La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

L’aventure de la presse féministe

· Cahiers du féminisme, n° 41-42, automne 1987 · p. 22-25 · 3 502 mots

Les temps sont durs pour les journaux, revues ou bulletins issus du mouvement féministe ou nés dans sa mouvance. Comment vivent-ils ? Quels sont leurs projets ? Pour faire notre petite enquête, nous avons rencontré Françoise Collin pour les « Cahiers du GRIF », Odette Brun et Bernadette Laurent de « Paris féministe », Christiane Jouve et Evelyne Auvraud de « Lesbia » et contacté Christine Delphy 1 de « Nouvelles Questions féministes ». Elles ont toutes répondu chaleureusement à nos questions.

Notre reportage ne prétend pas à l’exhaustivité ; il ne tient pas compte en particulier de la province. Alors, vous qui nous lisez, vous pouvez toujours nous écrire pour nous aider à compléter notre tour d’horizon.

L'année de toutes les revues

Femmes algériennes en lutte, Des femmes en mouvement, Questions féministes, la Revue d en face, Histoire d’elles, tous ces nouveaux titres de la presse féministes apparus entre mars 1977 et janvier 1978 , nous laissent rêveuses aujourd’hui, d’autant qu’ils venaient s’ajouter à d’autres comme Choisir ou L’information des femmes. N’oublions pas non plus les journaux féministes qui naissent alors dans de nombreuses villes de province ou ce nouveau mensuel féminin à forte tonalité féministe lancé par des hommes d’affaires avisés : F. Magazine. La floraison de tous ces titres témoigne de la grande vitalité du mouvement féministe de l’époque, même si les premiers signes d’essoufflement se font déjà sentir. En 1977, la première 3 revue féministe francophone existe déjà depuis quatre ans. Il s’agit des Cahiers du GRIF 4 dont Françoise Collin évoque la naissance en Belgique: « En 1972, au retour d’un voyage aux Etats-Unis où j’avais été frappée par la dynamique et la diversité des expressions du féminisme, il m’a paru nécessaire de rompre avec la répétition infinie de discussions qui s ’enlisaient alors dans le débat marxisme/ féminisme, pour passer à la réalisation

L'indépendance amoureuse

collective. Faire une revue, c’était à la fois penser et agir ensemble.

« Les débuts ont été enthousiasmants mais difficiles. Nous n’avions ni expérience d’imprimerie et d’édition ni argent. Mais le succès de notre premier numéro : « Le féminisme, pourquoi faire ? », tant à Bruxelles qu’à Paris, a été tel qu’il nous a donné l’envie et la possibilité financière de continuer. Nous ne pressentions pas que nous continuerions pendant quinze ans... Notre travail était bénévole. Une petite subvention du ministère de la Culture belge, obtenue par miracle, a permis d'assurer notre fond de roulement. « Chacun de nos numéros était élaboré à partir de réunions très largement ouvertes où se mêlaient des femmes de toutes origines et de tous âges et où nous récoltions témoignages et réflexions que nous complétions d'analyses. Nous voulions — non sans quelque utopie mais cela a été efficace — que de la confrontation des femmes elles-mêmes et de leur expérience naisse la formulation de leurs problèmes. Ainsi avons nous centré nos numéros (qui depuis le début ont toujours été « à thème » ) sur le corps, le travail, le travail ménager, la sécurité sociale, la maternité, la violence etc. Notre réflexion s ’est donc d’abord élaborée dans le vif de notre vie et de celle des femmes. Elle n ’a pas été, à la différence de certaines autres, liée à un milieu ou à une génération déterminée. Cette spécificité des Cahiers du GRIF tient sans doute à la date de leur fondation — 1973, une époque où le féminisme était porteur de valeurs collectives et imposait le lien théorie/pratique (que le développement des « recherches féministes » a dénoué).— et au fait qu’ils se sont d’emblée situés de manière transnationale sinon internationale. »

Si la plupart des revues apparaissent en France en 1977, ce n’est pas un hasard ; une échéance politique importante se profile alors à l’horizon, celle des élections législatives de mars 1978. Au milieu des discours, de la démagogie et dans la perspective d’un changement politique en mars, les féministes ressentent de manière intense le besoin de faire des bilans, de clarifier leurs objectifs et leurs analyses.

