De fait, "indépendamment des intén-de toutes les occasions pour peser sur la tiôns de départ, la décision d’exclurë les ; vie scolaire, catéchisme ou pas le mer-trois adolescentes d’originç maghrébine credi. Nous savons qü’aucune église* la a créé un précédent pour les vrais raicis-catholique moins que toute autre, n’est tes qui se sont engoufîrés dans la brèche définitivement résignée à là séparation avec ravissemèht "et ne se privent pas * de l’Eglise et de l’Etat, au fait que l’èdu� depuis lors, dé la droite à l’extrême cation des enfants lui échappe. Les, en-droite, de demander le blocage de l’im-teignants ont donc toutes les raisons migration tout en dénonçant ceux qui d’être vigilants. - menacent « notre identité nationale ».
Rien que pour cette raison, l’explusion _ était la dernière mesure à prendre et les Pour une laïcité enseignants qui ne se sont pas démar-de combat -‘‘
qués de leur chef d’établissement, ont *
pris une lourde responsabilité. Nous , partageons leur inquiétude
Mais revenons aux motifs officiels, face à la remontée du sentiment religieux Nous qui n’avons pas oublié l’aplatisse-à l’échellé mondiale et à l’impact crois-ment lamentable des socialistes face à sant des organisations intégristes dans l’église catholique en 1984, qui n’avotts les" pays du Maghreb et. ailleurs. Nous pas digéré le maintien du financement n’avons pas pris a la légère la campagne des écoles privées confessionnelles par contre le film de M. Scôiçése ni l’affaire l’Etat, . qui avons découvert avec stupeur Rushdie et nous somihes bien placées ' qu’il restaitdes aumôneries dans certains pour savoir ce que représentent tous les établissements et qu’en Alsace-MoSellé, intégrismes comme menaces contre la il faut encore une dispense pour échap-liberté d’expression, les libertés indivi-per au service religieux à l’école, nous ne duelles et tout particulièrement la liberté sommes pas les dernières à' proclamer des femmes. Rappelons pour mémoire que la bataille laïque est plus que jamais que ce sont des commandos d’intégristes actuelle et qu’il faut s’opposer de ma-catholiques qui ont attaqué physique-nière intransigeante à la « Sainte alliance ment des femmes désirant avorter aux des clergés » qui, on le sait, sont à l’afiut ÜSA et qu’ils continuent leur chantage
Disons le tout net : rien ne légitime à nos yeux la décision d’exclure les trois adolescentes, pas même, les difficultés concrètes rencontrées sur le terrain par des enseignants confrontés à la pression d’organisations intégristes, surtout pas la volonté (toute nouvelle pour certains) de lutter contre l’oppression des femmes.
Si nous désavouons une telle décision, c’est tout simplement parce que nous sommes convaincues qu’elle va carrément à l’encontre des objectifs fixés, la laïcité aussi bien que l’émancipation des filles d’origine maghrébine. Car c’est de cela qu’il s’agit, du moins officiellement.
Nous ne nous livrerons pas ici à l’analyse psychanalytique des fondements inconscients des prises de positions passionnées des hommes de tous bords sur la question du voile. D’autres s’en sont chargés. Mais sans suspecter a priori le principal de Creil, comment ignorer le sens de ses déclarations au Nouvel observateur du 26 octobre : « Mon prédécesseur est reparti les pieds devant... ou presque. L’autorité du chef d’établissement était complètement bafouée par des enseignants qui faisaient dans l’immigré ! » (Sic)
Pour une laïcité de combat
Dessin de Plantu tiré du Monde du 7 novembre 1989 pour empêcher la diffusion du RU 486. En Iran, la victoire des intégristes s’est immédiatement accompagnée d’une attaque en règle contre les droits des femmes: port obligatoire du tchador, les récalcitrantes étant parfois agressées au vitriol ; exclusion de l’université et de leur travail de toutes celles qui ne se plient pas à la « loi coranique » ; lapidation de couples « adultères », etc. En Algérie même où les intégristes ont pris du poids ces dernières années, on a mis le feu à la maison d’une femme qui osait vivre seule, entraînant la mort de son fils dans l’incendie (cf les Cahiers du féminisme n° 50).
En ce sens, le port du hidjeb, symbole clair d’asservissement des femmes, ne peut nous laisser indifférentes et être traité comme n’importe quelle autre fantaisie vestimentaire, ni même comme tout autre signe d’appartenance religieuse,
Pour autant, la présence dans nos écoles d’une « poignée de jeunes filles en foulard » justifie-t-elle le branle-bas de combat général auquel on assiste aujourd’hui ? A lire les appels solennels implorant les profs de ne pas céder, on pourrait le penser. A croire que les intégristes musulmans sont à deux doigts de faire main basse sur l’école en France !
De la réalité aux fantasmes
Enfin, assez de fantasmes, soyons sérieux. Comment trois adolescentes dans un collège de neuf cents élèves à Creil, six autres dans un lycée de deux mille trois cents jeunes à Saint-Denis et quelques autres par-ci, par-là, sont-elles en mesure de menacer la laïcité ?
