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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Israël : Des femmes contre la guerre

Cahiers du féminisme, n° 27, hiver 1984 · p. 30-31 · 1 838 mots

Dans de nombreux pays, la guerre n 'est pas une perspective mais une réalité quotidienne. La guerre alors impose de vivre dans la peur permanente. C’est le cas au Liban depuis plusieurs années. Or l'implication de l'État d'Israël dans le conflit libanais, qui s'est comporté en armée d'envahisseurs, a éveillé en Israël même, une protestation massive, notamment au moment des massacres dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila.

Dans le mouvement qui s’est opposé au rôle joué par Israël au Liban, les femmes israéliennes ont été partie prenante ; depuis plus d’un an et demi les femmes du « Comité des femmes contre la guerre au Liban » mènent cette action soit de manière autonome soit au sein du Comité national contre la guerre au Liban qui regroupe de manière unitaire les forces hostiles à l’intervention israélienne.

De plus l'effort de guerre d'Israël et le coût de la colonisation pèsent lourdement sur le budget national et ont des répercussions sur tous les aspects de la vie sociale : diminution des budgets sociaux, inflation galopante... Une autre forme de guerre latente existe en Israël ; c'est la lutte du peuple palestinien pour conquérir le droit d’existence dans son pays d'origine occupé et re-baptisé Israël. Des femmes qui ont lutté pour la libération de leur peuple subissent en prison des conditions de détention scandaleuses, par exemple dans la prison de Neve-Tirza. De toutes ces femmes qui luttent nous sommes solidaires.

L’été dernier, lors d'un voyage en Israël, nous avons rencontré des femmes du .« Comité des femmes contre la guerre au Liban », et nous avons pu les interviewer.

— Comment le groupe « Femmes contre la guerre au Liban » s’est-il créé ?

Il s’est constitué après la première manifestation contre la guerre au Liban, à Jérusalem. Cette manifestation a eu lieu une semaine après le début de la guerre au Liban (en juin 1982). Un groupe de femmes a proposé aux femmes intéressées de créer un mouvement et d’essayer de voir s’il était possible de travailler ensemble. Trente femmes ont participé à la première réunion. Les discussions ont porté sur les questions suivantes : pourquoi un groupe de femmes ? Quelle utilité ? Quels objectifs ? Dans quel secteur travailler ? Comme il existe un groupe à Jérusalem et un groupe à Tel-Aviv, le problème de la coordination s'est posé immédiatement. Il y a eu deux propositions pour donner un nom au groupe : « Femmes contre la guerre au Liban » et « Femmes contre l’invasion au Liban ». C'est le deuxième qui a été retenu, mais dans la réalité c'est le premier qui est utilisé. Pour les mots d’ordre, il y a un accord autour de « Nous ne serons pas un alibi à la guerre ! » En effet l'une des raisons utilisées pour justifier la guerre est de dire : « Il faut protéger nos femmes et nos enfants. » Une manifestation a été organisée par les femmes de Jérusalem après la première réunion : elle a regroupé 300 femmes. Mais ensuite le groupe de Jérusalem n’a pas fonctionné : très vite des divergences sont apparues, et le groupe s'est dispersé.

— Quelles actions ont été menées plus particulièrement par le groupe de Tel-Aviv auquel vous appartenez ?

A Tel-Aviv, il y a une quinzaine de femmes qui participent régulièrement au groupe. Pendant un mois et demi, un soir par semaine, nous avons tenu des « piquets » devant la « Maison des journalistes ». Nous étions entièrement habillées de blanc et nous tenions des pancartes écrites en blanc sur fond noir. Les slogans étaient « Nous ne serons pas un alibi à la guerre », « Silence = accord », « Sortez immédiatement du Liban ». Un tract était diffusé pendant le sit-in. On a ressenti le besoin d’une base plus stable, car nous ne discutions plus : à peine avions-nous fait le bilan de la précédente manifestation, que déjà nous préparions la suivante. Il y a eu une période de flot-

Le groupe des « Femmes contre la guerre au Liban » a reçu en juillet 1983 un appel au secours du refuge pour femmes battues de Haifa. Cette maison héberge une centaine de femmes. Elles venaient d'apprendre la suppression des subventions qui leur permettaient de faire fonctionner le refuge. Le problème immédiat de la survie se posait pour ces femmes qui n'avaient même plus d'argent pour manger. Aussitôt le groupe de Tel-Aviv prenait la décision d'organiser des collectes pour apporter un soutien financier, et de faire circuler une pétition pour demander le rétablissement de la subvention. Pourtant les femmes du groupe étaient conscientes de l'aspect limité de ces actions car elles ne pouvaient pas prendre en charge financièrement le fonctionnement du refuge. Une action à long terme pour obtenir satisfaction du gouvernement et du ministère s'occupant des affaires sociales posait immédiatement le problème politique des priorités budgétaires accordées à l'effort de guerre et à l’installation des colonies en Cisjordanie et à Caza. En réclamant de l'argent pour les « refuges » et pas pour les implantations, les militantes du groupe femme étaient conscientes de réduire l’audience de leur action auprès de la population israélienne.

Aujourd’hui, alors que la situation économique d’Israël s'est dégradée de manière catastrophique et que le niveau de vie de la majorité de la population est menacé, l'opinion publique a évolué sur la question de l'implantation des colonies. Plus de la moitié de la population israélienne se déclare favorable à la réduction des budgets consacrés à l’implantation des colonies dans les territoires occupés.

tement. Maintenant nous participons à toutes les manifestations organisées par « Yesh Gvoul » (« il y a des limites ») ou par le Comité national contre la guerre au Liban.