C’est le sens que prend le lancement de Questions féministes, revue « théorique féministe radicale ». Avec cette publication, les féministes radicales veulent contribuer à l’élaboration d’une « science féministe » qui porte un regard critique sur les sciences humaines en particulier et soit capable « d’expliquer les causes et le fonctionnement, le pourquoi et le comment de l’oppression des femmes en général ou d’un de ses aspects particuliers ». Cela nécessite selon elles une critique systématique de tout discours fondé sur « l’évidence naturaliste », tel celui développé par Psychanalyse et politique 5 par exemple, au nom du « droit à la différence » et en même temps la remise en cause des analyses du courant « féministe lutte de classes », incapable à leurs yeux de rendre compte des bases matérielles de l’oppression patriarcale et des intérêts de classes opposés des hommes et des femmes 6.

Une revue « théorique », cela ne signifie pas pour elles « hermétique » ni coupée d’une réflexion sur les questions de stratégie et de tactique du mouvement féministe. Tels sont les buts « diversifiés » que se fixe Questions féministes dans son numéro 1 en novembre 1977. Les objectifs des Cahiers du féminisme sont tout aussi ambitieux à l’origine mais ce qui nous semble alors prioritaire, c’est un travail de clarification politique. Quels rapports peut-il exister entre la lutte des femmes contre leur oppression et la lutte des classes ? Peut-on défendre l’autonomie du mouvement de libération des femmes et préconiser en même temps des « alliances conflictuelles » avec le mouvement ouvrier? Le mouvement féministe était très divisé sur ce point. Aider à la compréhension de « l’importance stratégique » d’une jonction entre le mouvement féministe et le mouvement ouvrier, telle était la préoccupation principale de l’équipe des Cahiers du féminisme à ses débuts.

Le temps des interrogations

L’échec de la gauche en mars 1978 en France, l’accentuation de la division au sein du mouvernent ouvrier, le recul des luttes sociales se répercuteront au sein même du mouvement féministe. Et malgré le succès remarquable des grandes manifestations d’octobre et novembre 1979, l’heure n’est plus aux rendez-vous des foules féministes, sauf en cas de « coups durs ».

Malgré tout, certaines revues naissent encore en 1979 : c’est le cas par exemple de Femmes en mouvement hebdo ou d 'Elles voient rouge ou encore de Mignonnes, allons voir sous la rose 1 . Pour toutes, il faudra néanmoins se confronter aux

Des femmes en mouvements

problèmes financiers et de diffusion mais aussi de définition. Les Cahiers du G RI F s’interrompent pendant deux ans et demi, puis redémarrent sur une nouvelle formule : « Entre 1973, date de nos débuts et 1981, date de notre reprise, le contexte socio-politique et le contexte féministe avaient changé. Les grands enthousiasmes s ’étaient épuisés ; la réflexion avait progressé. Nous avons choisi de concentrer nos énergies sur le contenu de la revue et d’en confier désormais la fabrication et la diffusion aux éditions Tierce. Nos premiers numéros avaient balayé les grandes problématiques féministes. Nous devions désormais les approfondir, tout en élargissant le champ de nos intérêts. Avec une partie de l’ancienne équipe et de nouvelles venues, nous avons donc repris un travail collectif autour d’un projet commun. Le féminisme est pour nous un travail politique au sens large, c’est-à-dire un travail de transformation des structures mais aussi des manières d’être, de penser et de parler. Le politique n ’est pas pour nous l’application d’une idéologie préalable, ni même d’une théorie formulée en termes systématiques et dogmatiques mais un agir et une pensée en proie à l’événement. Il faut toujours guetter l’avenir dans les signes du présent. Il s’agit toujours pour nous non pas d’imposer un idéal du féminin ou de la société féminine mais de faire émerger les femmes comme sujets, sujets de leur propre histoire (individuelle et collective) et sujets de l’histoire. Et cette émergence doit se faire partout où sont les femmes : le milieu de travail, la vie privée, les syndicats, la vie publique, la pensée, la création...

« D’où aussi notre intérêt pour ce que nous avons nommé dans un récent numéro des Cahiers "la transmission", c’est-à-dire le souci de voir assumer par les représentantes des nouvelles générations, dans leurs termes et les formes qui les concernent, le projet féministe. Souci qui se concrétise dans le renouvellement et l’élargissement de notre équipe. Notre travail est donc pluriel et transdisciplinaire. En fonction de l'intérêt de celles qui prennent en charge un numéro, en recourant à des collaboratrices « extérieures » ou non, celui-ci peut mettre en valeur ou faire connaître l’œuvre littéraire, cinématographique ou philosophique d'une femme (Gertrude Stein, Hanna Arendt, Ingeborg Bachmann, Jutta Bruckner), faire l’étude d’une grève comme celle de Beckaert-Cokerill (« la Mise à nu »), analyser les enjeux de situations économiques ou scientifiques nouvelles (« Nouvelle Pauvreté-Nouvelle Société », « Tu enfanteras dans l’éprouvette » ), opérer une réflexion interne sur le féminisme (« D’amour et de raison ») ou étudier la différence des sexes dans les sociétés traditionnelles (« l’Africaine »)...

