La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

non-salariées (commerce, artisanat, etc.)

De plus en plus nombreuses à travailler

· Cahiers du féminisme, n° 26, automne 1983 · p. 12 · 697 mots

Un double phénomène commence à être connu et admis de tous, celui de la féminisation de la population étrangère et surtout celui du développement du travail des femmes immigrées. L ' image classique de la femme immigrée mère de famille nombreuse, inactive et analphabète est en train de changer.

On assiste en effet à une montée très nette de l’activité des femmes immigrées sur longue période, bien que celle-ci soit encore nettement inférieure à l’activité des femmes françaises.

De 31,2% au recensement de 1962, le taux d’activité des immigrées est passé à 34,4% en 1968 et à 37,1 % en 1975 Signalons que ces chiffres doivent sous-estimer la réalité car le travail au noir est important chez les immigrées, principalement dans les emplois domestiques...

Ce taux d’activité est très différent selon les nationalités. C’est chez les Espagnoles et les Portugaises qu’il est le plus élevé ; celui des Maghrébines est nettement inférieur, mais il est lui aussi en nette progression.

Cette augmentation de l’activité des femmes immigrées est due à plusieurs facteurs :

— la venue sur le marché du travail des secondes générations ou des jeunes arrivées en France dans le cadre du regroupement familial (le taux d’activité féminin est beaucoup plus fort dans les tranches d’âge jeunes) ;

— le décollage de l’activité des femmes maghrébines : il y a là une rupture de comportement dans les générations les plus jeunes, avec un taux d’activité de 34% contre environ 10% pour les plus âgées ;

— certaines catégories de femmes « obligées » ae travailler : vcuvco « ju épouses d’accidentés du travail (les immigrés appartiennent à une catégorie très exposée), divorcées, épouses de chômeurs (les suppressions d’emplois touchent surtout les catégories peu qualifiées dans le cadre de la crise actuelle).

... Dans des secteurs diversifiés

Parallèlement à l’augmentation de l’activité des femmes immigrées on observe des changements dans les types d’activité exercée : augmentation des ouvrières faiblement qualifiées, glissement vers des activités tertiaires autres que domestiques.

[Répartition des femmes dans les différents secteurs d'activité professionnelle en 1968 et en 1975

La baisse dans les services domestiques doit être nuancée car c’est un secteur qui connaît un fort taux d’activité « clandestine », surtout depuis le début de la crise.

D’autre part, il faut distinguer pour les services domestiques les deux postes « femmes de ménage » et « personnel des entreprises de nettoyage », avec un glissement du premier poste vers le deuxième. Signalons, toujours dans les services domestiques, une substitution des femmes espagnoles par les Maghrébines et les Portugaises.

Enfin, le développement des activités tertiaires autres que domestiques est freiné par deux barrières : le non-accès pour les femmes immigrées aux emplois du secteur public (où l’emploi féminin est très important) et aux professions

Un travail surexploité

Les immigrées connaissent des conditions de travail très pénibles, elles cumulent en fait les mauvaises conditions de travail des femmes et des immigrés :

— des salaires très bas : pour un même emploi (mais surtout tout en bas ou en haut de l’échelle hiérarchique pour les rares immigrées qui y ont accès), les étrangères gagnent souvent moins que les Françaises ;

— des horaires surchargés et souvent décalés (nettoyage de bureaux par exemple) : en 1975, 38% des étrangères faisaient 40 heures contre 59% des Françaises, 35% des étrangères faisaient t5 heures et plus, contre 29% des françaises ;

-très peu d’accès à la formation professionnelle, alors que beaucoup d’entre elles ne parlent pas le français (en 1975, sur un million de femmes immigrées, 5 000 suivaient des cours d’alphabétisation). Et malgré les promesses électorales du Parti socialiste sur le droit à la formation pour tous les immigrés, la politique actuelle ne rompt guère avec celle du gouvernement précédent : on continue à compter surtout sur le bénévolat des associations privées. Et quand le secrétariat d’Etat à l’Immigration se préoccupe des femmes immigrées, ce n’est pas vraiment leur propre sort qui l’intéresse : ce n’est qu’en tant que mères des « secondes générations » que l’on se soucie d’elles : « Il faut prendre en considération les besoins sociaux des femmes étrangères et plus encore des mères de famille, dont une bonne insertion sociale conditionne pour une part celle de leurs enfants . »

Françoise

Mars 1982 INSEE

Mars 1982, INSEE [Taux d'activité des femmes immigrées en France

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