— Participez-vous aux activités du mouvement féministe en Israël ?

Au congrès féministe en octobre 1982, il y avait 400 femmes pendant trois jours. Un groupe de discussion sur « les femmes et la guerre » a rassemblé 60 à 70 femmes (c’était la commission la plus nombreuse). Cela est d’autant plus intéressant que, pendant le congrès féministe de 1979, lorsque des femmes avaient proposé de voter que « les femmes israéliennes étaient solidaires des femmes palestiniennes », cela avait provoqué des affrontements violents et aucune décision n’avait pu être prise. Après le succès de cette commission sur la guerre, un autre groupe de discussion s’est tenu sur « Femmes palestiniennes et politique ». Mais après le congrès, nous avons eu l’impression de piétiner : nous étions à la recherche d'un moyen d’action et nous avons réfléchi sur le sens d'un groupe d’étude qui servirait à approfondir des sujets théoriques.

C’est à ce moment-là, que le Docteur Sadane (conseiller au ministère de la Santé) a déclaré : « Les avortements ont eu pour résultat la perte de 20 divisions depuis la création de l’État. » Le groupe a proposé de faire quelque chose sur la question de l’avortement en Israël. Nous avons organisé une première journée d’étude en décembre 1982. Une affiche a été réalisée. Deux nouveaux slogans ont été élaborés : « Non à la mobilisation de la matrice, oui à l’avortement libre » et « Nous ne sommes pas des machines à créer des soldats ».

D’un côté on incite les femmes israéliennes à avoir des enfants, de l’autre on pousse les femmes palestiniennes à pratiquer la contraception et l’avortement. Il existe une loi sur les prestations familiales pour famille nombreuse mais ceux qui n’ont pas fait l’armée ne peuvent en bénéficier ; or les Arabes ne font pas l’armée.

Pour la préparation du 8 mars, une réunion a eu lieu avec tous les groupes féministes. Nous avons eu de grandes difficultés à arriver à un accord. C’est la pression du groupe « la voix des femmes » qui a permis au « Comité des femmes contre la guerre au Liban » de participer à la manifestation de Jérusalem devant la Knesseth.

Une autre journée d’étude concernant la question des femmes et la guerre a eu lieu le 5 mai 1983 avec pour thème « les femmes dans la société israélienne ». Tous les groupes femmes étaient représentés, radicales, lesbiennes, femmes de Tandy (PC), etc. De nombreuses questions concernant le problème de la violence ont été abordées : « Y a-t-il une forme de violence légitime ? Doit-on reconnaître le combat des femmes palestiniennes ? Si ce combat prend une forme violente, doit-on le soutenir ? » Dans l’ensemble la réponse des femmes présentes était oui. L'intervention de Mary Rhas (coordinatrice de l’éducation des enfants des camps de réfugiés) de Gaza a fait une forte impression. « Un peuple qui en opprime un autre ne peut être un peuple libre ». Depuis l’été 1983, le comité s’est engagé dans la préparation d'une brochure sur les territoires occupés et notamment sur la situation des femmes dans les camps. Certaines d’entre nous sont allées prendre des photos et discuter avec des femmes dans les camps. Nous voulons rassembler un matériel et ensuite nous rédigerons les commentaires pour en faire une brochure qui soit un témoignage.

Sigle du mouvemen des femmes contre la guerre « Troupes israéliennes hors du Liban ».

Le groupe « femmes contre la colonisation »

Le groupe femmes de Renault-Billancourt nous a communiqué une lettre du groupe « Femmes contre la colonisation » qui mène actuellement en Israël une campagne de soutien aux prisonnières palestiniennes de la prison de Neve-Tirza près de Ramleh. Nous reproduisons ici les principaux extraits de cette lettre :

« Avant même l’usage de gaz lacrymogène utilisé par le service pénitencier contre les prisonnières palestiniennes le 31 octobre 1983, le groupe des « Femmes contre la colonisation » avait organisé deux manifestations devant la prison de Neve Tirza, pour exiger que les droits des prisonnières politiques soient respectés.

« Le 4 novembre 1983, ISO femmes israéliennes et palestiniennes ont participé au sit-in organisé parle groupe des « Femmes contre la colonisation », étaient présents aussi le « Croupe des femmes travailleuses », le « Croupe des femmes palestiniennes », le « Comité des femmes pour le travail communautaire », le « Croupe des femmes démocratiques ». Ce sit-in, qui a eu lieu devant les bâtiments de la Croix-Rouge à Jérusalem-Est, avait pour but de sensibiliser les représentants de la Croix-Rouge et les mass-media sur les conditions de détentions.

« Le 18 novembre 1983, le groupe des « Femmes contre la colonisation » a également organisé un colloque à Tel-Aviv, auquel ont participé les avocates des prisonnières, Me Felicia Langer et Lea Tsemel, des parentes des prisonnières ainsi qu’une représentante des groupes femmes de Gaza. Toutes ont insisté sur la barbarie des conditions de détention.

« Pour sensibiliser l'opinion publique israélienne, nous avons commencé à faire circuler une pétition exigeant la création d'une commission d’enquête pour examiner ce qui s’est passé le 31 octobre 1983, réclamant que les sanctions contre les prisonnières soient levées et que leurs revendications (comme ne pas cuisiner pour les géôlières) soient considérées comme légitimes. »

Sigle du mouvement des femmes contre la guerre « Troupes israéliennes hors du Liban »

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