Yamina a presque vingt-et-un ans. Elle est née et a toujours vécu en France. Ses parents, eux, sont originaires du Sud marocain et sont arrivés en France à la fin des années cinquante. Ils sont très croyants, très pratiquants, très respectueux des traditions musulmanes. Ils ont d'abord habité dans un bidonville à Nanterre puis sont venus s'installer dans un pavillon à Saint-Denis, dans la banlieue parisienne. C'est là qu'a vécu Yamina avec ses sept frères. C'est là qu'elle vit encore, pour l'instant du moins, jusqu'à ce qu'elle ait terminé ses études et obtenu son diplôme de BTS sur lequel elle compte beaucoup pour devenir indépendante. C'est au lycée où elle était élève que nous avons fait sa connaissance. Nous pensons que son témoignage est intéressant car représentatif des préoccupations d'un certain nombre de jeunes de sa génération.
• Peux-tu nous expliquer comment tu vis ta situation de jeune fille née et élevée en France, de parents immigrés ?
Yamina : Je ne sais pas bien. C’est un statut particulier. Mais de même qu’un jeune Français ne se dit pas « je vis en tant que jeune Français », je ne me dis pas « je vis en tant que fille d’immigrés ». J’ai ma propre personnalité. Je vis selon ma propre personnalité, mes désirs, dans la mesure du possible... En fait, on peut dire qu’il y a deux types de vies car il faut à la fois être adaptée à la vie en France, à tous les niveaux, et, d’un autre côté, vis-à-vis des parents, il faut conserver une certaine mentalité. Ainsi, il y a certaines valeurs qu’on nous a inculquées dès notre plus tendre enfance et dont on ne peut pas se débarrasser. Il faut faire avec. C’est le cas par exemple du respect vis-à-vis des parents. A force, c’est un comportement presque naturel. Pas mal d’autres choses sont vécues comme des contraintes. Mais tout dépend aussi de l’individu et de sa personnalité. Moi par exemple, j’ai un certain respect pour mes parents, mais je ne me plie pas entièrement à leurs exigences.
• Peut-on dire qu’il y a deux mondes qui te marquent auxquels tu es obligée de répondre et qui sont différents ?
Y. : Comme on vit cela très jeune, on ne fait presque plus de dissociation. Il y a la vie dans la famille et la vie à l’extérieur. On s’y fait, à condition d’avoir des points de repères. Pour ma part, j’ai eu la chance d’avoir des frères plus âgés. Cela a permis un dialogue ; en français d’ailleurs, car chez moi, on a toujours parlé français. Il y a donc un mélange. C’est presque naturel. Je n’ai pas l’impression de vivre dans deux mondes séparés.
• Peux-tu nous expliquer les caractéristiques de l’éducation que tu as reçue ?
Y. : Mes parents sont très croyants et très respectueux des traditions religieuses, presque fanatiques. Nous avons donc été éduqués dans la religion, par la religion. Et mes parents ne pourraient imaginer que leurs enfants ne soient pas croyants. A la maison mes parents priaient et prient toujours. Ils pratiquent le Ramadan, etc.
Tout cela marque quand on est très jeune, et j’ai bien senti que toute leur vie était guidée par la religion. Celle-ci leur offre un modèle auquel ils doivent conformer leur vie.
Avec cet état d’esprit, mes parents ne pouvaient pas comprendre ni admettre que nous ayons des amis européens alors que pour nous, c’était naturel.
• Mais est-ce que dans le cadre de cette éducation religieuse tu as senti que tes parents se comportaient différemment avec toi, la seule fille ?
Y. : Oui, je l’ai senti et subi très tôt parce que très jeune on m’a fait comprendre que je ne devais pas avoir de rapports avec les garçons. Quand on est très jeune, on ne comprend même pas la signification de ces propos, mais on sent très bien qu’il y a un interdit. C’est ce genre d’interdits qui m’a poussée à la révolte.
• A part cela, as-tu l’impression d’avoir reçu la même éducation que tes frères ?
