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Compte rendu

Rassemblement de Pantin. Débats au rassemblement du quotidien «Rouge» : Mouvement féministe et mouvement ouvrier

· Cahiers du féminisme, n° 5, juin - juillet - août 1978 · p. 2-9 · 6 930 mots

Débats au rassemblement du quotidier

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Le 27 mai 1978, au rassemblement organisé par « Rouge », à la Porte de Pantin, des militantes du PCF, des militantes du PS, des militantes des Commissions ouvrières espagnoles et des militantes de la IVe Internationale* ont débattu ensemble de la construction du mouvement des femmes et de la bataille féministe au sein du mouvement ouvrier.

* Il s'agissait de militantes de la LCR française et espagnole et d'une militante des GCR italiens.

Nous présentons ici une pertie de is table ronde et des débats qui eurent lieu au rassemblement de « Rouge », sur le thème : « Mouvemetn de femmes et Mouvement ouvrier ».

La table ronde qui ouvrit le débat fut la première confrontation publique de militantes du PCF, du PS, des Commissions ouvrières espagnoles et des militantes de la l>T Internationale tant sur leur conception du mouvement autonome des femmes que sur l'enjeu de la bataille féministe è mener dans l'ensemble des organisations ouvrières.

Cette confrontation, nous la jugeons très importante, parce que toutes les militantes qui ont participé à ce débat (è l'exception de celles de la Ligue trotskyste de France, pour qui l'autonomie du mouvement des femmes n'est rien d'autre qu'un moyen de division de la classe ouvrière entre les mains de la bourgeoisie), ont souligné l'importance du rôle et de l'existence du mouvement autonome des femmes.

Ceci est incontestablement un signe des possibilités, pour l'avenir, de l'élargissement du mouvement et de ses capacités è se transformer en un mouvement révélant, non seulement l'oppression des femmes sous toutes ses formes, mais qui s'avère capable d'organiser leurs luttes è un niveau de masse. Ce qui est apparu aussi clairement, c'est la volonté de toutes les militantes présentes d'œuvrer, au sein même de leurs organisations, à la prise en charge, par l'ensemble du mouvement ouvrier, de la bataille féministe.

Ce qui ne supprime pas les divergences, et des divergences d'importance, notamment entre les militantes des organisations réformistes et celles des organisations révolutionnaires sur la tactique des luttes à mener, sur les perspectives d'ensemble, sur le programme que nous pouvons mettre en avant.

De notre point de vue, les affirmations de certaines camarades du PC et du PS, quant au type de luttes à mener dans le mouvement des femmes, entrent en contradiction avec la politique de collaboration de classes que développent leurs partis. Nous mettrons tout en œuvre pour permettre cette confrontation, sans que cela nuise à l'unité d'action du mouvement des femmes.

Nous regrettons d'avoir été la seule organisation d'extrême gauche è accepter cette confrontation, les militantes de l'OCT et du PSU que nous avions invités (et que nous retrouvons au sein du mouvement des femmes) ne sont pas venues !

Nous voulons également souligner que nous avons largement développé le point de vue des militantes françaises, non que nous sous-estimions l'importance de l'expérience des camarades espagnoles — dont vous pourrez lire l'interview qu'elles nous ont accordées è l'issue du forum (pages 10 è 12) et où elles reprennent l'essentiel de leurs interventions — et des camarades italiennes — auxquelles nous avons consacré deux articles dans le n° 3 des « Cahiers du féminisme — ; mais nous avons voulu retranscrire les points essentiels des débats.

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Josette Trat, (militante de la LCR)

Le mouvement des femmes tel qu’il est apparu sur le plan international, à la fin des années soixante, a des potentialités subversives plus importantes que celles des mouvements féministes antérieurs.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’évolution du capitalisme lui-même s’est accompagnée de la reconnaissance de certains droits pour les femmes, sur le plan politique (droit de vote), sur le plan juridique, sur le plan de l’éducation. De plus, la découverte des contraceptifs a permis aux femmes d’envisager de dissocier procréation et sexualité.

La reconnaissance de ces droits par la bourgeoisie permet de comprendre pourquoi les courants féministes bourgeois ont un impact bien moins important qu’ils n’en ont eu à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe siècle, et pourquoi le mouvement des femmes prétend aujourd’hui aller au-delà de l’égalité formelle.

Le mouvement des femmes tel qu’il s’est développé récemment s’est aussi constitué en rejetant la tutelle bureaucratique qu’impliquaient les rapports entre partis et mouvements de masse dans la tradition stalinienne.

Modifier concrètement la situation des femmes : la mutation du mouvement...

Mais pour que le mouvement des femmes puisse non seulement dénoncer l’oppression mais aboutir à une modification concrète de la situation des femmes, particulièrement les plus exploitées, à une transformation réelle de la société, il doit subir une mutation profonde.

