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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

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RFA : Ils vivent autrement

Cahiers du féminisme, n° 29, automne 1984 · p. 18-19 · 1 058 mots

Curieuse de connaître l’expérimentation sociale réalisée outre -Rhin par ce qu’il est convenu d’appeler « le mouvement alternatif », je me suis plongée cet été dans le livre de I. Diener et E. Supp, Ils vivent autrement, dont le propos justement est de dresser un tableau de la « scène » de la « mouvance » alternative en 1981 Intéressant, informatif, ce livre soulève de multiples questions auxquelles nous n’avons pas de réponse.

Pourtant, aussi hétérogène et divers que soit ce « mouvement alternatif », personne ne peut douter de sa réalité et de sa profondeur après avoir suivi l’enquête des deux auteurs dans les principales villes d’Allemagne. Pensez qu’il y avait par exemple 1 2 000 squatters uniquement à Berlin en 1980 et 160 maisons occupées dans cette ville en mai 198 1 tandis que l’on pouvait dénombrer 30 000 communautés d’habitat dans toute l’Allemagne fédérale à cette même date. I. Diener et E. Supp ont évalué à 500 000 le nombre de personnes se réclamant à l’époque du « milieu alternatif ». Dans ce mouvement, les femmes et les féministes occupent une place de choix, puisqu’elles ont été à l’origine de la création de « jardins d’enfants alternatifs » (les boutiques d’enfants) et ont ouvert, comme cela s’est fait dans les autres pays d’Europe, des maisons de femmes qu’on appelle là-bas des « centres de femmes » ainsi que des « maisons pour femmes battues » dans toutes les grandes villes du pays. On a compté ainsi jusqu’à cinquante centres de femmes en RFA, ce qui est remarquable.

Une jeunesse en révolte contre la famille

Pour expliquer le foisonnement de cette contestation sociale dans un pays qui n’a pas connu l’équivalent de mai 68, I. Diener et E. Supp remontent aux origines du mouvement étudiant allemand de la fin des années soixante et insistent à juste titre sur la « rébellion morale, sexuelle, politique » de la jeunesse de l’époque. La guerre du Vietnam et la solidarité antiimpérialiste ont été des facteurs décisifs de radicalisation de la jeunesse allemande comme de tous les jeunes de la génération de 68, mais il y eut aussi, peut-être plus qu’ailleurs, pour des raisons historiques compréhensibles, un rejet et une révolte radicale contre l’institution familiale, symbole des « interdits et des sanctions », du silence et du « refoulement collectif et systématique du passé ». La famille allemande de l’après-guerre n’avait en général pas rompu avec l’idéologie nazie incarnée par le slogan « Travail, famille, patrie », idéologie ré-actualisée alors par les chrétiens-démocrates. On comprend dès lors qu’une bonne partie de la génération d’après-guerre, les étudiants en premier lieu ait été séduite par l’idéal de la vie en communauté en rupture avec la cellule familiale traditionnelle.

Des premières communes...

Ceci, bien sûr, ne suffit pas à expliquer la naissance des premières communes d’habitat dès

1967, mais c’est une donnée importante qui doit être prise en compte. Si ces premières expériences ne semblent pas avoir été particulièrement convaincantes et réussies, reste que cette génération découvrait pour la première fois « le partage des tâches ménagères et la péréquation des revenus » ainsi que la prise en charge collective des enfants.

Ces expériences vont connaître un développement certain dans les années qui vont suivre mais paradoxalement, c’est après « le cauchemar de l’automne 1977 », marqué par la répression sanglante contre la fraction Armée rouge, que va s’épanouir le mouvement alternatif qui comprend d’une part les communautés d’habitat mais aussi des groupes de protection de l’environnnement qui s’opposent entre autre à l’installation des centrales nucléaires. D’autres qui refusent la « grisaille quotidienne » et la « normalité désertique » de la production capitaliste décident de « travailler autrement » en mettant sur pied des « projets alternatifs » qui combinent parfois communauté d’habitat et communauté de travail. Ainsi vont naître des collectifs de peintres en bâtiment, menuisiers ; des collectifs faisant du déménagement, de la brocante ; des collectifs gérant des librairies, des restaurants, des cafés, des cinémas ; des col- alternatives ont été contraintes par la force à la fermeture malgré « la lutte acharnée des parents et du personnel ».

Au mouvement pour la paix...

Après avoir lu attentivement le livre, on peut certes se faire une petite idée de ce qu’est le mouvement alternatif allemand, mais il n’est pas possible de dire dans quelle mesure ces expériences ont permis de bouleverser les rapports sociaux en particulier entre hommes et femmes, adultes et enfants. Ce patron », on en vient à travailler seize heures par jour en étant moins payé « avec une morale de travail extrêmement rigoureuse ».

Ils sont encore plus critiques vis-à-vis du mouvement de protection de l’environnement qui a débouché sur la création du parti des Verts, regroupement des plus hétéroclites selon eux, dont les thèses ont été récupérées par les chantres de l’austérité. Ils nous apprennent même, ce qui est fort inquiétant, que « de multiples organisations néo -nazies ont fait leur apparition dans le mouvement alternatif et chez les Verts ».

lectifs de médecins, d’avocats, d’architectes ; des collectifs pour la formation professionnelle d’apprentis et même des communautés rurales, etc.

Ces expériences qui ont parfois bénéficié d’une aide de municipalités gérées par les social-démocrates ont, à l’inverse, souvent été mises à mort par les chrétien-démocrates lorsqu’ils reprenaient le contrôle des municipalités. Ce fut le cas à Frankfurt, par exemple, en 1977 où les écoles maternelles sont là les limites de l’enquête de I. Diener et E. Supp. Pour autant, les auteurs ne restent pas neutres. A propos des communautés de travail, ils soulignent que cela « permettait aux révoltés de ne pas se résigner in-dividuellemnt devant la répression et la réaction politique, de garder leur esprit contestataire et leurs exigences, tout en déployant leur créativité et leur fantaisie », mais ils dénoncent aussi le piège de telles expériences où, sous prétexte de « travailler sans

Pour autant, I. Diener et E. Supp n’étaient pas pessimistes à la fin de leur « panorama de la scène alternative » car ils pressentaient que le développement du Mouvement pour la paix aurait « à la fois un effet d ’unification et de repolitisation ». Les dernières mobilisations massives contre l’installation des missiles ont, semble-t-il, confirmé leur pronostic.

Claire Bataille Ils vivent autrement, édité par Stock en 1982.

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« Pour la vie, contre le profit »

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