Trois viols publics en l’espace de quatre mois dans la région parisienne : Fabienne, le 15 mai dernier dans le train de Juvisy-Paris, à midi ; Isabelle, le 1 3 août, sur le quai du RER à la station les Halles, à 18 heures ; Marie-Claude enfin, le 8 septembre sur le boulevard Magenta près de la gare du Nord, à 2 1 heures.
Toutes les trois ont déclaré avoir crié, appelé. Mais personne n’est venu. Dans le cas des viols de Fabienne et d’Isabelle, la police, la presse, bref personne (ou si peu de monde) n’y croyait vraiment : un viol public en plein jour, ce n’est pas possible ! Mais voilà, Marie-Claude, elle, a eu le bras cassé. Alors, le doute n’est plus possible : des femmes ont pu être violées devant témoins. Marie-Claude a entendu clairement quelqu’un déclarer en passant : « C’est dégueulasse ce qu’ils lui font ! », sans que personne n’intervienne.
Faut-il voir là l’indice d’une recrudescence des viols, et d’une aggravation des agressions sexuelles contre les femmes ? Nous ne pouvons le savoir aujourd’hui.
Certains peuvent être tentés de banaliser ces crimes en les rangeant dans la catégorie des violences inévitables engendrées par la crise. Pour nous, il n’en est pas question : le viol est l’expression d’un rapport de domination et d’une volonté de négation des femmes en tant que sujets libres.
Alors, que faire ? Dans ces conditions, chacune de nous prend ses petites précautions : on hésite moins à prendre un taxi, ou à demander à une copine ou à un copain de nous déposer juste à l’entrée de notre domicile, etc.
Mais cela ne suffit pas, on le sent bien, à combattre le viol et la peur du viol. C’est pourquoi le mouvement féministe a décidé de réagir une nouvelle fois : d’abord par un rassemblement devant le 156, boulevard Magenta, lieu du viol de Marie-Claude, pour manifester tout à la fois notre solidarité avec les femmes violées mais aussi pour inciter les femmes à reprendre contact avec le mouvement des femmes.
En outre, une vingtaine d’associations (parmi lesquelles la Maison des femmes de Paris, le Planning familial, le mouvement Jeunes Femmes, la Ligue du droit des femmes) se sont constituées en collectif de solidarité contre le viol.
Depuis quelques années, la mode n’est plus au militantisme féministe. Pourtant, les quelques progrès obtenus par les femmes dans cette société ne l’ont été que grâce à leurs luttes, à leur solidarité, à leur action collective. Alors, plus que jamais aujourd’hui, remettons à l’ordre du jour ce très beau mot d’ordre du mouvement féministe : Quand tu entends une femme crier, ne la laisse pas seule, solidarité !
Collectif contre le viol, contact et renseignements :
O Maison des femmes, 8, cité Prost, 7501 1 Paris. * 43 48 24 91.
O Planning familial, 4, square Saint-Irénée, 75011 Paris. * 48 07 29 10.