SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE _
Sur le chemin de Turin ?
Femmes contre la crise
dossier
TURIN
Sur le chemin de Turin ?
En ITALIE
PENDANT 3 JOURS A TURIN « Produire et reproduire », tel était le thème de la rencontre internationale des femmes qui s'est tenue a Turin les 23, 24 et 25 avril dernier.
Rassembler les différents courants du féminisme, débattre de la question du travail salarié des femmes en liaison avec les autres aspects de leur vie étaient les objectifs proposés par les organisatrices, le mouvement des femmes italien, l’Union des femmes italiennes (UDI, a l’origine organisation liée au Parti communiste italien) et T Intercatégorielle de Turin.
Le succès de cette initiative, tant par le nombre de femmes qui ont répondu à cet appel que par la diversité et la richesse des débats, prouve l’actualité du féminisme face à la crise qui s’approfondit en Europe.
En retransmettant les informations apportées sur la situation des femmes dans les divers pays, leurs luttes, mais aussi les discussions et les propositions issues de cette rencontre, nous espérons contribuer a ce que le débat se poursuive dans le mouvement des femmes en France.
Car il est nécessaire aujourd’hui, devant l’ampleur des attaques patronales et des remises en cause des droits des femmes, que s’élabore une stratégie de lutte commune des mouvements de femmes à l’échelle européenne.
Six cent cinquante femmes
LES 23/24/25 AVRIL DERNIER
Ce sont plus de six cent cinquante femmes qui se sont réunies pendant trois jours à Turin.
« Sans compter toutes les demandes que nous avons dû refuser pour des raisons d’organisation matérielle », diront les organisatrices qui préparaient cette initiative depuis plus d’un an.
Qui étaient-elles ? D’où venaient-elles ? L’Italie était incontestablement massivement représentée. Mais cela n’était pas seulement le fait de la proximité. C’était l’expression de la volonté des femmes italiennes de se retrouver, de débattre sur la lancée des importantes manifestations de février et de mars. Par rapport à la loi sur les violences sexuelles, cinquante mille femmes étaient descendues dans la rue le 5 février à Rome. Les initiatives et manifestations du 8 Mars ont également été marquantes. Signes d’un second souffle qui anime le mouvement féministe italien.
Si les femmes italiennes étaient nombreuses, le nombre des délégations étrangères, la diversité des pays représentés n’en étaient pas moins significatifs.
De France, quarante-cinq femmes avaient répondu à l’appel de Turin, essentiellement des militantes du mouvement des femmes, de la Coordination des groupes femmes de Paris, mais aussi des groupes femmes de province, le club Flora Tristan, le MLAC de Lyon, etc. Deux responsables confédérales CFDT étaient également présentes.
Ensuite venait la délégation espagnole. Vingt-sept femmes, en majorité des Commissions ouvrières de Barcelone, de Madrid, du Pays Basque et du pays de Valence. Puis dix-huit femmes hollandaises, dix-huit femmes allemandes, quinze femmes belges. Des délégations plus restreintes des USA, d’Australie, de Malte, de Grèce, de Grande-Bretagne, d’Irlande, de Suisse, du Luxembourg, de Suède.
Mais ce qui a contribué à donner un sens particulier à cette rencontre, c’est aussi une présence importante de militantes syndicalistes venues de la plupart des pays européens, avec parmi elles des responsables de syndicats, soit mandatées, soit observatrices.
C’était le cas pour la Belgique avec des responsables nationales de la FGTB et de la CSC, pour la Grande-Bretagne avec des militantes des Trade Unions, pour l’Italie, pour l’Espagne...
L’organisation matérielle, véritable tour de force des organisatrices, avec grandes salles et traductions simultanées, permettait de suivre les débats dans de bonnes conditions, que ce soit en assemblée générale ou dans les commissions.
Comme le disaient plusieurs militantes : « Nous avons reçu une multitude d’informations sur la situation des femmes dans tous les pays ; il nous faudra du temps pour digérer... »
Effectivement, de la communication d’informations à l’organisation d’un débat, le chemin n’était pas toujours facile. Traditions différentes, expériences de lutte diversifiées faisaient la richesse des commissions mais rendaient également les débats plus complexes.
Pendant ces trois jours, plusieurs commissions ont travaillé sur différents thèmes : « travail salarié », « travail domestique », « travail indépendant et coopératives de femmes », « services publics et/ou autogérés », « femmes et famille », « femmes et pouvoirs », « sexisme dans le travail et en politique », « femmes et culture », « femmes et identité », etc.
Cette rencontre aura été l’occasion d’une confrontation et peut-être d’un début d’homogénéisation des divers courants des différents pays.
Et l’on peut dire qu’il s’est dégagé des discussions un minimum de bases communes d’appréciation de la situation générale, malgré la diversité et aussi les divergences.
Cela était sensible à travers les comptes rendus des commissions faits devant l’assemblée générale.
Les applaudissements exprimaient l’adhésion d’une majorité de femmes aux propositions de lutte ou de débat qui étaient faites.
Pour certaines, conscientes déjà, pour d’autres prenant conscience du danger de remise en cause des droits des femmes, en particulier du droit au travail, à un travail qualifié, il s’est dégagé de cette assemblée la volonté profonde de lutter pour défendre les intérêts des femmes, les acquis du féminisme aujourd’hui gravement menacés.