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Du côté des associations
Depuis quelques années, divers mouvements ont fait apparaître sur le devant de la scène la « cause des pères », largement aidés en cela par la plupart des médias. Ils n ’ont cependant pas le monopole de la réflexion sur la question du divorce et de la garde des enfants : de plus en plus d’associations se préoccupent aujoud’hui de ces problèmes.
Nous avons voulu présenter ici un aperçu des points de vue en présence sans prétendre bien sûr à l’exhaustivité.
La Fédération syndicale des familles monoparentales
Pour commencer notre enquête, il nous a semblé intéressant de rencontrer la Fédération syndicale des familles monoparentales1, car cette association a joué un rôle pionnier dans la lutte pour la reconnaissance des droits des mères élevant seules leurs enfants (qu’elles soient veuves, divorcées, célibataires ou séparées). C’est en 1967 que les commissions « Femmes chefs de famille » de la CSF ont pris leur autonomie et créé la Fédération du même nom, à une époque où la législation n’admettait pas qu’une femme puisse être chef de famille : ce n’est qu’en 1970 que la notion d’« autorité parentale » a remplacé dans la loi celle de « puissance paternelle », et en 1975 seulement que le Code de la famille a reconnu comme famille « toute personne physique ayant charge d’enfants ».
Pour prendre en compte l’évolution de la législation, qui depuis a supprimé le terme « chef de famille », et pour pouvoir accueillir des pères élevant seuls leurs enfants, la fédération a changé d’intitulé en 1981 et pris son nom actuel (mais les hommes s’y comptent par unités). Ses effectifs varient entre deux et trois mille, dont 40 % de divorcées et 42 % de veuves. Ses activités combinent à la fois un rôle d’information, de réflexion, et d’intervention auprès des pouvoirs publics.
Si son action motrice au départ fut d’imposer la reconnaissance d’un statut de parent seul, elle se bat aujourd’hui sur toutes les questions touchant la vie des parents seuls (la fiscalité, l’allocation de parent isolé, le droit au logement, à l’emploi, à la formation), et également contre les violences faites aux femmes et contre toute discrimination hommes/femmes.
Sur les problèmes de garde des enfants, lors des divorces, la Fédération part de l’idée que « l’intérêt » de l’enfant doit primer et qu’il a besoin de ses deux parents : « Lorsque les parents recherchent tous les deux l’intérêt de l’enfant, ils n’ont pas besoin de loi et s’entendent entre eux. C’est seulement lorsque cette entente n’existe pas que la loi prend toute son importance. La Fédération est d’accord avec le concept de “responsabilité parentale". C’est la raison pour laquelle elle demande aux parents séparés de faire le maximum pour conserver le dialogue avec l’autre parent sur les décisions à prendre à propos des enfants. Mais nous ne croyons pas en une loi pour “forcer” ce dialogue1. »
Elle n’est donc ni pour ni contre la garde conjointe, et se dit très réservée sur la garde alternée, car elle estime que ces systèmes de garde sont très difficiles à mettre en place et demandent une grande entente entre les parents, à un moment où ils sont souvent en conflit. Mais elle est nettement contre une loi qui imposerait ces types de garde.
La Fédération syndicale des familles monoparentales a clairement pris position contre les enlèvements d’enfants et apporté son soutien à la mère d’Amandine (voir plus loin) ainsi qu’aux femmes dont les enfants ont été enlevés par leur père en Algérie.