Y. : On ne s’occupe pas du dernier enfant comme du premier et comme j’ai six frères qui sont nés avant moi, j’ai peut-être moins subi l’éducation, le pouvoir de mes parents. Bien sûr, on m’a appris la cuisine ; on m’a appris à m’intéresser aux travaux ménagers mais à part cela, je n’ai pas le sentiment qu’il y ait eu de grandes différences...
Mais vers la puberté, cela a commencé à changer.
A partir de ce moment-là, les interdits me sont tombés dessus très subitement les uns après les autres : interdit de sor- tir par exemple. Quand j’étais plus jeune, on m’interdisait d’aller trop loin mais, on me laissait sortir. A l’âge de la puberté, on ne m’a pas dit directement : « Il ne faut plus que tu sortes » mais « il faut que tu restes à la maison pour apprendre les travaux ménagers »... A partir de ce moment-là, il n’y avait plus que l’école et la maison ; rien d’autre.
• Et tes frères, ils avaient le droit de sortir, je suppose ?
Y. : Oui, dans certaines limites.
• A propos de l’école, est-ce qu’il a été envisagé à un moment donné que tu arrêtes tes études ou bien cela a-t-il toujours été considéré comme légitime ?
Y. : Il faut dire que mes parents ont eu des problèmes scolaires avec mes frères aînés comme il y en a souvent avec les jeunes. L’aîné par exemple, qui était un excellent élève a brutalement lâché l’école, par révolte peut-être. Il n’a même pas voulu passer le bac. Cela a marqué mes parents car, comme beaucoup de gens qui n’ont pas pu étudier, ils ont un grand respect pour la connaissance et les études. Après cet épisode, mes parents nous ont laissés assez libres dans nos études d’une manière générale. Ils nous ont poussé ni à continuer ni à nous arrêter.
Mais j’ai eu un problème particulier après le BEP. ,
Les profs m’ont poussé à continuer, à rejoindre le lycée. Moi, je ne savais même pas qu’il existait une filière qui le permettait. Au début, mes parents n’ont pas été trop d’accord car mes amies d’école allaient au café et le café, c’était un lieu de perdition pour mes parents. Alors si je continuais mes études... A cause de cela, on a failli m’empêcher de continuer.
Mon père s’est mis à me suivre à la sortie de l’école mais comme il n’était pas du tout discret, je le voyais et je n’allais pas au café. Grâce à cela et aussi parce qu’un de mes frères a pris ma défense, mon père m’a autorisé à continuer mes études si je le voulais. On m’a dit : « Tu peux continuer comme tu peux arrêter. » Mais je savais que si j’arrêtais, il n’était pas question de travailler. Mes parents ne l’auraient pas voulu. Dans ces conditions, je serai restée à la maison jusqu’au mariage. J’ai donc décidé de continuer mes études. Pour moi, c’était une échappatoire. Et j’ai pris conscience soudain qu’il ne fallait pas attendre qu’on vienne me défendre et que je devais me défendre toute seule. J’ai donc déclaré à ma mère que si je préparais le bac, ce n’était pas pour arrêter après. J’étais décidée à poursuivre mes études et quand je l’ai dit à mes parents, ils ont accepté comme ils avaient accepté après le BEP. Cela leur procurait finalement une certaine fierté de voir certains de leurs enfants réussir à l’école alors qu’eux-mêmes n’avaient pas eu les moyens de faire des études.
• Et pour tes autres frères, comment cela s’est-il passé au plan scolaire ?
Y. : Les études n’avaient pas la même importance pour eux que pour moi. Moi, je me plaisais à l’école parce que j’y trouvais la liberté que je ne connaissais pas chez moi. J’y trouvais la possibilité de discuter, par exemple, que je ne pouvais pas avoir avec ma mère parce qu’on est trop différente. J’ai beaucoup discuté avec les profs. Pour moi, c’était l’exemple... J’aimais bien étudié. Je n’ai jamais eu de problème scolaire.
Pour mes frères, c’était complètement différent.
Ils ont presque tous préparé un BEP et arrêté l’école ensuite.
• Est-ce que tu as connu des discriminations à l’école en fonction de ton origine ?
