La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Le 8 mars et la presse ouvrière en France : Un peu d’histoire

Cahiers du féminisme, n° 3, mars 1978 · p. 18-19 · 1 316 mots

w

Les femmes aussi font l'histoire

?

Le 8 mars et la presse ouvrière en France : -un peu d’histoire -

C’est la Conférence internationale de Copenhague en 1910 qui, sur la proposition de Clara Zetkin, fait adopter le principe d’une journée internationale des femmes. Cette journée qui deviendra bientôt une semaine entière d’agitation et de propagande, marque l’anniversaire du 8 mars 1857 à Philadelphie, aux Etats-Unis, où 3 000 ouvrières manifestèrent pour leurs droits de travailleuses. Le 8 mars 1911, plus de 30 000 ouvrières défilent dans les rues de Vienne. En France, par contre, il ne semble pas que la journée du 8 mars, avant la Première guerre mondiale ait été marquée par des manifestations de rue et des meetings.

Ce n’est qu’après la guerre que la Semaine internationale des femmes connaît de nouveau une certaine ampleur, grâce à l’Internationale communiste et à l’ISR qui vont en faire une véritable semaine de lutte et de popularisation des revendications des femmes travailleuses.

Si l’Humanité et la Vie ouvrière évoquent quelque fois, de 1920 à 1927, l’existence de la Semaine internationale des femmes, aucune agitation et propagande n’est systématiquement engagée en direction des femmes de la classe ouvrière, par le PC et la CG TU. Il faut attendre 1927 pour qu’un meeting, qui réunit 5 000 femmes soit organisé conjointement par la CG TU et le PC, à la salle de Grange-aux-Belles. où Suzanne Girault et Alice Brisset prennent la parole.

La situation des femmes travailleuses est abordée plus qu’épisodiquement par la presse ouvrière de l’époque (souvent la Semaine internationale des femmes n’est même pas annoncée, ou alors une fois terminée). Seuls quelques articles sur les conditions de travail des ouvrières (textile, infirmières, etc.) portent sur les revendications spécifiquement féminines et sur la nécessité d’organiser les femmes dans les organisations syndicales.

Pourtant, si la presse ouvrière française reflète la faiblesse d’organisation et de conscience de la classe ouvrière, et notamment parmi les femmes, le PC et la CGTU font un minimum d’éducation communiste en défendant l’analyse et les positions « traditionnelles » du marxisme sur la question : la double oppression que subissent les femmes, au travail et au foyer.

L’abandon des positions de classe

Jusqu’au Front populaire, la défense des revendications spécifiquement féminines et le travail d’organisation des femmes salariées (balbutiant il est vrai. . .) se fait néanmoins sur des positions de classe. y

A partir de 1936, tout va changer. L’introduction d’une rubrique, intitulé « La femme » dans la Vie ouvrière est, à cet égard particulièrement révélateur : les revendications de classe (égalité de salaire, etc.) des femmes travailleuses ne sont même plus mises en avant et le 8 mars, initialement semaine de lutte, va devenir (quand il ne sera pas tout simplement oublié !) une illustration des positions réactionnaires du PC vis-à-vis des femmes. Il est plus question, dans la Vie ouvrière, de la défense de la « mère », de la « femme au foyer », de maquillage que des revendications des travailleuses.

Parallèlement à cet abandon de l’analyse marxiste et du travail d’organisation des femmes salariées, le PCF et la CGT vont se servir de plus en plus des femmes comme masse de manœuvre, sur le plan national, pour la « défense » de l’URSS et la « paix » .

Ainsi, la réunification syndicale de 1936 et le Front populaire, loin de permettre le développement du 8 mars et la défense des revendications féminines, vont, au contraire, marquer l’abandon des positions de classe, par la CGT et le PCF sur l’oppression des femmes.

1937, 1938, 1939 : rien ou presque dans l’Humanité ou la Vie ouvrière, si ce n’est quelques pages flatteuses et mensongères sur la condition des femmes en Russie stalinienne.

