La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Présentation du dossier

«Voir la Révolution avec les yeux des femmes»

Cahiers du féminisme, n° 49, été 1989 · p. 3 · 504 mots

Voilà ce que recommandait déjà Trotsky. Ce sont nos experts en commémoration qui feraient bien de puiser là leur inspiration. Ils n ’auraient peut-être pas oublié ainsi dans leur calendrier officiel la marche des femmes des 5 et 6 octobre 1789, à Versailles, marche très importante pour l’avenir de la Révolution, comme nous le rappelle Dominique Godineau dans son interview. Ils n ’auraient peut-être pas oublié non plus de faire figurer dans leur panthéon au moins une femme comme Olympe de Gouges, par exemple, qui s’est dignement distinguée en rédigeant, en 1791, la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne 1 .

Sans l’action directe du peuple et des foules féminines en particulier, la Révolution n ’aurait pu franchir les étapes décisives qui ont fait passer la France de la royauté absolue à une république reconnaissant, en 1793, le droit au travail et à l’assistance. Pourtant, au cours de cette radicalisation du processus révolutionnaire, les femmes furent sans doute honorées à titre individuel pour leur courage et collectivement en tant que mères de futurs citoyens mais leurs droits politiques ne leur furent jamais reconnus. Ce refus d’accorder le droit de vote aux femmes et l’interdiction de tous leurs clubs en octobre 1793, ne constituent pas un dérapage mineur de la Révolution. C’est déjà une atteinte à l’ensemble du mouvement populaire, n’en déplaise aux spécialistes proches du PC (ci. l’interview d’A. Rosa dans Clarté de mars 1989), pour qui tout va bien ou presque jusqu’à juillet 1794 (Thermidor).

Cependant, analyser les limites de la Révolution vis-à-vis du mouvement populaire, et des femmes en particulier, ne peut nous conduire, comme le font allègrement certaines féministes, à dissocier l’histoire des femmes du processus révolutionnaire lui-même. Les femmes ont toujours été les premières victimes de la contre-révolution au cours de l’histoire. Mais sans cet énorme ébranlement de 1789, les femmes n ’auraient pu devenir cette force sociale active avec laquelle il faut compter et elle n ’auraient probablement rien obtenu.

Pour ce dossier, nous avons bénéficié largement des travaux et des débats très riches du colloque organisé à Toulouse du 12 au 14 avril dernier, qui a rassemblé plusieurs centaines de chercheuses et chercheurs d’Europe et d’ailleurs sur des thèmes très variés portant aussi bien sur l’action des femmes que sur les discours, l’instruction, les arts ou la mode de l’époque, etc. Les objectifs du colloque ont été parfaitement remplis. Il s’agissait pour les organisatrices (Marie-France Brive, Dominique Godineau et Yvonne Kniebiehler) « de compléter, d’enrichir ce qui a été écrit sur la Révolution. Car l’histoire reste infirme tant qu’elle ignore les désirs et l’influence des femmes, y compris des plus humbles, surtout durant ces années où tout un peuple entre en politique. Il s’agit aussi d’interroger la Révolution elle-même, et les notions novatrices qu’elle porte : citoyenneté, liberté, égalité, nation. 2 »

Quant à notre dossier, il n’a aucune prétention de rendre compte du colloque3. Il s’agit plutôt pour nous d’ouvrir un débat que nous poursuivrons dans les prochains numéros des Cahiers du féminisme.

Notes

  1. 1. Cf. le numéro précédent des Cahiers du féminisme.
  2. 2. Article diffusé dans le dossier du colloque.
  3. 3. Les actes du colloque seront publiés prochainement

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