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PMI Seine Saint-Denis : Des professionnelles pour la petite enfance

· Cahiers du féminisme, n° 37, automne 1986 · p. 19-21 · 2 278 mots

Entretien avec Emmanuelle Piet, Jacqueline de Chambrun.

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Le département de la Seine-Saint-Denis a beaucoup fait pour le développement de l’accueil de la petite enfance : création de places en crèches, formation des personnels, formation des assistantes maternelles pour en faire de véritables professionnelles... Nous avons rencontré Jacqueline de Chambrun, médecin-chef départemental de la PMI', et Emmanuelle Piet, médecin de PMI elle aussi.

♦ Quelle est la situation pour la petite enfance dans le département du 93?

Avant de parler de la question des équipements de la petite enfance, je voudrais souligner que le service de PMI de Seine-Saint-Denis s’est beaucoup occupé des femmes et que le problème des équipements pour la petite enfance nous semble ne pas pouvoir être isolé d’une situation d’ensemble. Situation de chômage où les femmes sont en priorité expulsées du monde du travail et qui, par conséquent, ont tout le « loisir », éventuellement, de s’occuper de leurs enfants. Si la crèche collective nous a paru à une certaine période, et nous paraît toujours, comme un milieu d’accueil privilégié de l’enfant, il faut constater que ce qui paraît intéressant à la plupart des mères — en dehors de quelques-unes bien informées — c’est la relative solidarité du point de vue du paiement, c’est-à-dire un barème de participation familiale en fonction des revenus. Si on veut avoir le sens des réalités, on ne peut privilégier la crèche collective car ce n’est pas demain qu’il y aura le nombre de places suffisant pour accueillir tous les enfants ! Nous avons donc décidé de nous occuper des assistantes maternelles, ce sont des femmes, et notre objectif est d’en faire des professionnelles et non des pseudo-substituts maternels ou des femmes de ménage au rabais.

♦ A ce propos, il paraît que vous menez une expérience depuis trois ans...

En fait, nous ne faisons qu’appliquer des règlements qui disent que la formation des assistantes maternelles est du domaine du conseil général et du service de PMI. Nous proposons une formation de 190 heures, c’est 60

Nourrice sauvage. Nourrice agréée

heures selon leur statut. Nous avons tenu à ce que cette formation ne soit pas du genre « comment s’occuper » de bébé, mais une formation qui leur permette de se rencontrer, de se connaître, de réaliser qu’elles sont des travailleuses. Il a été proposé par exemple une connaissance plus approfondie de la situation des femmes, et cela en collaboration avec le Planning familial et des conseillères conjugales.

Cela nous a fait connaître une classe de femmes populaires qu’on avait un peu imaginées comme étant des « bo-bonnes sans éducation », et qui ont fait surgir à l’occasion des réunions de formation toute la richesse de leur culture, leur soif d’apprentissage, leur désir de connaître. Elles ont découvert à cette occasion qu’elles pouvaient être des doubles esclaves, esclaves de la cocotte minute et de la table à repasser, esclaves substitutifs de moyens qui ne sont pas donnés pour la garde des enfants. Nous avons suscité la création d’une association d’assistantes maternelles de Seine-Saint-Denis, qui est rattachée à l’Union fédérative des assistantes maternelles. Nous avons aussi mis à la disposition des parents et des assistantes maternelles un modèle de contrat libre, écrit, ce qui fait que les engagements de part et d’autre sont précisés. Cela a permis à deux assistantes maternelles de gagner en prud’homme et à un parent de gagner en prud’homme contre son assistante maternelle. Tout cela se dit certainement dans le département et nous pensons que le nombre de nourrices au noir a diminué.

♦ Quel est le nombre d’assistantes maternelles dans le département ?

Il y a 4 430 assistantes maternelles, ce qui représente 8 860 places, soit 52 % des places d’accueil offertes dans le département.

♦ Qu’en est-il des autres modes d’accueil ?

En Seine-Saint-Denis, il y a 58 crèches à gestion départementale, qui représentent 3 325 places, 5 1 crèches à gestion municipale avec 2 931 places, 12 crèches hospitalières, d’entreprise... qui ont 687 places. Il y a aussi 18 crèches familiales avec 1 134 places. Enfin, une crèche parentale fonc-

O) O tionne a Montreuil et une autre va peut-être s'ouvrir sur la commune de Clichy-sous-Bois. Le taux d’activité des femmes âgées de vingt a quarante-neuf ans est en moyenne de 72 % dans le département. Pour 1 000 femmes actives, il est proposé 80 places de mode d’accueil. Sur ces 80 places, 32,5 le sont en creche collective, 5,3 en creche familiale, 41,4 par une assistante maternelle.

♦ Quel est le rôle de la PMI vis-à-vis des modes d’accueil de la petite enfance ?