Le mouvement des femmes doit devenir un véritable mouvement de masse implanté parmi les femmes travailleuses et capable d'impulser des luttes de masse très importantes sur les différents terrains de l’oppression (question de l’emploi, des enfants, de la sexualité, des violences). En disant cela nous ne voulons pas faire de l’ouvriérisme et nous ne « méprisons » par les origines intellectuelles du mouvement mais nous voulons insister sur le fait que les femmes travailleuses (ménagères ou/et salariées), qui n’ont pas d’argent, pas de promotion sociale en vue, sont encore plus intéressées à des luttes collectives.

et la transformation des organisations ouvrières

Cette mutation du mouvement des femmes doit s’accompagner d’une transformation très profonde des organisations ouvrières : celles-ci doivent reconnaître la nécessité d’un mouvement autonome de femmes mais pas comme instrument de « pédagogie politique ». L’organisation collective des femmes entre elles est indispensable pour aboutir à la remise en cause de la division traditionnelle des tâches et des privilèges masculins qui y sont liés aussi bien dans la société capitaliste que dans une société de transition au socialisme.

Les organisations ouvrières doivent intégrer dans leur stratégie globale les revendications portées par le mouvement des femmes et qui ont été négligées pendant très longtemps sous prétexte parfois qu’elles concernaient la vie privée : c’est la question par exemple de la garde des enfants, de la mixité des personnels travaillant dans les services collectifs.

Cette prise en compte des revendications féministes ne doit Pas rester théorique mais passer dans la pratique, en terme de mobilisation de masse : de ce point de vue, le décalage qui existe très souvent entre discours et pratique réelle a été un des facteurs de crise très important non seulement des organisations ouvrières traditionnelles mais aussi de l'extrême gauche.

Josette Trat

Une perspective anticapitaliste

Nous pensons qu’il est tout aussi déterminant pour l’avenir du mouvement contre l’oppression des femmes, que les mobilisations de masse se développent dans une perspective anticapitaliste très claire. On ne peut pas mener à la fois des luttes conséquentes contre l’oppression des femmes et chercher des alliances du côté de la bourgeoisie, c'est ce qu'ont montré de manière spectaculaire les exemples de l’Italie et de l’Espagne : le PCI pour ne pas compromettre le Compromis historique avec la Démocratie chrétienne, le PCE pour ne pas compromettre l’union nationale réalisée autour du Pacte de la Moncloa (plan d'austérité de la bourgeoisie espagnole) ont abandonné un certain nombre de revendications ou du moins ne les ont pas jugées suffisamment prioritaires pour en faire des cas de rupture : droit à l’avortement et à la contraception libres et gratuits en Italie, droit au divorce par consentement mutuel, abolition de toute référence à la vertu des femmes, en Espagne : les quelques améliorations obtenues récemment sur la question du divorce ou de la contraception ne l'ont été en Espagne que grâce à la mobilisation des femmes elles-mêmes.

Surmonter l’éclatement du mouvement

En dernier lieu, ce qu’on peut constater sur le plan international, c'est l'impact du mouvement des femmes chez la masse des femmes, des femmes travailleuses notamment. De très nombreuses femmes, même si elles ne se reconnaissent pas dans le mouvement des femmes, même si elles ne se reconnaissent pas dans les pratiques du mouvement des femmes, se sentent concernées par la lutte des femmes contre leur oppression, se sentent partie prenante de cette lutte. Mais à notre avis, on ne peut pas se contenter de constater l'émergence de formes de regroupement des femmes dans les quartiers, les entreprises et dans les associations diverses. Il faut tout faire pour surmonter cet éclatement, favoriser l'apparition d’une force collective, sur le plan national (sans pouvoir préciser les délais), capable de contraindre l’ensemble du mouvement ouvrier à prendre lui aussi en charge la lutte contre l’oppression des femmes et de mener des luttes conséquentes en se confrontant à l’Etat bourgeois.

Nicole Edith Thévenin

Nicole Edith Thévenin, militante du PCF

Je voudrais dire que je crois très important que des militantes du PCF soient ici présentes. Cela prouve que nous sommes là en train de dépasser quelque chose qui nous a bloqué très longtemps : la division entre organisations, et qui a considérablement freiné la véritable mobilisation des femmes.

Sur la situation du mouvement des femmes

Je voudrais dire deux mots sur la situation du mouvement des femmes et sur la manière dont au parti, à sa base du moins, nous nous situons.

Il faut remarquer que le mouvement féministe a été très fort ces dernières années, surtout sur le problème de l’avortement, de la contraception et aujourd’hui du viol, mais il s’est un peu éparpillé dans de multiples mouvements ! Et la mobilisation qui a été assez importante et massive, est un peu retombée, à l’exception du viol où nous voyons un combat s’intensifier, mais qui fait surtout surgirde multiples questions.

Une sorte de freinage

Ce qui caractérise la situation des femmes aujourd’hui, c’est justement tout une série d’interrogations.

Après un premier mouvement de rassemblement, d’une lutte idéologique et pratique très intense, on assiste aujourd’hui à une sorte de freinage, de retombée, d’hésitations !

Est-ce que cela veut-dire que le mouvement des femmes est en régression, qu’il retombe, que les femmes ont fini de prendre conscience, qu’elles s’arrêtent ou qu’elles se découragent ?

Paradoxalement, je crois que c’est le contraire.

Les questions des féministes sont devenues véritablement des questions de masse, qui ont pénétré aussi bien dans les syndicats que dans les partis.

