La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Éditorial

On ferme !

· Cahiers du féminisme, n° 32, été 1985 · p. 3 · 389 mots

Monsieur Devedjian, maire d’Anthony depuis 1983, est un homme énergique. Il se multiplie, depuis deux ans, pour assurer une saine gestion de sa commune. Il a commencé par une campagne de purification qui a éliminé tous les « rouges » des services municipaux ou para-municipaux. Cet assainissement moral réalisé, son effort s’est porté vers le rétablissement, à moins que ce ne soit le redéploiement, des finances communales. Comme son père en libéralisme, Reagan, il a découvert que tous les maux venaient des dépenses sociales exorbitantes qui créent, dans notre bon peuple, une mentalité d’assistés. Aussi a-t-il fermé quelques colonies de vacances, quelques garderies, après s’être, un petit peu, attaqué au Planning familial local. Le mois dernier, il a annoncé son intention de fermer une crèche mi-hospitalière, mi-communale, qui n’est pas assez rentable. Il est évidemment difficile de dégager du profit avec des enfants de dix-huit mois ; même dans le tiers monde, à cet âge-là, on ne les fait pas travailler. Vingt enfants déjà pris en charge par la crèche et trente autres figurant sur une liste d’attente se retrouveraient sans moyens de garde ; seize personnes seraient licenciées.

Contrairement à ce que pensent des individus intoxiqués par une propagande totalitaire, monsieur Devedjian lutte pour l’emploi. En effet, les futures licenciées sont des femmes, soit de fausses chômeuses qui pourraient redevenir de vraies ménagères ; de même, si les mères des bambins abondonnaient leur emploi, elles dégageraient des postes pour nos braves travailleurs masculins (espérons qu’ils seront Français). Les femmes se livraient enfin, en toute quiétude, à leurs tâches domestiques, « la seule chose quelles savent à qeu près [sic] faire ».

Des esprits chagrins, syndicat du personnel de la crèche, association des parents ont décidé de se mobiliser. Monsieur Devedjan est un incompris. Ce gestionnaire moderne appartient au RPR mais on dit que son cœur penche irrésistiblement vers Le Pen. Pourtant, sur la question des crèches, Chirac ne saurait être accusé de laxisme, lui qui ferme celles de Paris aux enfants de chômeurs et d’étrangers.

Heureusement que le Figaro nous répète tous les jours que la droite est le camp des droits de l’homme et de la défense de l’enfant menacé par les « avorteuses ». Tout seuls, on ne l’aurait pas cru.

Dernière minute : le maire d Antony a décidé de fermer le centre de planification.

Notes

  1. Frédérique Vinteuil 1er mai 1985

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