L’essor des recherches féministes

« Nous sommes en ce sens, une revue de recherche féministe. Mais nous n ’assimilons pas pour autant la puissance novatrice d’une pensée à ses formes, voire à ses tics, universitaires.

« Nous souhaitons faire écho et susciter la réflexion de femmes aussi nombreuses que possible et être lues le plus largement possible sans pour autant abdiquer par démagogie de ce que nous estimons vérité. C’est un pari difficile qui est le nôtre.

« Notre structure de fonctionnement est assez complexe : à Paris, où la revue est éditée, une équipe de recherche et de travail ; à Bruxelles, une autre équipe, dans un local comportant une bibliothèque, un embryon de vidéothèque, un programme de cours et séminaires et un service téléphonique d’agenda des femmes (Ello). A quoi s’ajoutent les colloques internationaux. Nos moyens sont toujours limités, extrêmement limités et nos conditions de travail difficiles, aggravées par la crise et le chômage.

« Faute de temps et d’énergies, nos rapports avec les autres revues, journaux ou groupes restent occasionnels. Les Cahiers du féminisme nous donnent aujourd'hui l’occasion d'affirmer une solidarité restée trop souvent implicite. Nous fêterons, quant à nous, notre quinzième anniversaire en 1988. Il sera marqué par la publication d’une anthologie de nos textes et par un ou deux colloques. Si tout va bien, ce que nous espérons. »

La période difficile pour Questions féministes se situe en juin 1980, l’équipe de rédaction se divise : les unes rejoignent le « front des lesbiennes radicales » pour qui toute femme hétérosexuelle est « collabo », les autres, en désaccord complet avec cette orientation qui divise les femmes, lancent en mars 1981, une nouvelle revue Nouvelles questions féministes pour poursuivre le travail de réflexion théorique et politique du féminisme radical 8.

De l’été 1980 à mars 1981, les Cahiers du féminisme interrompent eux aussi leur parution, pour discuter de leur avenir 9. L’équipe de rédaction a le sentiment en effet d’assister à un processus de marginalisation de la revue et de ne pas être comprise par une partie de la Ligue. Le débat au sein de la LCR redonnera une nouvelle légitimité aux Cahiers du féminisme et permettra ainsi un nouveau démarrage de la revue 10. Avec l’arrivée de la gauche au gouvernement, les luttes sociales ne connaissent pas de nouveaux développements, bien au contraire. Le mouvement féministe lui-même n’élargit pas ses forces militantes. En revanche, le champ de la recherche va échapper pendant quelque temps à la morosité ambiante. Sous la pression des féministes, le Centre national de la recherche scientifique, le ministère de la Recherche, celui des Droits de la femme également vont reconnaître l’importance des études féminines et féministes. Cela se traduira notamment par l’ouverture de certains programmes de recherche, le soutien au colloque de Toulouse en décembre 1982 et des subventions à certaines revues comme NQF. En 1981, Christine Delphy, tout en soulignant l’intérêt du développement des études féministes sur le plan institutionnel soulignait le danger qu’il y aurait à leur isolement « du mouvement politique qui les suscite et les alimente. » N’est-ce pas précisément ce qui s’est produit avec NQF 1 1 , ces dernières années ? C. Delphy s’en explique : « C’est un peu vrai mais ceci ne relève pas d’un changement d’orientation de notre part mais plutôt de la perte de vitalité du mouvement féministe lui-même. Notre projet est toujours de faire le lien dans

NQF entre les études féministes et une politique féministe radicale. »

Cahiers du féminisme

« Paris féministe »

