Malgré les sondages les plus récents qui montrent qu’au moins 75 % de la population américaine soutient le droit de choisir pour les femmes, on assiste à une augmentation sensible de la violence et des attaques contre les droits des femmes.
Les attaques contre le droit à l’avortement ont augmenté de manière alarmante aux Etats-Unis en 1984. Les femmes sont victimes d’agressions physiques et juridiques qui s’accompagnent d’une attaque tous azimuts sur le plan idéologique, le tout se combinant aux assauts de la droite, de la hiérarchie catholique et de Reagan.
Rien qu’en 1984, on relève 19 cas d’attentats à la bombe et d’incendie, contre 4 cas en 1983 et 8 en 1982. Quelques exemples « notoires » :
— La clinique féministe d’Everette (Washington) a été incendiée le 3 décembre 1983 provoquant plus de 40 000 dollars (360 000 FF) de dégâts.
— L’explosion d’une bombe a endommagé le Centre des femmes de Pensacola (Floride) détruisant pour 35 000 dollars d’équipements.
— Les locaux de la Fédération nationale pour l’avortement à Washington ont été atteints par une explosion causée, le 4 juillet 1984, par du gaz insufflé dans l’immeuble.
— Une bombe a été lancée contre le Planning familial de Annapolis, Maryland, le 7 juillet 1984.
Menace de mort
L’action la plus spectaculaire des adversaires de l’avortement a peut-être été celle de 1982 lorsque le docteur Hector Zevallos, directeur de la Hope Clinique à Granite City, Illinois, et Jeanne Zevallos furent kidnappés et retenus prisonniers pendant huit jours. On les menaça de mort s’ils ne renonçaient pas à pratiquer les IVG. A la fin, ils furent relâchés et leur ravisseurs arrêtés et condamnés.
Une campagne organisée bat son plein contre les centres d’IVG et contre leurs utilisatrices. Les tactiques utilisées ne visent pas seulement à dissuader, mais à empêcher physiquement les femmes d’user de leur droit juridique d’interrompre une grossesse.
Le « sidewalk counseling » (littéralement donner des conseils à quelqu’un sur la voie publique) est une méthode répandue qu’utilisent les opposants inconditionnels de l’avortement. Elles consiste à accoster les femmes qui entrent dans une clinique en les traitant de « meurtrières » ou en leur mettant sous le nez des photos de foetus déformés. Des enregistrements de bébé en pleurs sont passés et des poupées couvertes de peinture rouge sont brandies. Très souvent, ils n’hésitent pas à relever votre numéro de plaque d’immatriculation ou à prendre une photo. Des cliniques ont été « envahies » par des adeptes de « Laissez -les-vivre » qui se sont enchaînés au mobilier.
La campagne pour l’élection du président a mis en lumière la question de l’avortement et on a pu voir Reagan annoncer : « Nous [les républicains] sommes pour le droit à la vie et contre l’avortement ». Il est d’ailleurs favorable à un amendement d’interdiction de l’avortement purement et simplement. La hiérarchie catholique s’est jointe à la lutte. Ainsi l’archevêque Bernard Law de Boston a déclaré que l’avortement devrait être une « question-clé » dans les élections. De son côté, l’archevêque de New York, John J. O’Conner, déclare que les évêques catholiques espéraient voir les candidats aux élections se prononcer publiquement contre « l’avortement libre » et de mettre tout en œuvre afin qu’une modification juridique soit apportée.
Les attaques au niveau national ont été dirigées plus particulièrement contre Geraldine Ferraro, co-listière démocrate de Walter Mondale. Elle s’est attirée les critiques virulentes des archevêques catholiques en déclarant : « Bien que personnellement opposée à l’avortement, je ne me donne pas le droit d’imposer mes croyances aux autres. »
Ce n’est pas G. Ferraro, W. Mondale ou le Parti démocrate qui ont répondu aux attaques, mais les gens plus directement concernés : le per- sonnel des centres d’IVG et leurs utilisatrices.
Ainsi le Planning familial de New York a répondu par une conférence de presse. Alfred Moran, son directeur a déclaré : « L 'Eglise, la rhétorique présidentielle et les forces anti-avortement ont créé un climat d’incitation au terrorisme — acte de violence qui mettent, de façon répétée, la vie du personnel des cliniques et des clients en danger. »
Des pétitions ont circulé, des meetings et des manifestations ont été convoqués. Les femmes ont attaqué en justice des opposants de l’avortement et elles ont mis en place des contre-piquets devant les cliniques.
Une réponse nationale est nécessaire
A chaque fois, il y a eu une réponse au niveau local en défense du droit de choisir. Mais peut-être y a-t-il une sous estimation de la menace réelle qui pèse sur le droit à l’avortement gagné en 1973. L’absence d’une réponse nationalement organisée n’est-elle pas la plus inquiétante ?
La Cour suprême des Etats-Unis a déjà rejeté plusieurs tentatives de restriction de ce droit en juin 1983. L’une voulait imposer un délai de 24 heures entre l’heure où une femme signe un formulaire de consentement et l’heure de l’intervention chirurgicale. Une autre demandait que toutes les IVG pratiqués après 1 2 semaines de grossesse se fassent dans les hôpitaux. Néanmoins, la Cour a confirmé un article de loi pour l’état du Missouri réclamant le consentement parental pour les mineures.
Si l’on tient compte de l’offensive conjointe menée par la droite, l’Eglise et Reagan avant les élections, l’accalmie actuelle n’est que post-électorale. Les possibilités d’une nouvelle offensive sont à craindre dans les mois à venir.
Linda Woods