La PMI s'occupe des assistantes maternelles, de leur agrément, de leur suivi, et de leur formation, comme nous l’avons vu. En ce qui concerne les crèches collectives ou familiales, elles sont à gestion départementale ou municipale. La PMI intervient pour les agréments des etablissements, le contrôle médical, la formation des personnels.

♦ Pouvez-vous nous parler des crèches ? Quelle est la qualification du personnel ?

Dans le département, tout le personnel a une qualification (bien que ce ne soit pas obligatoire dans les textes) : puéricultrice, éducatrice de jeunes enfants, auxiliaire de puériculture, cuisinière ou lingère titulaires d'un CAP, et quelques élèves titulaires du brevet d'étude préparatoire aux carrières sanitaires et sociales, à qui nous faisons passer l’examen d’auxiliaire de puériculture.

♦ Pouvez-vous nous parler de la formation des personnels de crèche ?

Beaucoup d’attention est accordée à la formation dans notre département. En dehors de la formation qui est faite pour la promotion professionnelle, nous avons mis sur pied une formation dite iniramuros , qui est faite a partir de nos possibilités et des désirs du personnel. C’est une sensibilisation à un certain nombre de thèmes comme la psychologie de l’enfant, l’eveil à la musique... Cette formation est confiée à des psychologues qui font appel à des intervenants extérieurs : par exemple, un astrophysicien pour un thème sur le jeu, une visite au Musée de l’homme avec un conservateur pour un thème sur les civilisations et l’histoire. Notre prétention par cette formation est de faire de ces femmes qui sont auprès des enfants des professionnelles « différentes ». Cela est fondamental, car l’univers de la crèche est très fermé, les femmes qui y travaillent sont toute la journée auprès des enfants et elles ont des contacts limités avec les parents. La formation iniramuros leur permet de se retrouver entre professionnelles, sans enfant, et de pouvoir parler de leurs difficultés. Il y a eu par exemple un grand nombre de formations sur les enfants difficiles. Cela leur permet de comparer ce qui se passe dans différents établissements du département.

Ces formations sont très suivies. c’est huit jours à s'« aérer » et c’est très important. Cette « formation-oxygène » concourt aussi au mieux-être des enfants, car il passe beaucoup par le mieux-être du personnel.

♦ Quelles sont les conditions de travail en crèche ?

Le travail en crèche est difficile. Nous avons fait une étude pour comparer l’absentéisme du personnel de crèche et celui des femmes OS de la métallurgie. On le trouve comparable pour trois raisons : le travail est relativement posté — crèches ouvertes en principe douze heures —, personnel jeune du fait de l’extension progressive des crèches, et qualification peu importante.

Nous avons essayé de tenir compte de ces trois items pour améliorer les conditions de travail en demandant des volantes supplémentaires, en organisant des formations y compris pour les lingères et cuisinières qui ont pu être reçues à des CAP d’employés de collectivité, en essayant que dans les crèches existe une salle du personnel.

♦ Comment fonctionnent les crèches du département, de manière classique, ou y a-t-il des expériences de fonctionnement différent ?

Les crèches du département fonctionnent comme elles veulent. Mais il n’y en a pratiquement plus qui fonctionnent de manière classique, par exemple, le fonctionnement en sections « petits », « moyens », « grands v est en général abandonné. Les changements sont impulsés par le département, mais pas imposés à la crèche. C’est essentiellement par les formations que le personnel est sensibilisé aux changements.

♦ De quel milieu sont les familles qui mettent leurs enfants en crèche collective ?

Ce sont plutôt les professions « intellectuelles » qui fréquentent les crèches. Il y a relativement peu d’enfants d’ouvriers. Pour plusieurs raisons : la rigidité des horaires, le manque de confiance pour ce mode d’accueil, le fait qu’il faut s’inscrire très tôt pour espérer obtenir une place en crèche.

Les familles d’ouvriers ont plutôt recours aux assistantes maternelles. Si cela se passe bien avec une assistante maternelle, tout va vraiment très bien. D’autant plus que les assistantes maternelles peuvent, dans certains centres de PMI, confier les enfants à une halte-jeux avec des éducatrices de jeunes enfants. Il y en a huit actuellement dans le département.

♦ Allez-vous développer ces halte-jeux ?

Oui, car elles nous semblent vraiment répondre à un besoin. Nous avons fait une étude à partir du recensement de 1982. Elle a montré que la Seine-Saint-Denis manquait de formules de type halte-garderie, halte-jeux ; et cela pour répondre à la demande de femmes qui travaillent à mi-temps, à temps partiel.

♦ Et les crèches familiales ?