Loin des lancements publicitaires, deux nouvelles publications ont vu le jour à Paris, après 1981. Il s’agit de Paris féministe et de Lesbia, deux publications dont les projets sont fort différents. Odette Brun nous rappelle les débuts de Paris féministe 12 : « Cela a commencé en mars 1983. Au départ Paris féministe s'appelait Bulletin d’information et le liaison de la Maison des femmes de Paris. Il a été créé par Bronwyn Winter qui était permanente à la Maison des femmes et Geneviève Prost. Toutes deux étaient persuadées qu’un journal donnerait beaucoup de vie à la Maison des femmes, permettrait de faire connaître ses activités à l'extérieur et d’attirer de nouvelles femmes. Au début peu de femmes et de groupes de la Maison des femmes s’intéressaient à ce bulletin. Néanmoins, il sortait régulièrement tous les quinze jours ou trois semaines, devenant bientôt le seul moyen d’information entre les femmes au fur et à mesure que disparaissaient les journaux féministes et les "Répondeuses” 13 . A ce moment là, il y eut un grand débat à la Maison des femmes pour savoir s’il fallait continuer une petite revue comme cela, sans prétention, fabriquée de manière artisanale, diffusée de manière militante auprès des féministes qui s ’abonnent ou passent à la Maison des femmes ou s’il fallait faire un journal beaucoup plus ambitieux qui s’adresse à un public plus large. La majorité des femmes a considéré que nous n’avions ni les moyens matériels ni les forces militantes pour nous lancer dans un tel projet. Une petite équipe de femmes toujours volontaires, plus ou moins restreinte, avec des rotations, a réussi à assurer la parution de Paris féministe dans un double but : d’une part assurer l’information sur ce qui se passe (réunions, séminaires, livres, sur l’actualité en France et si possible à l’étranger, sur les mouvements féministes dans le monde), d’autre part — et cet objectif est plus récent — stimuler la réflexion des femmes. Nous avions aussi dans l’idée que Paris féministe pourrait être un lieu d’expression écrite pour les femmes. Dans le collectif, chacune d’entre nous s ’est mise à écrire, surmontant sa peur de l’écriture. » Il n’y a pas de censure au niveau des articles mais « nous ne passons pas d’articles écrits par des hommes », précise Bernadette ; « nous ne publions pas non plus d’articles antiféministes ou qui contiendraient des attaques personnelles », ajoute Odette. Pour les dossiers « nous souhaiterions en faire davantage, nous explique Odette, mais c’est quasiment impossible vu notre rythme de parution quinzomadaire. Il nous arrive aussi « d’emprunter » des textes rédigés par des groupes de travail de la Maison des femmes ; ce fut le cas pour le dossier viol ou celui sur les nouvelles techniques de reproduction » Bernadette insiste : « C’est une question de disponibilité; notre collectif comprend cinq ou six femmes ; nous participons toutes à la fabrication de A à Z et nous sommes toutes engagées dans les activités de la Maison des femmes. Nous nous réunissons tous les vendredis soirs. Une semaine la réunion est consacrée au collectif de rédaction, l’autre semaine à la fabrication ; ronéotypage, aggrafage, etc. On tire notre bulletin à 450 exemplaires et on l’envoie à 170 abonnées. » Odette reprend alors : « C’est un travail énorme, très intéressant, qui occupe à la fois la tête et les mains mais c’est usant. » Si elles continuent malgré tout, c’est en raison de « l’entente remarquable » qui existe entre ces femmes de générations différentes, venues aussi d’horizons très divers. C’est Bernadette qui nous parle de cette dimension de leur collectif « qui fonctionne au consensus ». Odette conclut notre entretien en rappelant les petits mots qu’elles reçoivent au moment des réabonnements du style « continuez on a besoin de vous » et elle ajoute : « C’est bien ce qui nous motive : préserver le seul lien qui existe entre les femmes. »

Paris féministe

« Lesbia »

Lesbia ,14 comme son nom l’indique, est un mensuel lesbien dont le premier numéro est paru en décembre 1982 : Christiane Jouve, directrice de publication nous explique comment s’est formée l’équipe ; « aucune d’entre nous n'était une professionnelle de la presse, nous n’avions aucune expérience. Mais cela nous a tout de suite passionnées ; c ’était une aventure, au moins la première année. » Elles sont ving-cinq environ, toutes bénévoles. Parmi elles, une majorité d’enseignantes ou de salariées proches de l’enseignement (documentalistes, bibliothécaires, etc.). Qu’est-ce qui les a rassemblées ? « La plupart de celles qui ont constitué l’équipe de Lesbia n’avaient jamais milité dans des mouvements homosexuels, encore moins lesbiens. Nous n ’allions presque jamais dans le “ milieu ” commercial (nous avions souvent milité ailleurs, dans des syndicats ou des mouvements humanitaires, quelques-unes un peu dans le mouvement des femmes mais pas dans le mouvement spécifique homo). Nous venions là, à Lesbia, avec notre moi profond : on était lesbiennes et on sentait le besoin d’une structure qui rompe à la foi s avec le commercial et avec les structures militantes. Nous venions de notre trou et nous voulions nous adresser à celles qui étaient encore dans leur trou. » Christiane nous précise ensuite leur projet de départ : « Un mensuel par et pour toutes

