La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

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La femme «vert de gris»

· Cahiers du féminisme, n° 31, printemps 1985 · p. 16-17 · 1 378 mots

Les divers courants d’extrême droite qui ont pratiqué l’entrisme dans les partis de droite (RPR, UDF) ou investi différentes associations et syndicats (CNIP, SNPMI) distillent depuis longtemps insidieusement leur idéologie inégalitaire et fascisante à travers des revues et des clubs pseudo scientifiques (le Nouvel Europe magazine, Magazine-hebdo, le Club de l’horloge, le GRECE, etc.)(l). Le Front national et Le Pen, partie visible de toute cette vermine politique, ont gagné une respectabilité en présentant un programme qui ne dit pas son nom mais qui possède en filigrane tous les thèmes qui nos permettent de le caractériser comme fasciste au sens classique du terme (racisme, patriotisme, chauvinisme, austérité, ordre...). En ce qui concerne les femmes, le Front national est d’une extrême pauvreté théorique. Leur politique familiale, comme un des axes centraux de leurs campagnes électorales, résume leur position en ce domaine. Elle tient en une seule phrase : « Etre mère de famille, c’est le plus beau métier du monde. »

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« Femmes ou féministes ? », ce titre de la revue le Nouvel Europe magazine de juillet-août 1982 est révélateur de la bataille idéologique menée par l’extrême droite en ce domaine. Ce numéro spécial se propose de démontrer que les femmes ont toujours régné dans l’Histoire sans jamais perdre leur identité « féminine ». Le féminisme, invention diabolique de quelques gourous intellectuels, est venu pervertir cet « ordre naturel ».

Une conception historique de bazard...

Quelques exemples suffiront à montrer la médiocrité de cette revue. Voici l’introduction d’un chapitre consacré aux rois de France : « Guerre ou paix furent quelquefois déterminées par le sourire ou la volonté d’une belle. Des femmes de tête remplacèrent souvent les combattants quand elles ne revêtaient pas le heaume et la cuirasse pour défendre leur fief. D’autres préférèrent employer des moyens plus "féminins” mais elles atteignirent leurs buts. » Et de conclure que si Louis XV ne s’était pas tant occupé des femmes, la Révolution de 1789 n’aurait peut-être pas eu lieu. Quant aux chefs de la Révolution, « sans les femmes, ils n'auraient jamais été ce qu’ils sont devenus » et si « les femmes ne pensaient pas encore au féminisme, elles se bornaient à être femmes et c’est en quoi elles étaient redoutables. » Robespierre est un exemple typique, il aurait conçu sa haine pour la société et serait devenu le chef de la terreur uniquement parce qu’Anaïs, son grand amour, était volage. Terminons cette grande fresque historique par un scoop ! Ce sont les filles de joie qui furent à l’origine des excès les plus sauvages de 1789 qui aboutirent à la mort de Louis XVI.

Quand ils entendent le mot féminisme, ils sortent leurs fusils...

Toujours dans la même revue, le féminisme est analysé comme une mode venue des USA, récupérée par la subversion communiste, le pacifisme et les écologistes... C’est un facteur de déstabilisation de l’Occident au même titre que la lutte des classes. La crise des valeurs chrétiennes conjuguée au travail de sape des ennemis de l’intérieur affaiblissent la société occidentale et préparent le terrain à l’invasion soviétique. Le fondement de la logique des auteurs de ce magazine, l’infériorité naturelle des femmes, n’est jamais avoué clairement. Le subterfuge consiste à reconnaître « que les femmes subissent une condition sociale plus lourde que les hommes » tout en affirmant « s ’il faut la “libérer”, c’est à l’intérieur de sa nature de femme ». Et de conclure que la place « providentielle » des femmes est à la maison, et qu’un salaire maternel serait « socialement plus honnête et psychologiquement plus enrichissant » que le recours truqué aux indemnités de chômage. Si par malheur « cette dernière est contrainte de travailler parce que le budget familial l’exige, pourquoi ne

En direct du Front...

La groupie du marin... prend le large ?

