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Ces hommes qui nous accouchent

· Cahiers du féminisme, n° 24, avril - mai 1983 · p. 19 · 827 mots

Après les Bateleurs du mal joli (Ed. Ballard), où elle dénonçait le mythe de l’accouchement sans douleur, Marie-José Jaubert relance et prolonge le débat sur la souffrance dans un deuxième livre, Ces hommes qui nous accouchent, en étudiant la nouvelle obstétrique. Il existe un double phénomène aujourd’hui : d’une part, la formation d’écoles obstétricales qui rejettent toute médicalisation de l’accouchement, dont le désir est de retourner à un monde « instinctuel », proche d’une nature non pervertie par la civilisation ; d’autre part, l’attention de plus en plus importante que toutes sortes de sectes accordent à la maternité. Marie-José Jaubert a enquêté, recueilli des témoignages sur des maternités de pointe et certaines communautés.

La première maternité retenue est celle de Pithiviers, la maternité de Michel Odent, avec sa fameuse « salle sauvage » où les femmes accouchent accroupies, et sa piscine qui a déclenché une sorte de révolution dans le monde obstétrical : l’accouchement dans l’eau. Ici, pas de préparation à l’accouchement ou très peu, il faut que les femmes retrouvent d’elles-mêmes les gestes de l’accouchement, c’est le retour à la nature, aux racines... Démédicalisation de l’accouchement : on ne fait pas de forceps, l’aide médicamenteuse est refusée. D’ailleurs, il ne doit pas y avoir de souffrance pendant l’accouchement (le cri n’est un cri de douleur mais un cri « physiologique »). Tout cela est fait en référence à Leboyer, auteur de Pour une naissance sans violence, pour qui le souci principal est l’enfant, la mère étant réléguée au second plan.

Deuxième maternité, celle des Lb las à Paris, où est offert un large choix de méthodes : yoga, végétothérapie, musicothérapie... Toutes ont en commun la « religion de la nature ».

La végétothérapie, par exemple, est un « travail corporel et émotionnel qui offre la possibilité de prendre conscience de ses névroses et de les autogé-rer (1) » ; il s’agit pour la femme de « régresser » jusqu’à l’enfance pour éliminer ses névroses et se préparer ainsi à un accouchement « idyllique », mais surtout à accueillir son enfant dans la joie la plus totale (toujours l’accueil de l’enfant). Est-il vraiment possible de faire une thérapie de si courte durée ? Si l’accouchement se passe mal, alors que la femme a fait de la végétothérapie, c’est que quelque chose a été évité au cours des séances. Pourtant, la clinique des Lilas pourrait servir de modèle : plus grande liberté pour la femme, pluralisme ; mais la femme doit s’adapter à une méthode, elle ne peut vivre son accouchement à elle.

Troisième maternité, celle de l’hôpital de Saint-Cloud. Ici, c’est la préparation à l’accouchement par so-phrorelaxation. La sophrologie a la même origine que l’accouchement sans douleur, à savoir l’hypnose. La femme enceinte suit des cours : une partie théorique (anatomie, déroulement de l’accouchement), une partie pratique d’entraînement à l’obtention de l’état sophronique. La femme entre en état sophronique grâce à l’écoute de bandes enregistrées diffusant des sons stéréophoniques de basse fréquence. Comme pour l’accouchement sans douleur, cet accouchement sera un examen réussi ou non ; bien préparée, la femme accouche sans douleur !

Parallèlement à ces écoles obstétricales, les sectes traditionnelles accordent une place fondamentale à la maternité et se mettent elles-mêmes à promouvoir des méthodes qu’elles veulent toujours plus naturelles : régime alimentaire très strict, aucune préparation à l’accouchement ; seule la voie spirituelle permet de dépasser les douleurs de l’enfantement. Autre méthode citée : l’instinctothérapie ; là le retour à la nature se fait à l’aide de la nourriture originelle (qui n’a subi aucune transformation).

Que les femmes pendant leur grossesse pratiquent yoga, natation, végétothérapie, sophrologie ou chant, pourquoi pas ? Bien d’autres le font sans pour autant être enceintes. Mais présenter chacune de ces activités comme la méthode idéale d’accouchement relève de l’escroquerie. Car, aucune ne permet de résoudre le problè-1! me de la douleur ou celui de la solitu-de (on sait qu’il n’y a que 10 à 13 % des femmes qui accouchent sans douleur. Et les autres ?). D’autre part, ces méthodes sont culpabilisantes pour la femme, c’est de sa faute si l’accouche-• ment se passe mal... Il faut, conclut Marie-Jose Jaubert, que les femmes enceintes et les femmes qui accouchent disposent d’un maximum de possibilités, qu’on leur laisse le choix et de la méthode et du lieu. Des recherches doivent être poursuivies pour le mieux-être de la femme enceinte et la réussite de l’accouchement. Mais il faut également informer, dire aux femmes ce qu’est réellement un accouchement, mais aussi une déchirure, une épisiotomie, les forceps, une césarienne, ce qu’est la douleur, sans dramatiser. Tout cela est aujourd’hui possible, même si le problème des moyens est souvent posé, puisque des techniques efficaces permettent à la fois de venir en aide à la femme et à son enfant lorsque la grossesse et l’accouchement présentent des risques, et d’éliminer réellement les douleurs lorsqu’elles ne sont pas tolérées par celle qui accouche (exemple de la péridurale).

Il est temps de s’occuper des femmes.

Françoise

Notes

  1. 1. J. Boutin : «la Végétothérapie prénatale.

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