La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Choisir la cause des femmes ?

Cahiers du féminisme, n° 3, mars 1978 · p. 28-30 · 2 227 mots

Nombreuses seront les femmes, à coup sûr, à voter pour les candidates de « Choisir la cause des femmes » le 11 mars prochain. Le « Ras le bol de la politique traditionnelle » comme le dit justement Gisèle Halimi est tel parmi les femmes, le « féminisme « des partis ouvriers traditionnels semble tellement de circonstance si timoré et si paternaliste par ailleurs, que c'est avec joie sans aucun doute que des milliers de femmes prendront le risque de « fausser les jeux électoraux », du moins au premier tour. Pour la première fois, après le succès des écologistes, s'exprimera de manière confuse mais néanmoins significative sur le terrain électoral la radicalisation féministe de milliers de femmes. Elles diront ainsi que pour elles la politique doit traiter de leurs problèmes quotidiens et que les problèmes de la vie quotidienne sont des problèmes politiques. Les réactions de certains (cf. celle de Vlansson Ponté dans le monde du 12/ 13 février : »... On ne peut toutefois s 'empêcher dépenser que, en attisant ainsi la haine, les auteurs de ce brûlot discréditent bien plus qu'elles ne la servent la cause qu'elles prétendent defendre, « la cause des femmes »). L'absence de réaction immédiate d'autres (du PS par exemple) montrent l'embarras des partis ouvriers traditionnels en mal d'électeurs ou plutôt d'électrices. Ils se sentent concurrencés par le projet de « Choisir » Ils hésitent pourtant dans leurs réactions, car à dénoncer frontalement cette entreprise, ils risqueraient de rendre suspects aux yeux des femmes, leurs professions de foi féministes. A ne rien dire, ils risquent d'encourager tacitement les femmes à porter leurs voix sur ces candidates.

Mais pour originale qu'elle soit, et populaire auprès de milliers de femmes, la démarche de Gisèle Halimi n'en est pas moins ambiguë. C'est ce que nous allons essayer de montrer en affirmant préalablement que dans la campagne, nous nous retrouverons au côté des militantes de « Choisir » pour dénoncer le viol, le scandale du sabotage de la loi délibéralisant l'avortement, l'importance du problème des femmes battues, la nécessité impérative de défendre le droit au travail des femmes encore plus menacé en période de crise...

Le contenu de la campagne des candidates de « Choisir ta c use des femmes » est consigné dans le « Programme commun des femmes » lancé début février. Le message du « Programme commun » est clair. G. Halimi en conclue ainsi l'introduction : « Les ouvrières luttent depuis plus d’un siècle pour le droit au travail et l'égalité des salaires ; les bourgeoises luttent depuis plus d'un siècle pour obtenir les droits politiques, familiaux et sexuels des femmes. Que ces deux traditions de luttes cessent de s'ignorer ou de s'accuser mutuellement : Femmes luttez ensemble » Avez-vous vu de nombreuses bourgeoises pouvant avorter dans des cliniques privées se battre, c'est-à-dire participer aux mobilisations (dans la rue si nécessaire) pour obtenir l'abrogation de la loi de 1920?

Pourtant dans la lutte contre le « Patriarcat » toutes les femmes sont invitées à se retrouver sur un programme qui selon Gisèle Halimi est : « Le plus grand dénominateur commun des femmes de ce pays pour le plus court terme ». Des soudeuses et des femmes de ménage ont, est-il précisé, contribué à l'élaboration de ce document ; une femme chef d'entreprise est sur la liste des candidates chargées de le défendre...

Choisir

Les principales propositions de « Choisir »

— création d'un ministère des femmes.

— quota de femmes dans les directions des partis Quota de candidates

— représentation proportionnelle

Propositions sur la famille

:

Cogestion des époux sur les biens communs. Remise en cause des discriminations du code civil. Alternative du congé parental d'éducation, après la naissance, entre père et mère et rémunération du congé pendant 7 mois remboursé à 90 %. Développement des équipements sociaux : crèches garderies, maternelles et centres de loisirs pour enfants et adolescents. Révalorisation du statut des assistantes maternelles (nourrices) qui devraient devenir d'ailleurs des « assistants parentaux »

Propositions sur le travail

:

Les syndicats devront présenter des listes ne comportant pas moins de 33 % de candidats du même sexe. Suppression progressive du travail à la chaîne et du travail au rendement pour les 2 sexes : suppression du salaire au rendement. Suppression du régime des équivalences. Règlementation du travail de nuit et celle du travail à domicile. Interdiction de limiter au seul personnel féminin des dispositions relatives à l'aménagement du temps de travail : travail à mi-temps, travail à temps partiel, horaires variables. Diminution du temps de travail pour tous et allongement des vacances. (30 ou 35 h par semaine). Retraite à la carte. Age fixé en fonction de la pénibilité des tâches et non du sexe. du sexe.