Il faut attendre le 8 mars 1945 pour revoir, dans la presse ouvrière, la mention de la Semaine internationale des femmes : à l’appel de l’Union des femmes françaises (créée depuis peu), 3 000 femmes se réunissent à la Mutualité pour entendre des oratrices de la CGT, du service féminin de l’ambassade des Etats-Unis, et une représentante des femmes soviétiques louer le rôle des femmes qui réclament l’accentuation de « l’ef-' fort de guerre » et une « armée nationale ».

A aucun moment, il n’est question de l’oppression et des revendications spécifiques des femmes, au foyer, à l’usine, au bureau et aux champs. On s’en serait douté.

r

Les femmes aussi font I'histoirE

8 mars 1948

Le 8 mars 1948 est de tous les 8 mars, celui qui sera célébré avec le plus d’éclat : il est vrai que cela tient plus à des considérations de politiques intérieures pour le PCF et la CGT qu’à la défense des femmes travailleuses. A Paris, 100 000 femmes manifestent de la République à la statue de Jeanne d’Arc (là aussi, tout un programme !), en province également les manifestations sont massives : à Marseille, 30 000, Lille, 12 000, Lyon, 5000.

Pourtant, si la participation des femmes travailleuses est importante (notamment dans la métallurgie, à Renault, etc.), leurs revendications particulières ne sont pas mises en avant. U Humanité écrit, sous la plume de Marcel Cachin : « Parce qu’elle est devenue ouvrière, chef d’ entreprise industrielle ou paysanne, ambassadrice (sic)... ministre, elle n’èn est pas moins restée la mère et V épouse respectée et vénérée . » Et encore : « Avec ferveur, elles ont rendu un vibrant hommage à Danielle Casanova, à Jeanne d’Arc, à toutes les héroïnes de l’indépendance nationale. »

Seule, la Vie ouvrière souligne quand même l’aspect revendicatif du 8 mars 1948 : « C’est pour cela que le 8 mars, dans les entreprises, les femmes travailleuses se rassembleront pour porter au patron leurs revendications. C’est pour cela que le 7, elles défderont contre le chômage et la vie chère, en un mot contre la misère. »

Ce qui n’empêche pas la Vie ouvrière d’avoir une « nouvelle » rubrique pour les femmes intitulée : « La femmes et ses soucis ». Rubrique qui ne déparerait pas dans n’importe quel magazine bourgeois. On peut y lire notamment : « La femme communiste, c’est une bonne communiste si elle ne croit pas déchoir en s’occupant du pain, du logement et de la layette. » Et toujours ce singulier (« La femme ») bien révélateur.

8 mars 1958

En pleine guerre d’Algérie et la condamnation à mort de

Djamila Bouhired par le gouvernement français, la journée du 8 mars sera seulement marquée par un meeting àGennevil-liers où se réunissent 4 000 femmes. Si le meeting envoie une lettre au président de la République demandant la grâce de Djamila, la banderole qui décore la salle illustre bien la « réalité » de ce 8 mars : « Mettons au service de la paix, pour le respect de la vie, la grande force de l’amour maternel. »

Notons quand même un « nouveau » titre pour la rubrique femmes dans la Vie ouvrière : « Au bonheur des dam -mes ». Pauvre Zola...

8 mars 1968

A partir de 1968, où le 8 mars est placé en solidarité avec les femmes vietnamiennes (une délégation est envoyée devant l’ambassade, un meeting à la Mutualité réunit 5 000 femmes), le 8 mars va peu à peu (ce n’est qu’un début...) retrouver sa fonction première : une semaine d’agitation sur les revendications des femmes et d’organisation des femmes salariées. Si en 1971, 1972, et 1973, la Semaine internationale des femmes ne sera pas marquée par des manifestations de rue, le 8 mars 1974 verra plus de 15 000 femmes dans la rue sur leurs revendications spécifiques.

L’histoire du 8 mars : une histoire bien révélatrice du * révisionnisme » du PCF et de la CGT sur l’oppression des femmes. Une histoire, bien révélatrice aussi depuis 1968, de l’émergence d’un puissant mouvement autonome des femmes et de sa rencontre avec le mouvement ouvrier.

8 mars 1978 ?

Une erreur sur cette page ?