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Plan famille : Un billet aller-retour pour les femmes

· Cahiers du féminisme, n° 29, automne 1984 · p. 13-14 · 1 117 mots

Dans les Cahiers du féminisme n°24, nous avions mis en évidence les raisons du tournant nataliste du gouvernement et l’incidence de sa politique d’austérité en matière de prestations familiales. Soudainement pris de vertige devant les statistiques de la natalité, il nous rappelait nos fonctions « naturelles ».

G. Dufoix, alors secrétaire d’Etat chargée de la famille, de la démographie et des immigrés, annonça un projet d’unification des allocations familiales et la fiscalisation de leur financement. Les points principaux consistaient en la création d’une « allocation au jeune enfant », en remplacement des allocations pré et post -natales, et l’institution d’une « allocation parentale d’éducation sous condition de cessation ou de réduction d’activité professionnelle » à partir du troisième enfant.

Nous avions montré à l’époque que derrière l’argument démographique avancé par le gouvernement, se cachait une politique de renvoi partiel des femmes au foyer. Attaquer de manière détournée le droit à l’emploi des femmes, voilà une solution qui devrait ravir la droite et le CNPF. L’objectif économique et social est clair : infléchir quelque peu la croissance du chômage et par la même occasion freiner le coût économique de celui-ci. Cela peut ressembler à une misérable cuisine économique pour un piètre résultat ; pourtant, plus que les bénéfices financiers immédiats pour l’Etat et les entreprises, cette opération constitue sur le long terme une bataille idéologique.

Le but est d’accoutumer les femmes à croire qu’un emploi permanent n’est pas un droit ; il est d’en convaincre les couples et par conséquent de redéfinir « la place de la femme » dans la société.

Suspens législatif

Coup de théâtre, fin juillet on apprend que G. Dufoix, dorénavant ministre de la Solidarité nationale et des Affaires sociales, doit « revoir sa copie », comme la presse l’a souligné. Le gouvernement aurait-il repris ses esprits et retrouvé ses promesses d’avant 1981 ? Allait-on nous proposer le libre choix de la maternité, des prestations à l’enfant, 300 000 places de crèches et le droit à l’emploi des femmes ? Pas du tout, officiellement, ce sont les

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ÛO��HWPi contraintes budgétaires qui motivent ce report, entendez par là l’aggravation de la politique d’austérité. Au vu des dernières déclarations de G. Dufoix en juillet, l’orientation nataliste sera maintenue dans les prochains textes. « Il nous faut non seulement encourager la natalité en apportant aux jeunes familles et aux familles nombreuses des prestations plus adaptées mais encore conduire une véritable politique de l'accueil de l’enfance. » {le Monde, du 25 août 1984).

L’allocation « au jeune enfant » fera-t-elle toujours partie de la réforme à venir et sous quelle forme ? Le gouvernement avait évoqué deux options possibles : deux durées de versement selon ses ressources, neuf mois ou quarante et un ; deux montants différents, 400 francs ou 800 francs pour une même durée de quarante et un mois.

La seconde formule suppose une augmentation du volume des prestations, c’est pourquoi d’ailleurs, pour ne pas débourser un centime, le gouvernement avait émis l’idée de la suppression de l’allocation de rentrée scolaire. Or, en juillet, on apprend que cette allocation est revalorisée. Cela signifie-t-il que la première option, celle des durées différentes de versement, sera retenue ? A notre avis, ce devrait être dans la logique de cette politique.

Il suffit de voir avec quel cynisme G. Dufoix déclare : « Si j arrive à faire admettre que les aides de l’Etat ne doivent pas être un simple assistanat mais un marche -pied permettant aux gens de s’en sortir eux-mêmes, j'aurai réussi. » En ce qui concerne la politique d’accueil de l’enfance, elle restera inadéquate par rapport aux besoins des femmes et sera supportée financièrement par les parents, puisque en priorité on favorisera « le développement des crèches parentales ou associatives » (cf. France -soir le 31 juillet 1984). G. Dufoix déclarait aussi dans ce même journal : « Je m’attacherai avant tout à maintenir l’équilibre des comptes. Mais je ne cherche pas à faire des bénéfices. Je ne suis pas à la tête d’une entreprise capitaliste. »

C’est pourtant bien ça le drame, les solutions proposées en matière de politique familiale sont le résultat d’une politique de gestion capitaliste de la crise. L’idée d’un prélèvement fiscal sur les salaires en vue de financer une partie des prestations en témoigne.

Un autre volet du projet, jamais évoqué publiquement celui-là, peut réapparaître : celui du contrôle renforcé des bénéficiaires des allocations de parents isolés, c’est-à-dire essentiellement les femmes. Ce contrôle, véritable atteinte aux libertés individuelles, permettait de supprimer les prestations aux femmes qui, seules, avec un ou des enfants à charge, entretiendraient des relations privilégiées avec un homme. G. Dufoix tiendrait ainsi en équilibre son budget et pourrait inciter les femmes à se marier et à rester au foyer conjugal.

N’oublions pas le summum de tout cet édifice, la prime au troisième enfant sournoisement nommée l’allocation parentale d’éducation. A cet égard, France -soir titre : « L ’allocation de 1 500 francs par mois à toute mère cessant de travailler au troisième enfant a été considérée comme prématurée », intitulé révélateur de la fonction de cette prime et aussi de la teneur idéologique de ce journal. Le texte initial concernait les deux parents mais à l’évidence les bas salaires féminins sont une pression à la réduction ou à la cessation d’activité professionnelle des femmes. Ce projet, jugé trop coûteux et prématuré, nous y échappons provisoirement. Pourquoi prématuré ? Sans aucun doute, le gouvernement choisit ses rythmes pour la bataille idéologique dont nous parlions au début de cet article.

Devant la volonté des femmes de continuer à travailler pour préserver leur indépendance, il se sent obligé de lâcher du lest, quitte à revenir à la charge plus tard, une fois que les pressions idéologiques et la pénurie organisée des équipements collectifs auront fait leur oeuvre.

C’est mal connaître la profondeur de cette volonté des femmes. Nous ne céderons pas ! Nous continuerons à exiger le droit à l’emploi des femmes et leur droit de faire ou non des enfants, de véritables prestations à l’enfant, dès le premier enfant et ce, jusqu’à sa majorité.

Ces prestations ne doivent ni dépendre des ressources des parents ni de l’activité professionnelle de la mère, ni du rang de l’enfant, ni de la forme juridique de la famille. D’autre part, une somme fixe pour tous et par enfant devrait être déduite du montant des impôts : le quotient familial supprimé, et des équipements collectifs de qualité et gratuits créés en grand nombre.

Le gouvernement veut rassembler les Français pour la grande aventure capitaliste ; G. Dufoix veut les rassembler pour la grande aventure nataliste, nous, nous luttons pour le socialisme et la libération des femmes.

Catherine Rosehill

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