Une crise de croissance

Quand se produit ce type de phénomène, c’est-à-dire que des idées particulières deviennent générales, et bien, on traverse toujours une crise, une crise de croissance.

D’un côté, il y a une évolution : aujourd’hui onassiste à une véritable prise de conscience de masse. Et, en même temps, il y a une hésitation, un désarmement. Cmment pouvoir se mobiliser ? D'autant qu’il y a énormément de mouvements de femmes !

Il faut aussi s’interroger sur une autre phénomène : c’est l’irruption d’une presse féministe très diversifiée, par ailleurs très positive. Mais en même temps, on s’aperçoit qu’il y a une espèce de coupure, entre la prise de parole des femmes — et là encore une prise de parole restreinte — et la pratique, la mobilisation de masse qui ne se fait pas.

Quelles sont les causes de tout cela ?

Notre position à l’intérieur du PCF

En ce qui nous concerne, sans rentrer dans tous les détails, la question que nous nous posons, c’est celle de la responsabilité de nos organisations politiques. Et en tant que membre du PCF, la responsabilité du PCF dans cette espèce de freinage, d’immobilisation de la lutte des femmes.

Qu’elle est notre position à l’intérieur du PCF ? C'est justement une position de femmes ayant pris conscience au fur et à mesure de leur développement, de l’importance des luttes des femmes, jusque y compris à l’intérieur du parti, et de toutes les organisations politiques.

Aujourd’hui, nous sommes en train de nous interroger !

Comment arriver à prendre part, à susciter ensemble une mobilisation de masse des femmes, qui prenne en compte et qui dépasse tout ce qu’il y a d’original, de diversifié dans l’irruption des luttes de femmes, et qui permette un réel bond en avant, une véritable mobilisation politique ?

Parce que la question qui se pose aujourd’hui, c’est la question politique.

Autant jusqu’à maintenant lesgroupesde femmes se posaient la question du rapport luttes de femmes /luttes politiques /luttes de classes et se mobilisaient sur des questions précises.

Autant aujourd’hui toute une série de questions ne sont reprises en compte dans une perspective politique : la loi Veil a un peu démobilisé et l’on a oublié qu’elle n’était que provisoire, qu’il y a beaucoup de choses qui ne sont pas appliquées ; la question de la contraception est un peu passée sous silence malgré les efforts du MLAC, du Planning familial, etc.

Il y a une espèce de barrage politique et beaucoup de femmes se posent la question : où en sommes-nous aujourd’hui ? Comment se battre, comment nous battre dans un mouvement de masse ?

Une bataille pour la démocratie

A l’intérieur du parti, nous sommes nombreuses à prendre part vous le savez aux problèmes de la remise en cause de la « démocratie » qui s’y pratique, c’est un problème qui concerne particulièrement les femmes.

Cela ne signifie pas que la question de la démocratie interne au parti ne concerne que les femmes, cela veut dire que les femmes ont un mot très particulier à dire sur cette question.

Parce qu’elle conditionne la pratique de masse du parti, c’est-à-dire, sa liaison avec les masses, qui fut, en ce qui concerne les femmes, pas mal laissé de côté.

Aujourd'hui, nous avons en commun avec les hommes, à nous battre à l'intérieur du parti pour une ouverture de la démocratie, mais en même temps, nous avons à apporter une contribution particulière : quelle place peuvent occuper les femmes au sein du PCF, est-ce qu'il suffit d'être au PCF pour être révolutionnaire sur la question des femmes ?

Et bien, nous répondons non, pas du tout.

La question des femmes n’a pas encore été posée.

Et si nous avons progressé sur de nombreuses questions, l’avortement, la contraception ou le viol, ce fut sous l’impulsion des mouvements féministes.

Ce qui caractérise aujourd’hui beaucoup d’organisations politiques c’est véritablement une coupure entre leur discours et leur pratique. Encore qu’au PCF le discours sur les femmes est assez « réactionnaire ». Et si nous avons progressé au niveau des projets de lois, nous n’avons pas avancé au niveau de la pratique.

Et pourtant toutes les conditions sont là.

Beaucoup de femmes se posent des questions, de nombreuses commissions femmes ont été créées. C’est déjà un appui, tout un mouvemewtqui est là, en attente, et qui ne demande qu’à se manifester !

Nous regrouper !

Pour nous, le problème c’est d’arriver à pouvoir nous regrouper ?

Parce que personnellement, je pense que les femmes doivent se regrouper à l’intérieur d’une organisation comme le parti.

Non pas pour se couper de la lutte générale, mais au contraire pour mieux comprendre la lutte générale. Parce qu’il n’y a pas de généralité sans intégration des problèmes spécifiques, des problèmes particuliers.

Et puisque les femmes, même au sein du parti, sont opprimées d’une certaine manière, il faut bien aussi qu’elles posent le problème de l’oppression publiquement à l’intérieur du parti.

Marie-Dominique Surmain : militante du CERES (PS), secrétaire fédérale du PS à Paris

Je voudrais dire tout d’abord que je reprends à mon compte beaucoup de choses qui ont été dites auparavant. Les problèmes se posent de la même manière dans toutes les organisations politiques et au PS, comme notamment au sein du PCF, du PCE et des CO.