Y. : Non, je ne crois pas. A l’école, on ne faisait pas de différence entre les enfants d’immigrés et les autres. Et c’était bien comme cela car si dès le départ on m’avait considéré comme un cas particulier parce que fille d’immigrés, je me serais sans doute sentie marginale. A l’école, j’ai l’impression qu’on était tous traités à égalité et que tout le monde pouvait tenter sa chance... L’école, ça me libérait. Je peux même dire que je m’y défoulais. Au CES par exemple, je me permettais de critiquer ouvertement le comportement d’un prof., s’il me révoltait. C’était le cas lorsqu’il y avait des « chouchous ». Pour moi, c’était formidable de pouvoir critiquer un adulte parce que lorsque je rentrais à la maison, je ne pouvais pas avoir d’échange...
• As-tu jamais subi de pressions de la part de tes parents pour te marier ? Ont-ils cherché pour toi un mari ?
Y. : Non, vu que je me suis révoltée vers l’âge de treize ans, dès les premiers interdits, mes parents se sont rendus compte que je n’avais pas un caractère très facile. Ils ont eu un peu peur de cela. Je ne sais si c’est grâce à cela, toujours est-il qu’on ne m’a pas trop parlé de mariage jusqu’à l’âge de 18, 19 ans. Mais un beau jour, c’était en vacances au Maroc, on m’a parlé d’un garçon dont ma mère connaissait la mère. J’ai refusé catégoriquement. Par la suite, le type à qui ma mère avait dit de patienter, a écrit des lettres. On m’en a donc reparlé. Pas ma mère parce qu’elle n’osait pas, mais une voisine, amie de mes parents.
J’ai refusé de nouveau en disant que ce n’était pas possible que je me marie sans connaître le garçon, ce qui était le cas. On m’a alors proposé de m’apporter une photo pour que je puisse me décider... J’ai encore refusé. Les lettres ont continué et on m’en a encore reparlé. Mais cette fois-là, on a essayé de me convaincre. On a tellement insisté que j’ai fini par fondre en larmes. Je n’en pouvais plus. Je trouvais cela tellement abominable que je n’ai pas pu manger pendant trois jours. En fin de compte, on a renoncé à me parler mariage. Ma mère a eu peur de ma réaction. Elle re m’en parle plus, tout en se faisant du souci pour mon avenir. Je me doute bien que d’ici quelques temps, j’en entendrai de nouveau parler car pour mes parents, il n’est pas envisageable que je fréquente un garçon avant de me marier et sans me marier.
Malgré tout, j’ai le sentiment d’être privilégiée car j’ai eu la chance de pouvoir poursuivre des études ce qui n’est pas le cas de la plupart des enfants d’immigrés qui s’arrêtent souvent au CAP ou au BEP.
viduels dont je ne dispose toujours pas. A vingt ans passés, je n’ai pratiquement pas le droit de sortir ; j’ai beaucoup de contraintes. Je ne me sens pas « foutue » pour autant. J’essaye de vivre avec ces contraintes. Je n’ai pas le droit de sortir mais on peut s’arranger pour sortir sur des heures de cours, quand des profs sont absents par exemple. On m’interdit d’aller au cinéma mais j’y vais quand même. Il ne faut pas se résigner mais ne pas utiliser un biais qui ne peut aboutir.
• Pourtant, malgré cette situation « privilégiée », tu as conservé l’esprit de révolte et d’indépendance que tu as manifesté à l’adolescence. Peux-tu expliquer pourquoi ?
Y. : D’abord, il y a certains droits indi-
• Lequel ?
Y. : La fugue par exemple. Certaines filles choisissent la fugue. Les parents vivent cela très mal et cela peut se terminer par un mariage forcé. Je suis consciente que je dois m’arranger avec simple : ou j’acceptais de renoncer provisoirement à un certain nombre de libertés ou c’était le mariage. Si je fugue, ce n’est même pas la peine de revenir à la maison ou alors, c’est le mariage immédiat. Quand on a un choix aussi limité, on fait ce qu’on peut. On est bien obligé de ménager un peu ies parents.
