Au Mexique, il y a deux millions d’avortements par an. 65 % des femmes concernées sont mariées, catholiques, et 53 % d’entre elles ont entre vingt-six et quarante ans. 68 % ont un bas niveau d’éducation et 76 % sont privées de ressources économiques. Les deux tiers des chambres de l’Institut mexicain de la sécurité sociale (IMSS) sont occupés par des femmes qui avortent ou qui subissent les conséquences d’un avortement mal pratiqué.
Il y a des milliers de raisons pour lesquelles les Mexicaines recourent à l’avortement comme ultime solution : bien qu’on ait donné ici des pourcentages, il est nécessaire de dire que les chiffres varient parce que le secrétariat même de la Santé manipule les données. Vu le caractère clandestin de la pratique de l’avortement dans notre pays, certaines et certains enquêteurs ne peuvent pas préciser les pourcentages. Cependant ces données même approximatives, nous servent pour dresser un panorama général de la situation de l’avortement dans notre pays. Selon certaines données, 52 % des femmes qui avortent le font parce qu’elles ont déjà un nombre excessif d’enfants, tandis que 27 % y ont recours à cause de la précarité de leur situation économique. Dans le centre chirurgical féminin, situé en Arizona aux Etats-Unis à quelques centaines de kilomètres de la frontière du Mexique, on enregistre chaque année trois cents Mexicaines qui viennent pour avorter pour 225 dollars, sans compter le prix du voyage. Malgré tout, il est difficile d’estimer le chiffre exact parce que ce type de clinique n’établit pas de statistiques par nationalité.
Selon le journal The Christian Science Monitor on estime que chaque année entre un et deux millions de femmes qui ne peuvent pas se payer le voyage aux Etats-Unis avortent illégalement au Mexique et que cent quarante mille d’entre elles meurent des suites d’un avortement mal pratiqué.
On peut écrire et remplir des pages dans les quotidiens à ce sujet, il n’en reste pas moins que l’église catholique et des groupes actifs Pro vida sont opposés à la légalisation de l’avortement au Mexique. Depuis plusieurs années les groupes féministes et le Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT), section mexicaine de la IVe Internationale, ont été présents dans la lutte pour la dépénalisation de l’avortement, pour la maternité volontaire : en 1979 a été présenté un projet de loi à la Chambre des députés par le biais du groupe parlementaire du PCM (à l’époque Partido commu-nista mexicano aujourd’hui disparu ou fusionné et connu comme le PMS, Partido mexicano socialist). Ce projet a été présenté en décembre 1979 et comprend quatre points :
— offrir à toute la population et à tous les niveaux une information et une éducation sexuelle accessible,
— promouvoir des contraceptifs sûrs et bon marché, non seulement pour les femmes mais aussi pour les hommes,
— considérer l’avortement comme un ultime recours qui sera proposé en structure hospitalière comme un service de santé,
— repousser catégoriquement la stérilisation forcée et l’utilisation de l’avortement comme moyen de contrôle de la maternité.
Cette initiative à l’époque a été « gelée » c’est-à-dire que ce projet n’a pas été approuvé. Exactement dix ans après qu’a été présenté ce projet à la Chambre des députés, l’incident des « huit femmes de Haxcoaque » qui ont décidé d’avorter a remis sur le tapis la question de l’avortement. Le 16 mars, à 13 heures, huit femmes sont arrêtées par la Direction de Inteligencia (corps de police illégal) et transportées dans les sous-sols clandestins de la Policia de Proteccion y Viali-dad (PPV) connue sous le nom de Haxcoaque, où elles ont été frappées, torturées psychologiquement et physiquement parce qu’elles ont subi un avortement.
Comme les femmes elles-mêmes, tout le personnel médical fut torturé et incarcéré par la suite. Toutes ces détentions, depuis le début sont illégales, puisque en principe aucun citoyen mexicain ayant commis un délit ne peut être torturé ni séquestré, ni aucun corps de police dans l’organigramme de la police du district fédéral autorisé à faire ce type de détention. La mobilisation des femmes mexicaines, de Rosario Ibara de Piedra et du PRT est parvenu à libérer ces femmes aux cris de « Non à la torture ! » « Liberté ! Liberté ! » et à 20 heures le vendredi 17 mars nous avons pu nous féliciter en nous promettant de poursuivre la lutte pour la dépénalisation de l’avortement.
Le débat reste ouvert, beaucoup d’opinions ont été exprimées dans la presse, la plupart en faveur de la dépénalisation, une minorité contre. Il y a eu des attaques de la part du clergé et des groupes comme Laissez-ies-vivre, Cependant nous, les femmes, nous toutes, nous avons remporté un succès avec la signature massive d’une pétition pour l’avortement par des artistes, des fonctionnaires du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), au pouvoir depuis la révolution de 1911, des militant(e)s de gauche, des chercheuses, des écrivaines, etc. qui ont convergé dans cette exigence actuelle pour la femme mexicaine. Légaliser l’avortement permettra de rendre à la femme le droit de décider pour elle-même : prendre une décision pour cette question où confluent mille facteurs que seule une femme connaît. Les causes qui la poussent à pratiquer un avortement sont graves, puisqu’elles la conduisent à risquer sa propre vie.
Nous vivons dans une société qui est réglée par un Etat laïc ainsi que le disent ses dirigeants, ni l’Eglise ni la droite ne doivent décider sur notre corps. Légiférer sur le respect de l’avortement ne doit pas être laissé entre les mains des machos ni du Klu Klux Klan (Pro vida, Opus déi) : cette décision nous appar; tient nous les femmes mexicaines qui formons une partie de la société. C’est pourquoi nous sommes actuellement engagées dans une campagne nationale pour la dépénalisaîion de l’avortement Rosario Villalobos Raefc