Solidarité femmes entre elles
Nous avons ensuite rencontré Hélène Jimenez, Odette Brun et Hedda Jullien, qui avec quelques autres assurent tous les mercredis, à la Maison des femmes de Paris, une permanence Solidarité femmes entre elles3. Cette initiative n’a jamais bénéficié du même battage médiatique que les associations de pères divorcés. Pourtant, depuis quatre ans, la permanence a vu défiler pas mal de femmes, venues d’horizons très divers : certaines ont connu son existence par les CIDF, d’autres par les mairies, les renseignements des PTT... « Ce n’est pas une “permanence divorce”, non, mais il se trouve que huit fois sur dix au moins, les femes viennent nous voir pour un problème de divorce, raconte Hedda : pour avoir des conseils et des informations, ou parce quelles éprouvent le besoin de parler de leurs problèmes personnels avec d’autres femmes. Nous avons été confrontées à des situations très diverses, mais c’est la question des enfants qui revient le plus souvent. Toute cette expérience a beaucoup enrichi notre réflexion sur le divorce et la garde des enfants. » Toutes les trois sont également très réticentes sur les systèmes de garde alternée ou de garde conjointe :
Tiré de la revue Actes n°16
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SOS-Enlèvements d’enfants
Amandine enlevée avec violence
« C’est très bien quand les parents n’ont pas de relation passionnelle et qu’ils pensent avant tout à l’intérêt de l’enfant, explique Odette. Dans ce cas, il n’y a même pas besoin de loi... Mais quand il faut l’imposer par la loi, c’est que le couple ne s ’entend pas, et alors il y a toutes les chances pour que cela ne marche pas. Dans les cas de garde conjointe, par exemple, toutes les décisions importantes doivent être prises en commun ; si les parents ne s’entendent pas, tout peut être prétexte à conflit, car où commencent les ‘décisions importantes” ? C’est pourquoi nous pensons que si la loi peut prévoir la notion d’autorité parentale partagée dans un certain nombre de cas, il en est d’autres pour lesquels il est indispensable que la garde à l’un ou à l’autre des parents subsiste. »
« C’est-à-dire, ajoute Hélène, que nous sommes pour le maintien d’un cadre juridique minimum, qui protège un tant soit peu les femmes. Car il ne faut pas oublier que nous ne sommes pas dans une société où femmes et hommes sont à égalité. Les hommes ont plus souvent les moyens juridiques, financiers, légaux, de l’emporter. Comme dans tous les domaines, les femmes doivent en faire dix fois plus ! » Et pour illustrer ces propos, elle évoque l’histoire de Claude C., cette femme divorcée qui est venue les voir à la permanence, un soir de décembre 1982, complètement désespérée : « Ses enfants avaient été enlevés par leur père, elle était sans nouvelle d’eux depuis six mois. Elle avait épuisé toutes les possibilités : police, justice, ministères... En vain. Les décisions de justice qui avaient été rendues en sa faveur n ’étaient jamais appliquées. Elle s’était rendue compte qu’en fait, derrière cet enlèvement, il y avait le Mouvement de la condition paternelle (MCP), un mouvement de pères très bien organisé. Face à cette solidarité masculine très forte et efficace, qui entourait le père, elle recherchait la solidarité des femmes. Nous avons mis en place un comité de soutien à Claude, et c’est en partie grâce à nos actions et à nos démarches que son cas a pu se résoudre, au bout d’un an... Par la suite, d’autre femmes nous ont contactées pour des cas d’enlèvement. De là est née l’association SOS-Enlèvements d’enfants 4. »
Claudine Carel est l’une de ces femmes : elle a contacté le Collectif de solidarité à Claude C. à la suite de l’enlèvement de sa fille Amandine, en décembre 1984. Elle nous a raconté comment s’est constituée l’association 5 : « Nous nous sommes retrouvées quelques femmes confrontées au même problème, l’enlèvement de notre enfant par le père. Au début, nous pensions que nous étions chacune un cas particulier. Mais ensuite nous eu connaissance d’autres cas, et nous nous sommes aperçues que derrière ces enlèvements, il y avait toujours le MCP : c ’est lui qui organise les rapts, qui fournit les planques, le soutien financier, etc. ‘‘L’intérêt de l’enfant” n’entre vraiment pas du tout en ligne de compte là-dedans, malgré leurs beaux discours sur ‘‘la mort du patriarcat et l’arrivée des nouveaux pères”! Ces actions montrent bien ce qu’est réellement le MCP : une réponse à la “prétention” des femmes d’exister à part entière. Mais comme ses dirigeants sont issus de la gauche, ils ne peuvent pas le dire aussi ouvertement, ils n 'osent pas afficher publiquement leur haine des femmes : d’où ce double discours. »