Une nouvelle phase du mouvement de femmes

Je crois que nous sommes dans une nouvelle phase du mouvement des femmes et de la lutte des femmes. Aujourd’hui, des problèmes se posent aussi bien dans les partis et les organisations de la classe ouvrière qu’au niveau du mouvement des femmes, qui se trouve — dans une période où les nombreux thèmes qu’il a mis en avant émergent à un niveau de masse — interrogé sur la question du débouché politique de ses luttes, de l’unité du mouvement, de l’unité de l’ensemble des femmes qui se battent actuellement sur le terrain de la lutte des femmes.

Pour résumer, je dirai que les problèmes se posent selon trois axes, un peu comme l’ont exprimé les camarades des CO :

— d’une part, l’avancée de tous les thèmes féministes dans les programmes des partis et particulièrement dans notre organisation ;

— d'autre part, tenter de mobiliser les femmes elles-mêmes, qui* dans leur grande majorité ne sont pas encore convaincues qu’il faille se battre pour leur libération, ou qui n’ont pas encore trouvé les moyens pour le faire ;

— enfin, l'unité d’action dans les luttes que nous devons mener avec l’ensemble des femmes, avec l’ensemble du mouvement féministe.

L’avancée des problèmes au PS

Dans le parti, pour faire un peu le point de l’avancée des choses, nous avons tenu récemment, au mois de janvier, une convention nationale sur les droits des femmes. Le PS, dans son entier, a discuté de ces problèmes et a essayé d’élaborer un programme, relativement complet, reprenant un grand nombre de propositions du mouvement des femmes : aussi bien sur la question de l’emploi des femmes, du travail, de la famille, de l’avortement, du viol, etc.

Si, sur ces problèmes, il n’y a pas d’avancée particulière du PS, au moins déjà au niveau formel, il les a pris en compte.

Nous avons également fait reconnaître la nécessité d’une lutte spécifique, c’est-à-dire qu’actuellement, il y a une secrétaire nationale à l’action féminine. Et à tous les niveaux, dans les différentes fédérations, on reconnaît que des femmes aient comme

Et si ous nous posons clairement le problème de l'oppression des femmes à l’intérieur du parti — qui ne fait que refléter l’oppression des femmes à l’intérieur de la société, c’est parce que nous ne pensons pas que le parti soit une espèce de forteresse proté gée une fois pour toute de l’idéologie dominante.

Et pour nous, poser clairement la question, ce n’est pas comme on voudrait le faire croire diviser les hommes et les femmes, c’est au contraire lutter pour l'unité du mouvement ouvrier, car c’est bien l’idéologie sexiste qui divise, et non la protestation et les luttes des femmes.

Donc pour nous le problème se pose clairement : pour accentuer notre prise de conscience, il faut nous regrouper. Et en même temps que nous luttons avec les hommes contre l’idéologie sexiste du parti, il nous faut établir de nouveaux rapports avec les masses sur cette question. Il nous faut promouvoir un autre rapport avec les femmes à l’extérieur du parti, avec toutes celles dont nous nous sentons véritablement partie prenante de la même lutte. Et cette même lutte, nous l’affirmons, elle traverse aussi toutes les organisations politiques.

responsabilité particulière de s'occuper de mobiliser les femmes, sur le terrain de la lutte des femmes.

Marie-Dominique Surmain

Des groupes femmes au sein du PS

Enfin, nous avons constitué des groupes femmes à l’intérieur du PS. Il fut très difficile de faire admettre que des femmes puissent se réunir entre elles, en groupes non-mixtes, quelles puissent faire entre elles cette libération de la parole, qui a été le début de beaucoup de groupes autonomes. Mais il fut également très difficile de faire admettre qu’elles pouvaient élaborer entre elles des propositions à faire à l’ensemble du parti, à leur section. Aujourd’hui, au PS, le droit de se réunir entre femmes est reconnu, même si le développement des groupes femmes PS est très inégal, notamment entre Paris et la province.

Reste encore en suspend la question des moyens pour prendre toute notre place à l’intérieur du parti. A la limite, les hommes seraient bien trop contents de nous voir discuter entre nous, si cela n’avait pas d’effet direct sur eux et sur les tâches à impulser.

Nous avons à l’occasion des législatives essayer de mener une lutte pour que des femmes soient présentées dans des circonscriptions où elles avaient des chances d’être élues. Vous connaissez probablement le résultat, qui n’est pas brillant !

Une seule femme élue députée socialiste ! mais il est vrai qu’il n’y en avait pas avant. C’est peut-être un progrès. Nous aurons aussi à nous battre sur ce terrain-là.

Un autre débat traverse notre parti : c’est la question du mili-

S tantisme, des problèmes d’expression du militantisme, de la manière dont les réunions se tiennent, et qui font que c’est toujours les mêmes qui ont la parole, que ce sont toujours les mêmes qui élaborent de beaux discours bien ficelés et qui emepchent les autres de prendre la parole.

En soulevant ces problèmes, qui sont vécus particulièrement par les femmes, nous apportons une réflexion qui peut profiter à l'ensemble des camarades, en particulier à tous ceux qui n'ont pas de formation intellectuelle et qui ne prennent jamais la parole. Sur la forme donc, mais aussi sur les thèmes abordés.

