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Cahiers du féminisme, n° 39, printemps 1987 · p. 21-22 · 1 009 mots

Le RU 486 bientôt en vente ?

IVG : de nouveau des procès

En avril 1982, le Pr Beaulieu rendait publics les résultats spectaculaires et prometteurs de ses recherches sur le « RU 486 », une anti progestérone qui devait permettre une contraception « à la demande ». A l’époque, les médias, sous la pression des laboratoires Roussel -Uclaf, avaient annoncé la commercialisation de cette « pilule-miracle » pour 1984. C’est avec beaucoup d’in-tèrèt et en même temps une certaine circonspection que le Planning familial et toutes les féministes avaient suivi la mise au point de ce nouveau produit dont le principe d’action est particulièrement ingénieux : cette antihormone bloque, trompe le récepteur cellulaire de la progestérone, hormone qui intervient dans la deuxième phase du cycle menstruel. En arrêtant ainsi pendant quelques heures l’action de la progestérone, on peut interrompre sans problème un cycle menstruel, donc provoquer les règles et, si nécessaire, interrompre une grossesse de manière précoce. Les avantages de cette antiprogestérone par rapport à la pilule traditionnelle qui bloque l’ovulation étaient évidents : pas besoin d’absorber quotidiennement trois semaines par mois des hormones dont les effets secondaires, notamment vasculaires, ne sont pas négligeables. L’action de ce produit est locale et ne perturbe pas l’ensemble du métabolisme. La prise de ce médicament entre le 26e et le 27e jour, qu’il y ait eu ou non fécondation, devait provoquer l’arrivée des règles. L’ère nouvelle de la contraception ponctuelle était annoncée. Par ailleurs, le RU 486 devait permettre une interruption précoce de grossesse entre six et huit semaines d’aménorrhée en évitant le traumatisme de l’avortement par aspiration à l’hôpital, etc.

Cinq ans ont passé, et c’est seulement au printemps 1987, d’après le Monde du 21 janvier, que la demande d’autorisation de mise sur le marché du RU 486 sera faite au ministère de la Santé. Et encore, rien n’est sûr d’après les responsables du laboratoire Roussel-Uclaf qui laissent entendre que des pressions seraient exercées par des associations telle Laissez-les vivre qui veulent s’opposer à la « banalisation » de l’avortement. C’est vraisemblable...

Ce qui est moins clair en revanche, ce sont les raisons qui poussent les dirigeants de Roussel-Uclaf à restreindre l’indication du RU 486 à « l’interruption de grossesse avant le 41e jour d’aménorrhée », c’est-à-dire, treize jours au plus. Est-ce pour des raisons médicales uniquement : le RU 486 ne serait efficace que dans 90 % des cas environ.

Il ne pourrait être délivré que sur ordonnance et utilisé sous surveillance médicale stricte à cause des saignements abondants qu’il peut provoquer, paraît-il. Mais pourquoi n’est-il pas prévu que le RU 486 puisse être utilisé à la place des contraceptifs traditionnels ? La réponse du Monde est un peu courte. D’après Franck Nouchi, l’utilisation chaque mois de ce produit ne serait pas « recommandable ». « Cette méthode de contraception ne serait ni efficace à coup sûr ni, surtout, dénuée d’effets secondaires indésirables ». Peut-être, mais lesquels ? Et la pilule ? Elle non plus n’est pas parfaite. Les femmes qui ont dû subir les campagnes d’intox sur « la pilule qui donne le cancer et rend définitivement stérile » sont en droit d’exiger plus d’informations. Dans une période où les pressions natalistes et moralisantes s’accentuent du côté du pouvoir, tout doit être suspect. En premier lieu le prix de commercialisation : plusieurs centaines de francs certainement, d’après le Monde.

La mise en vente du RU 486 est déjà l’enjeu de conflits commerciaux à l’échelle mondiale (il risque de concurrencer très sérieusement la pilule contraceptive par exemple). Il pourrait de fait rendre caduques toutes les législations restrictives sur l’avortement.

Pour leur santé et leur liberté, les femmes doivent se mêler de cette affaire. Le Planning familial ne pourrait-il prendre l’initiative d’une campagne qui permette d’obtenir toutes les informations sur ce nouveau produit qui, sans présenter les vertus miraculeuses qu’on voulait lui prêter au départ, n’en est pas moins un produit particulièrement intéressant pour les femmes.

A Metz, deux militantes du Planning familial sont inculpées de « provocation et publicité à l’avortement » pour avoir donné l’adresse d’une clinique anglaise à une jeune femme enceinte de plus de dix semaines, qui avait donc dépassé le délai légal pour une IVG en France.

A Lyon, l’Union départementale des associations familiales (UDAF) a déposé plainte et se porte partie civile contre l’association départementale du Planning pour « publicité directe ou indirecte donnée aux lieux pratiquant des avortements ».

Cette double attaque manifeste clairement la volonté d’offensive des forces réactionnaires : depuis près de trente ans que le MFPF milite pour l’avortement libre et gratuit, c’est la première fois qu’il est inculpé ! Et à travers ce procès, c’est un acquis fondamental des femmes, le droit de disposer librement de leur corps, aui est aujourd’hui menacé.

Cela confirme, s’il en était encore besoin, que sur ce terrain comme ailleurs, la vigilance reste plus que jamais nécessaire. Certes, le gouvernement a dû reculer, en décembre dernier, sur la question du remboursement de 1TVG, utilisant la procédure du vote bloqué pour empêcher les députés de la majorité de voter, avec le Front national, la suppression de ce remboursement : au moment où des centaines de milliers d’étudiants et de lycéens manifestaient dans les rues, Chirac ne voulait pas prendre le risque de voir se lever une nouvelle vague de contestation massive. Mais cela ne signifie pas que la menace ait totalement disparu : l’heure n’est pas à la démobilisation, l’unité qui s’est réalisée en décembre doit donc se maintenir.

Dans l’immédiat, face à l’offensive qui se développe contre lui, le MFPF doit pouvoir compter sur le soutien le plus large et le plus massif. Dans plusieurs villes déjà, des comités de soutien se sont constitués. Des pétitions circulent, des médecins se déclarent solidaires et demandent à être co-inculpés, des organisations syndicales prennent position... Toutes ces manifestations de soutien doivent se poursuivre et s’amplifier, afin d’obtenir la levée totale de l’inculpation des deux militantes de Metz. Mouvement français pour le Planning familial : 4, square Sainte-Irénée, 75011 Paris. Tél : 48 07 29 10.

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