Ces derniers mois elles étaient des milliers dans la rue, protestant contre la dictature. Et ce n’est pas chose nouvelle dans l’histoire de la résistance chilienne à la dictature. Depuis 1973 et malgré une répression féroce, elles militent au sein d’organisations humanitaires, associations de soutien aux familles de disparus et aux femmes de prisonniers. Poussée par les effets de la répression et de la crise économique, la condition de la femme chilienne change aujourd’hui. La disparition ou le combat clandestin d’un père ou d’un compagnon, les obligent à assurer la survie de la famille, et à prendre la place de chef de famille. Mais surtout depuis l’arrivée de Pinochet au pouvoir, elles cherchent par diverses manières à se regrouper alors que le régime le leur interdit.
Dans les quartiers pauvres et bidonvilles de Santiago et autres grandes villes, elles participent à des ateliers (tissage, tricot, cuisine), dans le cadre d’une organisation gouvernementale présidée par L. Pinochet, le CEMA où il était question qu’elles soient rémunérées d’environ 2 000 pesos (200 F par mois). Même de cette manière-là, c’est une occasion pour elles de sortir de chez elles, discuter avec d’autres femmes et d’organiser leur travail. On retrouve ailleurs ces formes d’ateliers, mais subventionnés par l’Eglise ou des organisations humanitaires internationales. Dans ce cadre on a vu apparaître les « aspille-ras », ateliers de broderies où les femmes brodent sur d’immenses toiles de jute des tableaux contant l’oppression sous laquelle vivent les Chiliens aujourd’hui. Et leur propre oppression aussi. Cette activité est bien sûr formellement interdite.
Il existe un autre lieu où les femmes se retrouvent « les ollas comunes », ou cantines populaires. Le Chili aujourd’hui subit de plein front la crise économique, et les problèmes alimentaires se font de plus en plus cruciaux. Ainsi avec de l’argent récupéré généralement dans les paroisses elles cuisent d’énormes marmites de soupe et la distribuent à tous ceux qui en ont besoin. Là encore, elles se regroupent, débattent.
D’autres femmes ont bien sûr rejoint le combat politique des organisations, PC, PS, MIR. Elles ont aussi construit des organisations plus féministes, comme le CODEM (organisation des droits des femmes) ou les revendications sont plus larges et plus spécifiques, mais il existe surtout dans la ville de Conception et ne représente donc qu’une infime partie des femmes. Il y a aussi le MENCH (mouvement pour l’émancipation des femmes au Chili) qui existe depuis 1935 et continue à vivre aujourd’hui et à défendre les centaines de prisonnières incarcérées et toutes les femmes participant au combat clandestin contre la dictature comme Arinda OJEDA, contre qui est requis la prison à perpétuité. Dans le cadre de la « protesta nacio-nal », les Chiliennes et leurs casseroles sont à nouveau dans la rue, toutes unies, ouvrières, enseignantes, chômeuses mais surtout femmes au fouer dans un front anti-junte ? Y compris celles qui hier ont approuvé l’assassinat d’Allende. Les couches moyennes n’ont ni histoire ni mémoires.
Ainsi, les Chiliennes se battent contre la dictature, pour la justice, la liberté, la démocratie mais aussi pour sortir de leur condition de mère, épouse, servante. Et aujourd’hui, il faut le faire...
JMT/MET