Déjà commence a être admis que l'on puisse parler du problème de la famille, du couple, de la sexualité — qui ne sont des problèmes privés — mais qui touchent à toute l’organisation sociale. Si l’on veut prétendre changer l’organisation sociale, il faut également prendre en compte ces problèmes. Ce sont encore des choses extrêmement difficiles a faire admettre a un certain nombre de camarades. Et il nous faut aussi convaincre les femmes elles-mêmes.

Il ne faudrait pas croire que les femmes sont spontanément féministes et nous avons un rôle important à jouer vis-à-vis d’elles. La lutte que nous devons mener n’est pas dirigée contre les hommes, c’est la lutte contre l’ensemble des idées que les hommes, comme les femmes, véhiculent.

La libération des femmes viendra des femmes, d’abord !

Bien des femmes ne se rendent pas compte, n'osent pas, ne prennent pas les moyens de se libérer elles-mêmes. Et c'est d'abord elles que nous voulons essayer de convaincre. La libération des femmes viendra des femmes d’abord ! C’est elles qui porteront ce message et qui porteront la remise en cause la plus fondamentale.

Actuellement les idées féministes commencent à pénétrer, on commence à élaborer des tracts, à sortir des textes, à dire un peu ce que l'on pense, mais nous devons réfléchir à la question sur quels thèmes se battre prioritairement ?

Je crois que l’heure est à l'unité d'action de toutes les femmes qui ont cette prise de conscience, et principalement sur deux thèmes :

— sur la question du viol, qui mobilise une grande majorité des femmes. Sur ce thème, il reste de nombreuses questions sans réponses. Faut-il accentuer la répression bourgeoise ? Comment réfléchir à d'autres moyens pour faire avancer le problème ? Je crois que les femmes de toutes organisations n’ont pas réellement de réponses en dehors de la reconnaissance du viol, quelles que soient les liens entre l’agressé et l’agresseur ;

— sur la question du droit à l’emploi des femmes. Dans cette période de chômage, nous savons toutes que les femmes sont prioritairement touchées, que leur emploi est particulièrement menacé, que dans le travail, elles occupent les postes les moins rémunérés et les fonctions les plus basses dans l'entreprise.

Il faut que nous nous mobilisions sur la défense du droit à l'emploi des femmes, mais pas n’importe quel travail.

Toutes ces idées ont largement progressé ces deux dernières années. Ce qui reste posé, c’est l’avenir de la mise en pratique de ces idées, et cela dépendra de nous toutes.

Dans le cours du débat, Marie -Dominique Surmain devait préciser dans quelle perspective devait s’inscrire la bataille féministe.

Je voudrais répondre au camarade qui demandait si le mouvement des femmes ne pouvait pas se définir par rapport à lui-même ? Je pose une autre question en retour, peut-on faire avancer la libération des femmes, sans remettre en cause la société capitaliste, sans remettre en cause la surexploitation des femmes dans le système actuel, sans remettre en cause le rôle de la famille... Le changement politique de ce pays passe par l’Union de la gauche. Nous avons subi un échec qui est grave pour tout le monde. et la seule solution, c’est de reconstruire l’Union de la gauche, pour moi, c'est une réponse politique. Cependant, il est clair que les partis n'ont pas l’exclusive de la lutte politique, et, en ce sens,

A utter • w » ym fWMK Cncampta m ditost n’est-ce pas penser à'une possible libération des femmes dans le cadre du système capitaliste ?

Nous avons sélectionné parmi les multiples interventions qui eurent lieu dans le débat, celles qui nous semblaient les plus significatives.

Quel mouvement des femmes ?

Sylviane, militante féministe de Caen

Il faudrait se poser deux questions :

— que recouvre le mouvement féministe aujourd'hui, en quoi les groupes femmes constituent-ils ce mouvement, mais quelle place y ont également toutes les associations, les commissions syndicales femmes ?

— quelle structuration offre-ton au mouvement des femmes en France comme au niveau international ?

Actuellement, il y a un réel éclatement du mouvement, comment y répondre ? Est-il possible de lier toutes les « structures femmes » qui existent aujourd’hui, dans les partis, les syndicats, les groupes femmes. C’est le problème d'un avec le mouvement ouvrier a travers des campagnes, d'un mouvement féministe qui dépasse les groupes femmes actuels qui se trouve posé (...).

Quels thèmes de lutte ?

Marie-Dominique Surmain (PS)

Je crois que la question est de savoir sur quels thèmes nous pouvons agir ensemble. Je rejoins la camarade qui a dit qu'il fallait trouver des thèmes unifiants pour toutes les femmes mais qui pourront aussi mobiliser nos organisations.

Il y a déjà des exemples dans le XIV* et le XVe. Nous avons rencontré des femmes, nous avons mené des luttes ensemble, femmes socialistes, femmes d'un groupe autonome, femmes du Planning, du MLAC, comme à Saint-Vincent-de-Paul, à la Salpêtrière. Il faut déterminer "d'autres thèmes sur lesquels nous devons lutter ensemble. Nous devons mener ces débats, dans des assemblées, dans les quartiers. Mais notre problèmes, en nous mobilisant sur ces thèmes, (contraception, avortement, centre d’orthogénie...), c’est aussi de mobiliser nos camarades hommes sur des actions féministes.