Lesbia

Le temps des femmes

les lesbiennes, notre slogan : " nous irons partout parce que les lesbiennes sont partout", c’est-à-dire que pour nous il n’y a pas d’exclusives : on s ’adresse à toutes les lesbiennes. » Lesbia ne se veut pas une revue militante mais l’équipe a néanmoins participé à la manifestation gay de mars dernier contre Pasqua et la censure. « A toutes les manifs, nous apparaissons avec notre banderole en tant qu ’organe de presse ; aussi bien dans les manifs de femmes auxquelles on a participé que dans les manifs gays, puisqu’on est partie prenante de ces deux combats. Dans le journal, nous avons d’ailleurs une rubrique intitulée "Mouvements ’’. » Christiane Jouve nous expose ensuite leurs principaux thèmes de réflexion : « On tend de plus en plus à se souder autour de quelques idées, essentiellement des idées concernant le inode de vie : cela fait longtemps par exemple que nous parlons du concubinage homo : nous voulons qu’il soit totalement reconnu (dans les administrations, pour les impôts, la Sécurité sociale, etc.) au même titre que le concubinage hétéro. Nous sommes également pour que l’insémination artificielle soit accessible à toute femme célibataire (je dis bien "célibataire" et non "à toute femme lesbienne”). Parmi les autres thèmes très présents dans la revue, citons encore la question des enfants : en cas de divorce, les lesbiennes n’ont guère de chance d’obtenir le droit de garde. C’est de même impossible pour un ou une homo d’adopter un enfant en France. Sur le SIDA nous avons fait un dossier là-dessus mais relativement tard : comme les trois quarts des lesbiennes, on ne se sentait pas concernées et c’était une erreur qu’on a comprise plus tard. En fait cette question nous touche tout autant, ne serait-ce que parce que dans l’esprit des gens, "homosexuels” cela veut dire aussi bien hommes que femmes. Et puis c ’était notre devoir de défendre une communauté qui était vraiment attaquée dans ses modes de vie. »

Question diffusion et finances, Christiane Jouve nous laisse béates d’admiration : « Au début, Lesbia n’avait qu'une douzaine de pages par mois et un tirage de 500 exemplaires; aujourd’hui nous tirons à 7 000 avec le projet d’atteindre 10 000 exemplaires à la fin de l’année. L essentiel est diffusé en kiosques par les NMPP ; financièrement cela marche car à côté de la vente du mensuel, il y a aussi les fêtes qu'on organise chaque mois et également, depuis deux ans le service "Evasion” (c’est-à-dire l’organisation pour les lesbiennes de séjours de loisir,

Elles voient rouge

l’hiver ou l’été). » Pour résumer la fonction de Lesbia, elle nous déclare : « Aujourd’hui on peut être féministe la tête haute mais pas encore lesbienne la tête haute ! Et tant qu’on ne le sera pas, notre journal aura une raison d’exister ! »

Pour toutes ces revues comme pour la nôtre, sortir régulièrement relève du tour de force. Que toutes trouvent suffisamment de ressort pour exister, voire se développer d’ici la prochaine vague de luttes féministes, ne nous est pas du tout indifférent. Nous ne pouvons que souhaiter la poursuite des échanges amorcés entre nous, à l’occasion de notre fête.

Anne-Marie Granger Josette Desbois

Penelope

Notes

  1. Les femmes dans les sciences de l'homme
  2. 1. Christine Delphy étant en déplacement, nous n’avons pu avoir qu’un bref entretien téléphonique.
  3. 2. Liliane Kandel, «l’Explosion de la presse féministe » in le Débat n° 1 (mai
  4. 1980).
  5. 3. Le premier journal féministe en France fut le Torchon brûle en 1971.
  6. 4. Cahiers du GRIF, 29, rue Blanche, 1050 Bruxelles ou 3, cité d’Angoulême, 75011 Paris
  7. 5. Courant à l’origine des éditions Des Femmes.
  8. 6. Pour le débat avec les féministes radicales, cf. Critique communiste n° 4 (décembre 1975-janvier 1976).
  9. 7. Respectivement revues du courant Psychanalyse et politique, des militantes féministes du PCF et de celles du PS.
  10. 8. NQF n° 2, mars 1981.
  11. 9. In Cahiers du féminisme n° 15 (mars-avril
  12. 1981).
  13. 10. Pour un bilan global des Cahiers du féminisme aujourd’hui, cf. l’introduction à la partie «Archives ».
  14. 1 1. NQF 34, rue du Ponceau, 75002 Paris.
  15. 12. Paris féministe 8 rue cité Prost 7501 1 Paris.
  16. 13. Service de répondeur automatique qui signalait à toute heure les activités du mouvement des femmes.
  17. 14. Lesbia BP 539, 75529 Paris CEDEX 1 1

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