honte de ses conceptions racistes envers le peuple arabe palestinien : « Nous n ’avons que faire de la « compensation » que vous prétendez nous « assurer » sous forme de haine viscérale envers le peuple voisin, en contre-partie de l’Holocauste. Et en général, cessez de spéculer avec l’Holocauste ! » est-il dit dans cette lettre à Menahem Begin.
Le tract de notre Union des combattants anti-nazis conclut « -Il est impossible de priver le peuple arabe palestinien de son droit à avoir sa propre patrie à lui.
-Iln ’existe aucune solution militaire ni de force pour ce problème qui est essentiellement politique.
-Le peuple d’Israël n’a pas besoin d’un « ordre nouveau » dans le pays du Liban, mais d’un règlement global de paix avec le peuple arabe palestinien et avec l’ensemble des Etats arabes.
-« Tsahal » (armée de défense d’Israël) doit rentrer chez soi, et cela immédiatement.
-Avec les Palestiniens et leurs représentants, il faut entamer des négociations directes, fondées sur la reconnaissance réciproque des droits des deux peuples -le peuple israélien et le peuple palestinien.
Halte à la guerre inutile et sans fin ! » (...)
Hanna Lévy-Hass