C'est très important, parce qu’un des dangers, ce serait de nous marginaliser dans des commissions particulières.

Marie-Dominique Surmain

Dans quelles perspectives s'inscrit la bataille féministe ?

ment contentes, qu’il y ait ici des femmes des Partis communiste français et espagnols, qui expliquent leurs positions par rapport au mouvement féministe, même si c'est le reflet de positions personnelles ou mieux si c'est le fruit de discussion collectives qui montrent les difficultés qui se développent au sein des PC. Cela n'enlève en rien les divergences que nous pouvons avoir avec le PC espagnol, français ou italien. Ils ont fait preuve, durant l'arfnée écoulée, dans toute une série de cas concrets, de leur orientation de collaboration de classes. Cela ne veut pas dire que les camarades ici présentes reprennent à leur compte l'ensemble de leurs orientations. Mais nous voulons les interpeller là-dessus. Quelles perspectives tracez -vous en ce qui concerne les batailles sur les questions d'orientation politique ?

Comment vous inscrivez-vous. camarades du PCF. dans le débat soulevé par les positions de votre parti au moment des législatives, au moment de la réactualisation du Programme commun ?

Que dites-vous des revendications mises en avant sur la question de l'emploi, des crèches, qui étaient ridicules du point de vue des besoins ?

Que répondez-vous sur les moyens de la nécessaire jonction entre la radicalisation des femmes qui ne cesse de s’exprimer dans les entreprises, dans les syndicats et qui s’exprime aussi dans les groupes féministes ?

Quel type de bataille menez -vous par rapport à vos directions dans votre parti ?

Jacqueline (LCR)

Marie-Edith Thévenin (PCF)

Pour que le parti reprenne, au niveau du débat général, au niveau du programme, toutes les luttes féminines, il faut déjà mener un combat à l'intérieur du parti, pour rassembler le plus grand nombre de femmes sur un projet concret. Il faut y aller pas à pas et ne pas se faire d’illusions. Il faut qu’on discute, qu’on se regroupe, qu’on puisse parler, intervenir, en tant que femmes -sur nos problèmes spécifiques. Il faut non seulement interpeller les hommes. mais la direction sur la manière dont elle a mené les luttes en ..direction des femmes. Que signifient ces insuffisances, que signifient ces retards ? Qu'est -ce que cela implique au niveau du programme, un programme encore bien trop réformiste, sur les problèmes des femmes. sûrement lié à la question du programme général, qu'il nous faudra approfondir. Mais là le débat n'a pas encore avance, et je ne peux pas comme ça donner une réponse personnelle et rapide.

Et pour répondre à la camarade qui soulevait le problème de la structuration nationale de tout le mouvement féminin et féministe, eh bien je crois que mouvement national, en liaison

—

(...) Nous cela commence par la remise en question de toutes les organisations. Je répète ce que je disais en introduction, si le mouvement féministe s'est un peu arrêté, a été un peu freiné, c’est en partie parce que les organisations politiques n'ont pas réellement repris en compte les luttes des femmes. Elles ont récupéré une série de mots d'ordre et mis en avant des projets de lois, mais elles n'ont pas véritablement mené des luttes de masse, qui nous permettent de nous intégrer dans le mouvement au niveau national. Il semble donc que pour qu'il y ait une structuration au niveau national, du mouvement des femmes, nous devons d'abord poser nos propres questions à l’intérieur de nos partis. Ces questions, ce sont exactement les mêmes que celle qu'a posé le mouvement féministe (...).

Cependant, il y a aussi énormément de femmes qui ont déjà milite dans des groupes femmes Même si le parti n'a pas toujours ete très clair sur sa manière de juger les femmes. qui. à la base, allaient dans des groupes femmes, nous sommes dans la majorité, tout à fait d'accord pour y aller. Une chose est de militer dans ces groupes, une autre est de militer dans son propre parti pour le changer l�s deux questions sont liees d'ailleurs et nous devons mener le combat sur les deux fronts.

Marie-Edith Thévenin

Militer au sein d’un groupe femme et militer au parti

Une militante du PCF du XXe

Je suis membre, moi aussi, du Parti communiste français, et responsable d'une commission femmes. Le problème que tu poses, nous nous le sommes posé dans le XXe : va-t-on dans un groupe femmes ou en reste-t-on au niveau du parti ? Nous sommes allées dans le groupe femmes, et je dois dire que je rejoins l'orientation de Nicole-Edith Thévenin (...).

A mon avis, dans les groupes femmes, on s'y sent bien, sauf quand elles mettent en avant de façon un peu étroite et sectaire, le principe de l'autonomie du mouvement. Ce n’est pas que nous sommes contre ce principe d'autonomie, mais il ne doit pas remettre en cause le fait que nous appartenions au parti. C'est le premier type de problèmes que nous avons rencontré.