• Est-ce que tu penses que cette situation peut évoluer ?
Y. : Oui, cela a déjà évolué. Il y a certains changements. J’ai de nombreuses amies qui ont plus de liberté que moi. D’ailleurs les enfants qui vivent en cité ont plus de liberté pour sortir. Les filles se font des amies et sortent ensemble, en bas de la cité par exemple. En cité, les parents lâchent plus facilement la bride aux enfants. Ils sont plus souples aussi sur les questions de religion et de traditions.
Les femmes, les mères de famille discutent entre elles beaucoup plus et évoluent plus facilement. Mes parents, eux, vivent en pavillon, isolés, et leurs références restent celles du Maroc avant leur départ.
• Que vas-tu faire à la fin de tes études ?
Y. : Je vais peut-être commencer vraiment ma vie, concrétiser mes idées. D’abord, je quitterai mes parents. J’aurais peut-être des difficultés sur le marché du travail mais je suis bien décidée à travailler pour être indépendante. Et comme je ne veux pas me marier, il faudra bien que je vive par mes propres moyens.
• C’est une position de principe sur le mariage ?
Y. : Oui, et beaucoup de jeunes pensent comme moi que le mariage ne sert pas à grand chose.
• Tes frères ont-ils, la même opinion sur la question ?
Y. : Non, comme les autres garçons d’origine maghrébine, ils sont attachés aux valeurs traditionnelles, par exemple le mariage. En général, les jeunes garçons de la deuxième génération sortent librement avec des filles, d’origine européenne de préférence parce que cela pose moins de problèmes mais c’est dossier pour « dépanner » en quelque sorte. Lorsque vient le temps du mariage, ils cherchent une jeune fille maghrébine, vierge, conforme au modèle de la femme idéale, c’est-à-dire « la mère ». Nous n’avons pas les mêmes principes ni la même façon de voir que les garçons.
• Au-delà de ton cas personnel, qu’est-ce que tu penses de la situation sociale des immigrés ?
Y. : Je vais être un peu pessimiste vu que j’habite près de Saint-Denis, dans le 93, près d’une cité où il y a de nombreux problèmes : le chômage, par exemple, beaucoup plus élevé parmi les immigrés. Comme je suis jeune, femme et immigrée et que le chômage est plus important pour ces catégories, je suis sensibilisée à ces problèmes. Je comprends les difficultés que rencontrent les immigrés mais moi j’ai fait des études ; j’ai appris et parlé deux langues sans que cela me pose de problème ; j’ai réussi à m’adapter... Je me sens privilégiée.
• Et tes frères, comment vivent-ils leur situation ?
Y. : Je crois qu’ils se sentent beaucoup plus intégrés au groupe des immigrés. Ils se sentent plus proches de la condition de la plupart des immigrés car comme tous les jeunes immigrés ils ont eu à subir les contrôles de police, des gardes à vue, etc.
Par ailleurs, pour ma part, je n’ai pas vécu en cité où on se retrouve en communauté, là où l’on a l’impression d’être un clan à part. Et là, on se sent vraiment immigré. Moi, je ne me suis sentie immigrée que le jour où on m’a dit, et on me l’a dit rarement, « sale arabe ». La différence, elle est dans les yeux des autres. Moi, je ne me sentais pas différente.
Dans la rue où j’habite, nous sommes une famille immigrée marocaine à côté d’autres familles : des Italiens, des Espagnols.
• Tu n’as donc connu ni le ghetto ni le rejet ?
Y. : C’est cela. Et je sens bien que cela aurait été différent si j’avais vécu en cité.
• Pour aborder l’actualité, est-ce que tu as eu l’occasion de ressentir personnellement la montée du racisme ?
Y. : Je n’ai pas eu personnellement l’occasion de la ressentir, peut-être justement parce que je ne sors pas beaucoup. Mais il faut replacer cela dans le contexte politique. Chaque fois qu’il y a crise, il y a des thèmes comme celui-ci qui surgissent ; on a eu la « sécurité » et puis les « immigrés ». J’ai évidemment été sensible à tout ce qui s’est dit à ce sujet, à la télé. Notamment, aux cours des journaux d’information. Il suffit de se rappeler les informations cet été où on apprenait régulièrement qu’on avait tiré sur des enfants.
