Entrevue avec M. F. Goulin présidente de Vassociation en lutte pour des crèches collectives parisienne pour la crèche collective
• Dans quelles circonstances et sur quelle plate-forme s’est créé l’association parisienne des parents de crèche ?
— L’association s’est formée après la publication de la circulaire Veil (5-11-1 97 5). Depuis, nous nous battons pour l’abrogation de cette circuwaire, qui n’a d’ailleurs pas été votée par le Parlement, et contre les textes d’application. Notamment nous luttons contres les mesures dues à la délibération du 18-8-1977 du Conseil de Paris.
• Pouvez-pous nous parler des objectifs de cette circulaire ?
— Elle entre dans le cadre de la politique de rentabilisation des services publics qui consiste à faire payer par les consommateurs des services qui leurs sont dûs. Elle fait aussi partie d’une politique nationale concernant l’enfance et qui peut se résumer en un mot : la sélection. Contrairement à ce que l’on peut croire, le fichage commence dès la petite enfance : le carnet de santé contient toute une série de questions concernant le comportement de l’enfant, la vie familiale, le travail de la mère. Par les mesures qu’elle préconise, la circulaire vise à limiter la fréquentation des crèches et à en faire non pas des üeux d’éveil mais des garderies.
Prenons quelques exemples : la circulaire dit : « les qualifications des personnels devra comprendre à l’avenir
50 96 d’auxiliaires de puéricultrice... » C’est d’une déqualification massive dont il s'agit puisqu’actuellement 100 96 du personnel doit être qualifié. Ceci se double d’une offensive contre les crèches collectives .-développement des crèches familiales et aussi la création de mini-crèches. Celles-ci, préconisées par l’Hôtel de Ville de Paris, consistent à aménager, dans les ensembles, deux logements de cinq pièces. Elles recevraient de 1 0 à 15 enfants et il n’est pas exclu qu’une partie du personnel soit composée de mères bénévoles. Ce sont véritablement des crèches au rabais : pas d’aménagements, pas de grands espaces, pas de jardins, et, en plus, c’est aussi cher que les crèches.
Actuellement, les inscriptions s’ef- fectuent dans les crèches mêmes. Or, Chirac tente de mettre en place des bureaux d’inscription dans les mairies et ces bureaux d’inscription enverraient les e fants autoritairement soit en crèche familiale, soit en crèche collective. Nous, comme beaucoup de parents, nous pensons que le cadre de la crèche collective est nécessaire au développement des enfants : elle permet l’éveil, la communication et l’émulation dans le langage, l’apprentissage du corps et de sa situation dans l’espace. Par exemple, déjà dans les crèches du XIXe, la « gymnastique » du nourrisson est pratiquée par le personnel. Bien sûr, il faut encore améliorer le système des crèches collectives, mais nous luttpns pour, au minimum, maintenir les acquis.
• Quels sont les autres problèmes ?
— D’abord, il y a le problème des listes d’attente. Il faut inscrire les enfants dès que la mère est enceinte. Les parents d’enfants déjà nés ne les inscrivent pas : ils savent qu’ils pourront y accéder. Dans le XIXe qui est un des arrondissements les mieux lotis puisqu’il existe une dizaine de crèches, les listes d’attente comptent entre 1 50 et 300 enfants.
Un autre problème, c’est le prix de la journée. Il y a deux ans, le prix maximum qui était d’ailleurs appliqué à peu de personnes, était de 29 F par jour. Maintenant, il est de 37 F. Plus de 50 % des parents paient plus de 29 F. Pour un salaire à peine supérieur à 2 400 F, on paie le maximum. Et alors que les parents ne payaient que les journées où leur enfant fréquentait la crèche, la circulaire prétend mensualiser les paiements. Cela signifie que, à moins que les parents aient un certificat médical ou un justificatif, de l’employeur, de congé réglementaire, ils devront payer aussi les journées d'absentéisme de leurs enfants. C’est scandaleux. A part les enfants d’nsei-gnants qui ont droit aux congés scolaires, les enfants de moins de trois ans n’ont droit qu’à un mois de congé, comme leur parents ! Plus question que les enfants partent avec leurs grands-parents comme ils le font parfois.
• Comment ces mesures sont -elles appliquées ?
— Chaque département applique la circulaire à sa façon. A Paris, les mesures autoritaires ont ctmmencé à s'appliquer après l’élection de Chirac mais surtout dans les crèches privées. Celles-ci sont contrôlées par la PMI car elles reçoivent des crédits publics. Mais elles sont toutes déficitaires : une journée de crèche, publique ou privée, coûte aux environs de 90 à 1 00 F par enfant. Dans les crèches publiques, municipales, l’application se fait difificilement car les directrices, en général opposées à ces mesures, freinent. Mais, la PMI va établir un contrôle plus strict sur celles-ci. Grâce à la mobilisation des parents, on a réussi à obtenir de l’Hôtel de Ville et de la PMI un assouplissement mais l’essentiel du texte est maintenu.
• Quelles sont les actions effectuées par l’association et quels sont les liens que vous avez avec les syndicats des personnels de crèches ?
— Nous avons le soutien des syndicats CGT et CFDT des personnels de la préfecture. Quant à nos actions, il faut dire que mobiliser les parents est très difficile. Ne serait-ce que l’âge des enfants qui implique une présence constante et peut empêcher les parents d’aller aux réunions le soir, mais aussi les horaires mobiles des crèches qui empêchent les parents de se rencontrer souvent. Nous faisons donc circuler des pétitions : en une dizaine de jours, sur 22 crèches, nous avons obtenu 600 signatures. Nous organisons des manifestations. Dès 1975, nous avons manifesté devant le ministère de la Santé (ministère de tutelle). Le 7 mai 1977, à l’appel de l’association, 200 personnes ont manifesté devant l’Hôtél de Ville. Début février, nous avons été reçus par Lafay au nom de Chirac. La période électorale y est pour quelque chose, mais cela démontre qu’ils commencent à craindre l’association ! Ils en ont reconnu l'existence, mais si nous avons obtenu le droit d’affichage dans les crèches c’est uniquement dans le local à landaus et les réunions ainsi que les distributions de tracts à l’intérieur sont toujours interdites. Quoi qu’il en soit, notre association prend du poids : à l’assemblée générale parisienne du 4 février, 35 crèches étaient représentées.
Notes
- Propos recueillis par Simone Hamelin.
- Mars 1978