Le deuxième type de problèmes auquel nous avons été confrontées, c’est qu'il nous est apparu beaucoup plus facile — et je pèse mes mots — de militer au sein d’un groupe femmes, qu’au sein de la commission femmes du PCF. Parce que là est un véritable problème : les femmes d’origine sociale, culturelle, extrêmement défavorisée, c’est au parti qu’elles sont. Ce sont ces mêmes femmes qui font obstacle à la non-mixité de la commission femmes. Et ce n'est pas le seul problème.

Nous voulons rester au parti de manière combative. Donc créer une commission femmes, mais en même temps garder un lien avec l’extérieur sur un certain nombre de terrains de luttes tels qu’ils se posent dans un quartier.

La prise en charge par les organisations ouvrières des batailles féministes est une nécessité

Jeanine

Je voudrais répondre à la camarade du CERES, d'abord sur la question de l’avortement. J’ai une expérience particulière qui est celle de Saint-Denis. Notre groupe femme a réussi à impulser un collectif unitaire, rassemblant des militants de la CFDT, la commission femmes du Parti socialiste, le Planning, le Syndicat de la médecine générale, etc.

Voilà maintenant un an et demi que nous nous battons pour l’ouverture d’un centre d’orthogénie. Au départ, ce « rassemblement » a suffi à faire reconnaître nos exigences, à mettre en évidence un objectif : l’ouverture d’un centre d’IVG à l’hôpital. Mais maintenant, nous nous rendons compte qu’il est concrètement impossible d’en imposer l’ouverture dans des conditions correctes. Et cela tient à plusieurs problèmes.

Si on prend les femmes du Parti socialiste, elles sont là en tant que commissions femmes du PS, elles n'ont pas le PS derrière elles, et du point de vue des capacités de mobilisation, ce n'est pas la même chose. Le PC, lui, n'est pas là et il est d'autant moins là que la municipalité étant communiste, le maire est aussi membre du conseil d'administration de l’hôpital intercommunal. D ne veut pas entendre parler de la revendication d'un centre d’IVG parce que ce serait remettre en cause la gestion de la pénurie à laquelle ils sont confrontés. Comme les groupes d’extrême gauche sur la localité sont extrêmement faibles, on voit les limites auxquelles nous devons faire face.

Cela signifie aussi pour nous que, non seulement nous devons obtenir la participation des militantes du PC et du PS. qu’elles soient partie prenante du mouvement des femmes et du combat féministe, que cela aboutisse à un soutien concret dans les mobilisations mais que cela implique également leurs organisations. C’est une bagarre qui est très importante.

La nécessité de se construire comme force politique : une bataille à mener dans le mouvement

Josette (LCR)

(...) Il y a une démarche des camarades du PCF et du PS qui me paraît un peu simpliste, celle qui consiste à dire qu’il serait plus facile de militer dans un groupe femmes que de militer dans le parti. Il ne faut pas sous-estimer les difficultés qui existent à l’intérieur du mouvement des femmes ; et qui, précisément, pour passer à une phase supérieure nécessitent une bataille politique. L’ensemble des femmes qui participent aux groupes femmes ne sont pas gagnées à l’idée d’une bataille de masse, ne sont pas gagnées à l’idée que l’ensemble des composantes du mouvement doivent se retrouver dans les luttes de masse. Les militantes de la LCR qui ont commencé ce débat ont dû le faire de manière volontariste et ne correspond pas forcément aux problèmes dominants aujourd’hui dans le mouvement. Ce n’est pas spontanément que les femmes qui ont été gagnées aux groupes femmes, parce qu'elles étaient directement concernées par la lutte, contre leur oppression, ont conscience de la nécessité de s’unifier, de se construire comme force collective sur le plan national et qui n'en reste pas à des regroupement ponctuels. éclatés, qui sans problèmes peuvent très bien être tolérés par la bourgeoisie. Si le mouvement des femmes en reste à son niveau d’éclatement et de division, c’est évident qu’il ne constitue pas à lui seul un danger suffisant. Il ne deviendra un danger qu’à partir du moment où il se constituera en force de masse, capable de se doter d’objectifs de luttes, de s’affronter à la politique gouvernementale.

Le féminisme interpelle les militants

Un militant du PCF

Je voudrais revenir sur l’idéologie sexiste. La réflexion du côté des hommes est encore assez plate, et pratiquement nulle. Nulle dans mon organisation, je suis membre du Parti communiste, et pour autant que je sache dans d'autres organisations, ce n'est pas encore au point. Cela me pose une question : tout se passe comme si la question de l'iédologie sexiste ne concernait que les femmes, que nous, par rapport à cela, nous étions bienveillants parce que « féministes », cela ne nous coûte pas cher, mais que nous n'avions pas à nous mouiller !

11 paraît très difficile de nous imaginer, en tant qu’hommes, en tant que militant a fortiori, réfléchir sur notre pratique « masculine ». On peut se demander si cela ne serait pas intéressant pour des militants, en liaison avec le mouvement féministe, de penser un peu à ce qu'ils font en tant que « mec » ?

L’interpellation que nous fait subir le mouvement féministe, qu'on le veuille ou non (c’est quelque chose qui commence à surgir dans la tête de n’importe quel « mec » grossièrement évolué), il faudrait la reprendre ensemble, mais aboutit-elle à la création de groupe d'hommes ? Quel rapport avec les groupes femmes ? Comment faire nôtre la question féministe sur un terrain qui soit le nôtre ?