Moi, je crois que tout est parti d’une manipulation. La droite parle beaucoup des immigrés sur le thème : s’il n’y avait pas les immigrés... il n’y aurait pas tel problème. A force d’entendre des formules stéréotypées, les gens finissent par les accepter.
On exploite l’ignorance des gens. Les médias eux-mêmes donnent une information orientée.
• Face à cette montée du racisme, est-ce que tu te sens plus directement concernée ou même menacée ?
Y. : Je ne me sens pas menacée pour l’instant. Cela changera peut-être si je le subis directement ou si quelqu’un de ma famille en est directement victime... Mais c’est vrai que depuis 4 ou 5 ans je suis plus attentive à ce qui peut se passer là-dessus. Je suis aussi consciente qu’un jour il est possible que je vive une chose comme cela.
• Et que penses-tu de la marche qui commence aujourd’hui organisée par les jeunes de la cité des Minguettes à Lyon pour l’égalité des droits, contre le racisme ? Est-ce que tu te sens concernée par ce genre d’initiative ?
Y. : Je me sens effectivement concernée par une telle initiative. Nous les jeunes de la 2e génération, on ne fait pas grand chose, mais on est quand même plus actifs que nos parents. Et donc je me sens particulièrement concernée par une telle initiative parce que, quel que soit le domaine, les lois nouvelles arrivent toujours après des manifestations...
Ce que réclament les jeunes immigrés ce sont entre autres des lois, des droits, et pour les avoir, il y a rarement eu des initiatives. Les problèmes resteront tels quels tant que les immigrés eux-mêmes ne les prendront pas en main. Il ne faut pas rester assis à attendre...
Et pour l’instant, en ce qui concerne les jeunes chômeurs immigrés, rien n’a été fait.
La seule chose qui a été réalisé, c’est une manifestation après le meurtre d’un jeune à Nanterre...
Mais sur le plan des droits touchant à la vie quotidienne, et qu’on aurait dû revendiquer depuis très longtemps, rien n’a été encore fait.
• D’après toi, quels sont ces droits à conquérir ?
Y. : Le droit au travail par exemple. Bien sûr, la loi dit qu’il ne doit pas y avoir de discrimination, mais ce n’est pas respecté. Lorsqu’un jeune se présente pour une place et qu’on lui dit qu’elle est déjà prise, il sait très bien pourquoi il n’a pas été accepté. Il n’y a jamais eu de manifestation pour cela. C’est complètement rétrograde de femer aux étrangers les administrations comme les PTT, les banques etc. C’est un décret qui devrait être aboli. Contre cela, rien n’a été fait non plus. Pour les papiers, il y a quand même eu quelques démarches... J’ai un jeune cousin qui est venu du Maroc pour « tenter sa chance » comme ils disent et qui a ce problème.
Quant au droit de vote, il devrait être accordé aux étrangers. Je ne vois pas pourquoi ils participeraient à la production nationale sans pouvoir décider qui va les diriger... Mais au lieu de se plaindre du racisme à l’égard des immigrés, mieux vaut revendiquer le droit à l’égalité.
• Et toi, est-ce que tu es prête personnellement à te bagarrer pour obtenir ces droits ?
Y. : Oui, car même si cela doit prendre des années, il faut bien commencer à réclamer maintenant pour obtenir quelque chose un jour.
• Et d’après toi, est-ce que les autres jeunes de la deuxième génération sont aussi disponibles pour agir ?
Y. : Oui, dans le sens où nous n’avons pas la même mentalité que nos parents pour qui avoir trouvé un travail ici, c’est déjà le comble des bienfaits.
Mais au niveau des jeunes de la deuxième génération, il n’y a pas vraiment d’organisation. Les associations d’immigrés évitent ce problème et les amicales ne servent à rien.
Propos recueillis par Claire Bataille.