Extraits du livre de J. M archly, Le Pen sans bandeau , et repris dans la presse du Front national, nous vous offrons les plus beaux moments de la vie de Pierrette Le Pen :

« Ce Le Pen m’a vue, m’a souri, m’a prise par la main, m’a dit : “On s’en va », et moi, comme une gourde, j’ai suivi. »

« D’office il m'a traitée comme sa chose, sa propriété. J’étais à lui, rien qu’à lui, point final. Coincée ! Le droit de voir personne. j’ai bien essayé de lui faire trois, quatre vacheries bien féminines, seulement le cœur n’y était pas. Le cœur était à Jean-Marie. »

Parlant de sa « préscience en politique », il lui aurait déclaré : « Vous êtes à Le Pen, vous serez un jour à l’honneur. » Ou encore : « Mon bonheur sera de voir ses idées aller plus loin. » Elle ne se serait accomplie que grâce à lui : « Il faut que Jean-Marie pense que c’est bien, donc que je fasse mieux. » C’est comme ça que Pierrette apprit l’amour du bateau grâce à son « éternel marin ».

Mais la rumeur aurait-elle raison quand elle dit que malgré la proposition d’avantages financiers importants, l’ingrate demanderait le divorce ?

pas généraliser pour elle le travai à mi-temps, afin qu’elle puisse harmoniser sa nature de femme et la nécessité de contribuer à faire bouillir la marmite ? » Fin du message !

1975, extrait du journal du

Front national : « On ne peut conçevoir une société où chaque femme veut avoir une situation d’homme, se faire offrir des voyages, des toilettes, des bijoux, sans s’occuper de son foyer, et, si elle a des enfants, les faire élever dans des crèches ou par des tiers, tout en conservant l’autorité parentale. »

1976, le même journal dans un article intitulé « La dignité de la femme » commente les propositions de F. Giroud, alors secrétaire d’Etat à la condition féminine, en ces termes : après avoir cité la phrase de Mussolini, « les féministes me rappellent les hommes en pire », l’équivalence des sexes souhaitée par Giroud « serait la métamorphose de la plus charmante partie de l’humanité en un ignoble troupeau de petites femelles, travestis moraux et physiques qui extravagueraient les vices et les défaux virils, tant il est vrai que chez la descendante d’Eve tout s’amplifie, s’oppose pour s’annuler ». L’article conclut par une citation de Barbey d’Aurevilly : « La virilité de l’homme se mesure au degré de féminité qu’il exige chez la femme. » '

1984, la politique familiale de Le Pen (2), défendue par Martine Lehi-deux, députée européenne pour le Front national, donne ceci : « Il faut améliorer la vie des mères de famille. Instituer le salaire familial pour celles qui souhaitent se consacrer à leurs enfants totalement, leur aménager un droit à la retraite, réserver les allocations et les avantages fiscaux aux seules familles françaises ayant de nombreux enfants. La. maternité, c’est ce qu’il y a de plus beau chez une femme. Beaucoup de jeunes femmes, si on leur donnait réellement le choix entre travailler à l’extérieur ou se consacrer à leur foyer, feraient “le bon choix” si vous me permettez cette expression. Mieux vaut faire de bonnes confitures à la maison que de taper à la machine chez un patron. »

A propos de l’image de la femme, Martine Lehideux poursuit : « Ça ne me choque pas du tout de voir un joli mannequin photographié dans un journal pour promouvoir tel ou tel produit. Ce qui me gêne, c’est que d’autres s’étalent à longueur de pages dans certaines revues... De toute façon, il est plus agréable de voir de jolies filles bien dans leur peau que d’assister à un défilé du MLF ! » Sans commentaire !

Un article du National hebdo de juin 1984 consacré à S. Veil déclarait au sujet de la loi sur l’avortement : « D’aucuns s’étonnent même qu'une victime de l’holocauste nazi officialise le génocide des Français à naître. » Rappelons simplement que Le Pen fut condamné il y a quelques années pour éloge du nazisme pour son disque « Chants de croix de la révolution allemande » ! Plus que jamais, le mouvement féministe et le mouvement ouvrier doivent avec force combattre cette idéologie fascisante et leurs représentants au lieu de céder à la banalisation ambiante.

Catherine Rosehill

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Notes

  1. 1. Voir supplément à «Rouge » n°1144 sur l’extrême droite.
  2. 2. Voir article sur Le Pen dans le n°29 des «Cahiers du féminisme », «Vive la famille ? ».

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