Elles se développent dans le département : il y en a dix-huit actuellement. Mais le problème est qu’elle sont fermées le samedi, comme les crèches. Donc pour les femmes qui travaillent le samedi dans un commerce, ou celles qui finissent après 20 heures le soir, ce n’est pas une solution.

♦ A plusieurs reprises, vos réponses donnent l’impression d’une préférence pour le mode de garde assistante maternelle...

Pas du tout. Mais les crèches collectives ne doivent pas être un ghetto institutionnel pour intellectuels... Dans les milieux populaires, le choix ne va pas toujours à la crèche collective, loin de là. Il faut donc donner la place à tous les modes de garde.

Le nombre de crèches dans le département dont nous avons déjà parlé, le fait que les crèches collectives représentent le tiers des places offertes pour l’accueil de la petite enfance montrent que la Seine-Saint-Denis a fait beaucoup d’efforts pour le développement des crèches collectives.

♦ Pouvez-vous nous présenter les autres activités de la PMI de Seine-Saint-Denis ?

Le service de PMI est doublé du service de planification familiale ou service de contraception. Nous nous occupons donc de toutes les femmes, adolescentes, femmes sans enfant, femme enceintes, mères. Nous sommes à leur disposition dans 80 centres pour les femmes et dans 1 1 6 centres pour les mères accompagnées de leurs enfants. Et cela pour les problèmes de santé, de prévention, de conseil. L’accueil est réalisé par des équipes pluridisciplinaires, c’est-à-dire qu’un centre de PMI, comme un centre de planification, ne sont pas uniquement un cabinet médical. Le médecin y travaille au service de la population avec une puéricultrice, une sage-femme, des conseillères conjugales, des auxiliaires de puériculture. Ces centres assurent bien entendu des consultations médicales, soit de pédiatrie, soit de gynécologie, mais sont ouverts bien souvent en dehors des consultations pour accueillir les femmes, leurs enfants (ou bien les enfants seuls en halte-jeux) pour qu’elles puissent se rencontrer, parler... Notre objectif est que ces centres deviennent des centres de quartier. Des visites sont faites aussi à domicile par des sages-femmes, des puéricultrices.

♦ Et la planification familiale ?

L’originalité de la Seine-Saint-Denis est d’avoir signé au titre de l’éducation sanitaire et sociale une convention avec le Planning familial en 1971 (en fait, nous avons commencé à travailler ensemble dès 1969).

En Seine-Saint-Denis, sont concentrés un neuvième des centres de planification de toute la France. Dans ces centres se trouvent des gynécologues, des conseillères conjugales, et des membres du personnel de la consultation du centre de PMI qui suivent des stages de sensibilisation et de formation sur la sexualité — le plus souvent, organisés par le Planning familial.

Nous organisons entre autres des « mercredis jeunes » : 12 000 jeunes de moins de dix-huit ans sont venus dans nos centres de planification l’an dernier.

♦ La Seine-Saint-Denis est un département où vivent beaucoup d’immigrés. Comment en tenez-vous compte ?

Nous avons signé une convention de travail avec Intermigrants. Il y a possibilité dans les centres de consultation de faire appel à des interprètes. Le rôle d’intermigrants n'est pas seulement celui de la traduction, il est aussi de sensibiliser le personnel, d'expliquer les différentes cultures, ce qui permet de mieux comprendre les réactions des personnes concernées. Les centres de PMI pour les populations étrangères sont un lieu où elles sont reconnues, où elles sont bien, où elles peuvent rester en dehors des heures de consultation. Nous encourageons le fait que les centres de PMI organisent des après-midi thé, des après-midi « bouffe algérienne, malienne », etc. où les femmes peuvent se retrouver.

♦ Comment voyez-vous l’avenir, en particulier, dans le cadre de la décentralisation ?

En ce qui concerne les PMI, nous sommes dans le flou le plus total. Dans le cadre de la décentralisation en cours, la loi sur la répartition des compétences ne mentionne pas l’obligation du service de PMI. La seule obligation est d’assurer les consultations infantiles et les visites à domicile. Pour le reste, le département pourrait décider de le supprimer. D’autre part, jusqu’ici, les conseils généraux subventionnaient les PMI par l’intermédiaire des DDASS. Ils étaient remboursés uniformément par l’Etat à 84 % des dépenses engagées. Les PMI disposaient ainsi d’une sorte d’assurance financière. A l’avenir, les assemblées départementales vont recevoir de l’Etat une enveloppe globale pour des chapitres aussi différents que le sport ou l’enfance et décideront de la répartition. Tout dépendra pour chaque département de la politique de l’enfance que l’on privilégiera. Sur le plan électoral, l’inauguration d’un stade de foot continue toujours à faire plus de bruit que celle d’une crèche...

Propos recueillis par Françoise Vial

Une formation professionelle pour ça !!?

Notes

  1. 1. PMI : Protection maternelle et infantile.

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