Pour une école anti-sexistes

Création de commissions féminines au Ministère de l'Education chargées de contrôler les programmes etc... Cours mixtes de puériculture, de couture, de cuisine, de bricolage, de plomberie, etc... Cours de self-défense pour les filles à l'école.

Sur les médias : TV/Radio-Presse/Films

Interdiction des films, des émissions, des journaux pornographiques. Contrôle des émissions de publicité et de la fabrication des films. Droit de réponse pour les groupes féministes.

Propositions sur la sexualité

Création d'un centre national de recherches féministes pour développer des recherches fondamentales sur la sexualité des femmes. Multiplication des groupes femmes, des associations féministes et défense de leur existence de fait ou légale. Information des adolescents sur les différentes formes de sexualité. Information des femmes battues ur leurs droits et démarches à suivre. Création de centres d'accueil pour femmes battues avec possibilité dans ces centres de bénéficier d'une formation professionnelle. Extension de la notion de viol poursuivi en Assises. Répression du proxénétisme. Refus de maisons, type « Eros-centers » — Supressions des poursuites judiciaires, des amendes des peines de prison pour les prostituées. Création d'un diplôme d'état de conseillère en éducation sexuelle. Information sexuelle à partir de la 4e. Information contraceptive par les médias. Préservatifs et spermicides diffusés par le biais de distributeurs automatiques. (Pharmacies-facs. Supermarchés).

Avortement

:

Abrogation des textes ré-pessifs. Liberté d'avorter jusqu'à 12 semaine de grossesse. Remboursement par la sécurité sociale�Arrêt de travail pendant 48 heures. Déblocage de crédits d'application. Suppression de l'autorisation parentale pour les mineures pas

Dans la mê ne logique, si parmi les pr* citions du programme on trouve et jl faut s'en féliciter, l'exigence d'équipements collectifs, la suppression de toute discrimination à l'embauche, la baisse du temps de travail pour hommes et femmes, y figurent aussi, sur un pied d'égalité, la demande pour les femmes d'artisans et de commerçants d'un statut de « Chefs d'entreprise » qui leur permettent d'être considérées comme associées de leurs époux. On revendique également que toutes les carrières de la justice, de l'administration et de l'état soient ouvertes aux femmes jusqu'aux « plus hautes responsabilités ». Pourquoi pas, la question est posée, une femme garde des sceaux ?

Il ne s'agit pas de reprocher à « Choisir » de remettre en cause toutes les discriminations dont sont victimes les femmes, toutes les femmes, y compris celles de la bourgeoisie (une prison dorée est toujours une prison, c'est vrai). Il s'agit en re-vanche de souligner une contradiction qui existe bel et bien dans le programme de « Choisir » et que pressentent les rédactrices elles-mêmes .

« Comment nous libérer, nous' femmes, dans une société où une foule de personnes sont victimes d'oppressions et d'injustices sociales, soit en raison de leurs classes sociales (ouvriers, petits paysans) soit en raison de leurs statut professionnel (chômeurs par exemple) soit en raison de leur race ou de leur appartenance au tiers-monde... ».

« Comment décider les ouvrières à soutenir des projets féministes ou des bourgeoises accepteraient des inégalités choquantes de salaires et de revenus en fonction de la classe sociale ? »

« Si la suppression de l'économie de profit est une condition nécessaire de la libération des femmes, » (sinon suffisante) comme le reconnaît G. Halimi pourquoi alors ne pas dire clairement que la lutte des femmes pour leur libération est indissociable de la lutte de tous les travailleurs pour le socialisme ?

S'il est vrai que « la libération des femmes, c'est aussi la libération de tous » encore faut-il préciser, comme le fait justement la CFDT, que seules les femmes travailleuses intègrent dans leur expérience, la totalité de l'exploitation et de l'oppression ; c'est pourquoi elles sont porteuses des exigences les plus radicales. Néanmoins des féministes bourgeoises conséquentes peuvent aller jusqu'à rompre avec leur classe d'origine.