En fait, explique Claudine, les dirigeants du MCP se gardent bien de pratiquer eux-mêmes les enlèvements, mais ils manipulent les pères qui viennent les voir : « Nous avons constaté, en confrontant nos problèmes, que les pères kidnappeurs avaient tous le même profil: des hommes instables, souvent sans travail, ayant eu pour la plupart une enfance malheureuse, et pour qui le couple représentait une certaine sécurité affective et sociale. En perdant leur couple, ils perdent ce qui soutenait leur identité. Les responsables du MCP utilisent ces hommes, ils les poussent à enlever leurs enfants afin de faire la démonstration de leurs théories : “C’est la loi actuelle qui est responsable de ces drames, il faut donc changer la loi. ” »
L’association SOS-Enlèvements d’enfants est créée en octobre 1985 : « Par notre action, précise Claudine, nous voulons mettre en lumière la gravité de l’enlèvement pour l’enfant, montrer qu’il s’agit d’un délit très important: à l’heure actuelle ce n’est souvent pas reconnu comme tel par les instances judiciaires. Le père est recherché simplement pour “non-présentation d’enfant", c’est-à-dire que la justice se place uniquement du point de vue de la négation du droit du parent gardien, de son droit de “propriété” bafoué par cet enlèvement : mais elle ne se place pas du tout du point de vue de l’enfant lui-même, de la violence qui lui est ainsi faite ! Et ion s ’aperçoit que bien souvent tout n’est pas mis en œuvre pour retrouver ces enfants... » L’association SOS ne se considère pas comme une machine de guerre d’un des parents contre l’autre. Elle n’a pas de position tranchée sur le problème de la garde, estimant seulement qu’aucun problème de ce type ne peut justifier un enlèvement.
L’une des priorités de l’association est de dénoncer le rôle du MCP dans ces enlèvements, de dévoiler son vrai visage, pour l’empêcher de continuer à nuire 6. Pour Claudine, les choses ont un peu avancé sur ce plan : « Grâce à notre action, les ministères et les autorités se sont rendus compte de la réalité des problèmes, et de l’action du MCP et de son réseau clandestin. Mais pour ce qui est de la recherche des enfants, les choses avancent hélas beaucoup moins vite ! »
Amandine, la fille de Claudine, était réapparue après six mois de clandestinité. En février 1986, elle a de nouveau été enlevée par son père. Depuis, Claudine est sans nouvelle... On ignore également ce qu’est devenue Delphine de Hédouville, enlevée il y a cinq ans...
Le Mouvement pour l’égalité parentale
Nous voulions, pour terminer ce rapide tour d’horizon, présenter le point de vue des associations qui défendent les pères divorcés. Mais on comprendra, après ce qui vient d’être dit plus haut, qu’il n’était pas question pour nous d’aller discuter avec une organisation comme le MCP ! Le Mouvement pour l’égalité parentale (MEP) 7 , issu d’une scission du MCP, nous a semblé plus modéré ; sa pratique en tout cas n’a rien à voir avec celle des organisateurs de kidnappings. Nous nous sommes donc rendues à l’une de leurs permanences, un lundi soir.
Nos interlocuteurs nous ont tout de suite fait remarquer qu’une des raisons de la création du MEP, c’était la volonté de se démarquer de la dimension strictement « masculine » et « paternelle » des autres mouvements, et que le MEP se voulait, lui, « parental », s’adressant aussi bien aux pères et aux mères : « D’ailleurs, notre présidente est une femme, et il y a plusieurs femmes dans notre association », ajouta l’un d’eux. Mais à en juger par les lettres reçues à la permanence ou par leur journal, c’est quand même bien la dimension masculine qui domine... En tout cas, ce soir-là, nous étions les seules femmes présentes.
Nous avons d’abord assisté en silence à la permanence ; écouté les hommes qui étaient venus là pour parler de leurs problèmes, exposer leur cas ; écouté les réponses données par les militants du MEP : renseignements d’ordre juridique, conseils pratiques, etc. Tout cela, nous a-t-il semblé, avec beaucoup de modération : nous n’avons pas senti là d’esprit « revanchard », nous n’avons pas eu l’impression qu’on cherchait à attiser les ressentiments (ce que nous craignions un peu à l’avance, d’après ce que nous avions entendu dire, de divers côtés, au sujet des permanences du MCP).