Il y a une très grosse difficulté à partir du moment oû on ne traite la question féministe que sous la forme revendicative. En tant que gens de gauche, les questions revendicatives nous sommes toujours prêts à les intégrer. Est -ce que la question de la lutte des femmes et du butoir auquel elle se heurte, pour reprendre une expression chère à mon parti actuellement, ne repose pas sur le manque d’écho que leurs questions et pas seulement la question des crèches ou du viol, mais aussi des questions comme .-qu’est-ce que je fais en tant que femme dans un rapport de couple ?

Les militants doivent montrer concrètement leur solidarité

Claire Bataille

Moi, je trouve l'intervention du copain très intéressante. C'est vrai que c'est un problème absolument fondamental aujourd’hui de casser le ghetto dans lequel les femmes féministes se trouvent sur ces questions.

Tu dis que ce n'est pas simplement les revendications, ce n'est pas simplement les crèches, le viol, mais justement sur ces questions-là, les femmes ont des choses à dire et à faire.

Prenons la question du viol. Aujourd'hui, on renvoie les femmes en leur disant : les femmes, c'est absolument scandaleux ce que vous êtes en train de faire, militantes féministes, vous êtes en train d’envoyer de pauvres « mecs » en prison, vous êtes en train de les exposer à la répression bourgeoise, c'est absolument scandaleux, etc. Moi, je leur retourne la question : qu'est-ce que vous faites en tant que militants hommes pour que les femmes aient, oui, d’autres possiblités que de s'adresser aux tribunaux bourgeois ?

Pour le moment, les femmes n’ont pas d’autres moyens. Les viols, ce n'est pas seulement au coin de la rue, à 1 h du matin, c'est aussi dans les boîtes, dans les cités, c’est-à-dire partout où il y a des militant(e)s. S’il y avait des mobilisations mixtes contre le viol, s’il y avait une solidarité mixte contre le viol, je suis absolument sûre que nous n'aurions pas besoin d'aller devant les tribunaux bourgeois. Si les féministes n'ont que cette ressource aujourd’hui, c’est précisément parce que les réactions dans le mouvement ouvrier sont quasi nulles.

Je connais l’expérience d’une boîte, près de Nantes, où une femme a été violée par, en l’occurrence, un délégué syndical, situation très difficile, certes ; elle a attendu un an avant d'oser le dire. Lt quand elle l'a dit. elle a subi' une agression de tous les côtes au point où le problème s’est posé de recourir aux tribunaux pour faire reconnaître le viol. Llle était complètement isolée !

Si dans les syndicats ou hors des syndicats les hommes acceptaient de s'impliquer dans cette bataille sur le viol, avec mobilisation à la clé. interpellation des violeurs, et y compris solidarité physique au moment où il y a des agressions.

La deuxième question que je voulais soulever concerne l'emploi : la bataille pour la baisse massive du temps de travail concerne aussi directement les hommes. Précisément ce sont les femmes qui sont le plus attachées cette bataille parce qu'elles savent que c'est le changement de leur vie quotidienne qui en dépend, l es hommes sont beaucoup moins sensibili- sés à cette question, l'ne batail-le mixte et massive serait une réponse aux exigences des femmes. une réponse concrète de manifester la solidarité des hommes vis-à-vis des femmes De ce point de vue là. il n'y a pas besoin de groupes d'hom-mes, les groupes d'hommes, il y en a partout, au cale, dans les rues. Donc il serait plus efficace de répondre en terme de solidarité concrète dans les luttes.

Un militant

— Il est très difficile de s'engager dans une lutte collective au côte des femmes, contre les agressions sexistes et beaucoup se dérobent par rapport à leur propre pratique de phallocrates. Je pense qu’il est possible de faire des groupes ponctuels de mecs dans des cas précis d'agressions contre les femmes.

Par exemple, à l'armée, dans un climat de virilité fasciste. quand il s'est produit un incident dans une ville de garnison par rapport a des femmes dans la rue. faire au sein de la caserne un groupe de mecs ponctuel pour se désolidariser du sexisme ambiant dans la caserne. Le même problème peut se poser dans une cité, au sein d'une organisation syndicale. Si cela devient un groupe de mecs institutionnel, cela a de grandes chances de se transformer en une organisation de défense sournoise de nos intérêts de mecs et de devenir le contraire de ce que cela voudrait être.

Maïté de Bordeaux

dans les syndicats, les partis, où ils sont, les hommes se battent vis-à-vis des autres hommes qui ne sont pas d'accord avec nous.

Que les délégués hommes de notre syndicat mènent la bagarre pour rassembler le plus de monde possible dans les actions que nous proposons au syndicat.

Sur la question de la sexualité. on doit aller aussi dans le sens du débat mixte (...).

Je ne vois pas pourquoi à l'armée, ils feraient un groupe hommes. Pourquoi ne pas faire un comité de soldats qui prendrait ce problème en charge, mais tous les autres problèmes aussi. Pourquoi faire un truc spécifique, là-dessus, pourquoi ne pas faire démarrer un comité de soldats là-dessus ?

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