Choisir

Et si G. Halimi a raison de se féliciter que les partis de l'opposition (PS-PS) intègrent à terme dans leur programme les revendications imposées par les luttes de femmes (avortement libre et gratuit, lutte contre le viol) et de ne pas caindre la récupération, en revanche elle devrait fort s'inquiéter des satis-ftcits qu'elle reçoit de femmes membres du gouvernement (La nouvelle secrétaire d'état à la condition féminine, Hélène MissofFe...). Femmes, elles n'en sont pas moins impliquées dans la politique du gou-vernment qui pour les femmes, la masse des femmes se traduit par une aggravation de leur si-> tuation (chômage, loi sur l'avortement sabotée, crèches rentabilisées etc...).

De ce point de vue l'opération « adresse à tous les partis sans exclusion pour qu'ils se désistent devant les candidates de « Choisir » de même que la décision de ne pas donner de consigne de vote clair au deuxième tour, relèvent d'une démarche manœuvrière et tac-ticienne qui n'a rien à envier aux politiciens mâles, dénoncés par « Choisir ».

Enfin comment est-il possible de laisser croire aux femmes qu'en votant pour les candidates de « Choisir la cause des femmes », elles verront les discriminations qui les frappent aujourd'hui balayées. Le principe « à travail égal, salaire égal » adopté en 46 en France n'a jamais été appliqué ; la loi libéralisant l'avortement votée en 74 déjà restrictive, est délibérément sabotée. Demain, quand bien même les députées de Choisir bénéficieraient de l'appui d'une majorité parlementaire de gauche, seraient-elles en mesure simplement à l'aide de commissions nommées au sommet de faire appliquer les lois votées contre les discriminations, pour le droit au travail, pour les équipements collectifs etc...

Que feront demain les députés de Choisir sans mobilisation de masse, des femmes ? Elles ne pourront rien faire . Or « dans le programme commun des femmes » sur la nécessité et les moyens de mobiliser la masse des femmes, rien n'est dit. Dans ce cas, même une « ministre des femmes » ne ferait pas beaucoup mieux que F. Giroux, quand bien même elle occuperait la 2e place dans la hiérarchie gouvernementale comme l'a déjà décidé « choisir ».

Des propositions de loi sont faits sur les points suivants

« Ce que G. Halimi déclarait à Rouge en novembre 77 »

• Mais ce « programme », vous n'avez pas eu comme démarche de le proposer aux autres courants du mouvement des femmes, pourquoi 7

— Nous ne voulons pas reproduire la démarche du Programme commun de la gauche.

• Vous ne pouvez pas condamner le principe d'une démarche unitaire 7

— Certes non, mais les discussions ne peuvent se faire que sur la base d’un projet. Nous en sommes là pour l'instant. Des femmes d'horizons différents travaillent d’ailleurs à la rédaction de projet qui traite du travail, de la sexualité, de l'homosexualité, de la culture même, de l'avortement, etc.

• Est-ce que vous avez prévu de proposer votre projet aux groupes femmes, à l'UFF ou au MLAC, par exemple 7

— Dans la mesure où les autres groupes voudraient l'amender, on organisera un débat.

• Présenterez-vous des candidates pour populariser votre projet ?

— Nous nous sommes posées la question. Le problème, c'est celui de l'argent. Nous aimerions présenter des femmes. Ceci nous permettrait de tenir des réunions sur le « programme commun des femmes » et de populariser nos idées.

tr surtout les femmes apprenoront à se battre pour elles-mêmes. Mais nous pourrons tenir ces réunions que nous ayons des candidates ou non. Notre optique est de « troubler le jeu électoral » dans le bon sens du terme.

de restrictiqnstpour les étrangères. Modification de la clause de conscience, �Consultation sociale préalable; informative et non dissuasive. Prescription obligatoire de contraceptifs. Suppression du quota des 25 % dans les cliniques privées. Information par les mass-mèdia.

Egalité des époux dans les régimes matrimoniaux. Création d'un fond de garantie pour le paiement des pensions alimentaires. Suppression du régime des équivalences. Sur l'égalité des rémunérations :... création dans chaque branche professionnelle composée de commissions de 12 membres chargée entre autres de « trancher tout litige relatif à une discrimination soit en matière d'embauche, soit en matière de qualification ou de salaire, dont aura été victime une femme ». Sur le nom patronymique : chaque individu a le nom qu'il tire de sa filiation. Les enfants reconnus par les deux parents sont enregistrés sous le nom de leur père et mère. A la majorité, obligation de choisir entre les 2 noms. Proposition de loi sur l'avortement. Loi pour réprimer le délit d'atteinte à la dignité de la femme. Loi pour assurer l'égalité de représentation des deux sexes dans les jury de cours d'Assises. Pour permettre aux associations féministes et féminines ayant 5 ans d existence de se constituer partie civile. Loi sur l'autorité parentale. Loi sur le congé parental. Loi sur l'abrogation de la peine de mort.

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