Les militants du MEP nous ont ensuite exposé les positions de leur mouvement : celui-ci se veut très légaliste, et son action est essentiellement tournée vers les pouvoirs publics : propositions de modifications de la législation, lettres aux parlementaires, audiences à la Chancellerie, rencontres avec les organismes sociaux, etc. Le point de départ de leur réflexion, expliquent-ils, c’est que « l’enfant a droit à ses deux parents », et que « même en cas de divorce, il faut trouver les moyens pour que les enfants restent le plus proche possible de chacun de leurs parents : or, la garde exclusive à l’un des parents aboutit à la perte de l’autre parent ».
Leur objectif est donc d’obtenir des réformes législatives qui rééquilibrent l’autorité parentale : « Il faudrait que la loi favorise l’accord des parents et non l’inverse. » Cela signifie-t-il que la loi doit imposer la garde conjointe, comme le réclame le mouvement Condition masculine par exemple? La réponse est plus nuancée : « Nous ne sommes plus aujourd’hui pour la garde conjointe systématique. Mais il faudrait que les magistrats la proposent systématiquement aux parents, qu’ils essaient chaque fois d’obtenir leur accord ; ce que font déjà certains juges, mais c’est une toute petite minorité. »
Tout cela peut sembler très séduisant, mais nous laisse quand même un peu sceptiques : une loi peut-elle suffire à résoudre les conflits de la séparation ? Les problèmes de la garde des enfants relèvent-ils seulement du domaine juridique ?
Nous leur faisons également remarquer que si 85 % des enfants sont confiés à leur mère lors des divorces, la loi et les juges chargés de l’appliquer ne sont peut-être pas les seuls responsables de cette situation ; que celle-ci est peut-être aussi et surtout le reflet d’une société où ce sont encore les mères qui s’occupent principalement de leurs enfants. Et nous ajoutons qu’il nous paraît curieux qu’on puisse parler d’égalité parentale sans au moins évoquer ce problème.
Notre remarque suscite un intérêt poli, sans plus : l’égalité dans la prise en charge des enfants avant le divorce, ce n’est visiblement pas la préoccupation de ce mouvement qui affirme lutter pour « l’égalité parentale »... Mais nous n’étions pas au bout de nos surprises. Nous en arrivons à la question des enlèvements d’enfants. Le MEP, nous explique-t-on, désapprouve ces actes et a pris publiquement position là-dessus. Dont acte. Mais il met exactement sur le même plan les « violences illégales », comme le rapt d’un enfant, et ce qu’il appelle les « violences légalisées », par exemple « la violence de la loi qui attribue à l’un et enlève à l’autre », ou « la violence des pesanteurs sociales qui assassine l’amour paternel et pardonne inconditionnellement à l’amour maternel ». Cela nous semble bien éloigné de ce souci de « l’intérêt de l’enfant » que nos interlocuteurs mettaient en avant tout à l’heure...
Propos recueillis par A.-M. Granger, S. Jersey et F. Vial
Notes
- 1. Fédération syndicale des familles monoparentales, 53, me Riquet, 75019 Paris, tél. 42 41 33 99. La fédération est rattachée à la Confédération syndicale des familles (CSF).
- 2. Parents seuls, femmes chefs de famille (journal de la fédération) n° 78, 2 'trimestre 1986.
- 3. Permanence Solidarité femmes entre elles, Maison des femmes, 8, cité Prost, 75011 Paris, tél. 43 48 24 91.
- 4. Pour plus de précisions sur cette partie, voir le dossier publié dans Paris féministe n° 34, novembre 1986 (en vente à la Maison des femmes).
- 5. Association SOS-Enlèvements d’enfants, c/° Maison des femmes, 8, cité Prost, 75011 Paris.
- 6. L’association organise tous les quinze jours, le lundi à 19 heures, un rassemblement devant la permanence du MCP, 144, avenue Daumesnil, 75012 Paris.
- 7. Mouvement pour l’égalité parentale, 8, me de Berne, 75017 Paris.