Camp européen de jeunes
Deux cent cinquante jeunes femmes ont participé au camp de jeunes européen, organisé par les organisations de jeunesse en solidarité avec la IVe Internationale, qui s’est tenu à Brioude cet été.
Les thèmes féministes étaient largement présents dans le camp qui a duré sept jours : une journée a été entièrement consacrée à ce thème, et chaque jour a vu au moins une des commissions de débat traiter d’un thème comme les femmes et la politique, ou les femmes et le socialisme. En outre, un espace femmes fournissait un lieu de rencontre quotidien.
La journée femmes a commencé avec un forum sur la situation et l’activité des jeunes femmes en Europe aujourd’hui, avec la participation de jeunes camarades de l’Etat espagnol et de la France. L’après-midi, les commissions, animées par les camarades des différents pays, ont discuté plusieurs thèmes : la famille, les femmes et le tiers monde, la lutte pour l’avortement et les femmes au travail. La sexualité et les violences faites aux femmes ont été discutées en commissions non mixtes.
La journée s’est terminée avec une fête femmes non mixte — ce qui n’a pas manqué de provoquer un débat assez vif dans plusieurs délégations. Mais les femmes se sont bien amusées entre elles.
A noter pour les « vieilles », nos jeunes copines semblent quand même mieux intégrées dans leurs organisations. Avec 40 % de la participation au camp, 50 % de la direction, la place des femmes et le féminisme sont toujours des questions actuelles !
La IVe et le féminisme
Pour la première fois, les femmes de la IV' Internationale ont eu l’opportunité de se rencontrer et de discuter des questions du féminisme lors d’un stage consacré à ce thème.
Ce stage, en majorité européen mais avec la participation de deux Japonaises, nous a permis d’approfondir nos débats sur quelques questions clés aujourd’hui comme la signification pour les femmes des nouvelles techniques de reproduction ou l’évolution de la famille et son rapport au travail salarié des femmes, ou encore les violences faites aux femmes.
Le stage s’est terminé par un débat plus général sur notre orientation aujourd’hui dans une situation où le mouvement féministe est beaucoup moins organisé que dans le passé et sur les moyens par lesquels nous pouvons contribuer à changer cette situation.
Quarante femmes de presque tous les pays d’Europe qui discutent et vivent ensemble pendant quatre jours : toutes étaient d’accord pour dire que c’était une occasion formidable.
Morte de honte
Les traditions vont bon train dans la Chine prude où, affirme le mensuel China Bridges, des fonctionnaires zélés de la province du Yunnan sont allés jusqu’à infliger à des jeunes femmes des amendes de 50 yuans (90 FF) si leurs examens prémaritaux révélaient quelles n ’étaient plus vierges. Cette mesure aurait « poussé de nombreuses femmes au suicide ». D’autres auraient été vendues comme prostituées. Dans une localité du centre de la Chine, des jeunes fdles en slip, un prix inscrit sur le dos, sont parfois exposées sur la place du marché, rapportait en juillet le magazine Wenzhai.
(Lu dans Libération du 14 septembre 1988.)
Mansouria libérée
En mai dernier, Mansouria Harrat, une jeune étudiante de Toulouse, avait trouvé refuge à la Maison des femmes d’Albi pour échapper à sa famille qui voulait l’expédier en Algérie et l’y marier de force.
C’est là que son frère, ayant trouvé sa trace, est venu l’enlever le 5 juin. Elle est restée séquestrée plusieurs semaines à Mosta-ganem, en Algérie, où sa famille avait organisé son mariage.
Grâce à l’action de plusieurs associations, dont la Maison des femmes d’Albi et le comité de soutien à Mansouria, elle a pu être libérée, le 10 août, et son mariage a été annulé en Algérie même.
L’association Femmes sous lois musulmanes, membre du comité de soutien, pose dans une lettre une série de questions au sujet de cet enlèvement :
{...) Au-delà de ce succès qui, nous l’espérons, inspirera à d’autres jeunes femmes le courage de se défendre... nous voulons attirer votre attention sur un fait important : la justice française a refusé de se mêler de cette affaire d’une part et, d’autre part, d’importantes associations nationales et internationales, ainsi que des personnalités connues pour leur souci des droits de la personne humaine nous ont refusé leur aide.
Les arguments que les uns et les autres ont invoqués pour ne pas s’occuper d’une affaire particulièrement claire nous ont paru inquiétants : « C’est une affaire privée », « c’est une affaire entre Algériens », « c’est une affaire intérieure à l'Algérie et nous ne devons pas nous y immiscer ».
L’analyse de ces arguments montre que :
1. C’est parce que l’affaire concerne une femme qu'elle devient « privée » donc négligeable.
2. C’est parce que cela concerne une femme algérienne que le cas devient encore plus négligeable (si un Algérien enlève un autre homme algérien, cela n’est pas qualifié d'« affaire entre Algériens »).
3. Nous condamnons le prétendu respect de la souveraineté algérienne qui dispense de prendre ses responsabilités dans un cas concernant les droits de la personne humaine (...). Il nous semble particulièrement opportun de s ’interroger sur ces formes de racisme et de sexisme qui se couvrent du manteau de la pensée libérale (...).
Nous posons donc la question à la justice française : que doivent donc faire les personnes concernées et les associations dans un cas tel que celui de Mansouria : est-il légal de ne pas « porter assistance à une personne en danger » ? Quelle démarche légale faut-il entreprendre et comment ? Qui est habilité à le faire ?
Compte tenu de la fréquence des cas d’enlèvements et mariages forcés de jeunes filles émigrées, nous demandons à toutes celles et à tous ceux d’entre vous qui nous ont aidées dans ce cas de faire une démarche semblable auprès des autorités judiciaires françaises afin que nous nous trouvions moins démunies pour réagir une prochaine fois.
Nous souhaitons qu’on ne nous dise plus jamais, devant l’appel au secours d’une jeune femme, qu’il n’y a « rien à faire ».
■ Femmes sous lois musulmanes, réseau international de solidarité, 34 980 Combaillaux (Montpellier).