Passent-elles leur temps à réciter le Coran en classe, à provoquer leurs camarades, refusent-elles par principe de suivre certains cours ? Si tel est le cas qu’on nous le dise. Mais tel n’est pas le motif de l’exclusion ! Seul le foulard est incriminé. Pourtant, bien d’autres élèves portent des étoiles de David, des croix en pendentif ou accrochées aux oreilles (c’est même la dernière mode parmi les lycéens), ou des kippas, sans qu’on en fasse une histoire. Et tant mieux ! C’est le signe en effet que la plupart des élèves marqués par les mobilisations antiracistes des années précédentes font effectivement preuve de tolérance réciproque. N’en déplaise à certains, les guerres « tribales » n’ont pas encore commencé dans les collèges et les lycées !
En revanche, à Creil justement, des élèves israélites se dispensent et depuis longtemps des cours du samedi matin. C’est même semble-t-il, le point de départ de l’affaire il y a un an.
Même si l’on reconnaît que les rythmes scolaires sont aujourd’hui déterminés par les échéances catholiques, il est impossible d’admettre que chaque groupe d’élèves, chaque communauté religieuse ou pas, impose sa propre loi au lycée. Si ces élèves ont été rappelés à l’ordre comme il se doit, ils n’ont pas été exclus, ce qui à terme se pose évidemment. Alors pourquoi cette différence dans le traitement des élèves ?
Dessin de Plantu tiré du Monde du 7 novembre 1989
Une exclusion pour l'exemple
Disons le clairement et trêve d’hypocrisie : contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire, tout le monde se moque de Fatima, Leila, Samira et de leurs camarades et ce ne sont pas les solutions de compromis grotesques du genre accueil au centre de documentation avec polycopiés, qui pourront nous convaincre du contraire. En fait, en interdisant la classe à ces gamines, on cherche à faire un exemple qui pourra servir de leçon à leurs pères, leurs frères, activistes intégristes sans aucun doute.
Si les organisations intégristes musulmanes, aujourd’hui très minoritaires dans l’immigration, tout lé monde l’admet, ont décidé de faire un effort stratégique pour s’implanter en France, comment croire que l’on peut résoudre ce problème politique en sanctionnant ces adolescentes transformées en martyres ? C’est au contraire la porte ouverte à toutes les escalades� à toutes les surenchères. C’est aussi le plus sûr moyen de rejeter dans les bras des, intégristes ces filles, leurs familles et d’autres immigrés qui à coup sûr se solidariseront contre la répression même s’ils n’ont rien à voir avec les intégristes aujourd’hui. Mais au-delà dé l’efficacité de la méthode, il y a un vrai scandale moral. Comme l’écrit E. Balibar dans Libération du 3 novembre : « Au "Vous n’aurez pas nos petites femmes" des uns a répondu alors le "Vous céderez sur vos petites femmes” des autres. Sous couvert de principes, Fatima, Leïla et Samira prises en otage, sont devenues les enjeux d’un affrontement entre deux phallocraties antagonistes ». .
Ainsi ces filles n’ont pas été renvoyées pour ce qu’elles ont fait ou sont mais pour ce qu’elles représentent symboliquement. C’est un comble lorsque l’on prétend agir pour leur bien au nom de la lutte pour l’émancipation des femmes, miraculeusement devenue, pour la circonstance, mission quasiment prioritaire de l’école pour tous les partisans de l’exclusion à droite comme à gauche, de Chevènement à Barzach.
Personne ne peut être dupe de cet hommage hypocrite au féminisme et qu’on ne compte pas sur nous pour cautionner une telle imposture. Depuis quand en effet la lutte contre l’oppression des femmes peut-elle passer par la répression des femmes opprimées ! Avec cette logique, on ne recevrait pas non plus à l’école les petites filles excisées ou battues chez elles !
Nous n’ignorons pas que des femmes iraniennes, des intellectuels algériens comme Mohammed Harbi ou Sami Naïr, sont également partisans de l’exclusion, invoquant le fait que « céder aux intégristes sur la question de l’école, c’est rendre plus difficile les résistances des filles musulmanes au chantage affectif de leurs parents » (cf.Le Nouvel observateur du 26 octobre 1989).
La fausse solution des écoles musulmanes
Admettons ; mais encore faut-il qu’elles puissent réellement résister ou qu’elles veuillent le faire. Or ce n’est pas si simple. Tout le monde sait que la mise sous tutelle des filles musulmanes n’est pas seulement imposée par les pères mais qu’elle est aussi assurée par les frères qui surveillent leurs sœurs, les dénoncent aux parents et n’hésitent pas, le cas échéant, à leur administrer une bonne correction.
Et si malgré la loi, elles n’arrivaient pas à imposer un rapport de forces suffisant, faudrait-il leur refuser le droit d’aller en classe sous prétexte qu’elles ne sont pas assez émancipées ? A l’oppression familiale, s’ajouterait alors le chan-
— 15 tage scolaire. Tu abandonnes le foulard ou la porte. A ce régime d’ailleurs, peu d’élèves, avec ou sans foulard, maghrébines ou non, seraient dignes de l’école ! Et pendant ce temps-là, leurs frères, machos et fiers de l’être, parce qu’ils ne portent aucun signe religieux, pourraient, eux, continuer leurs études en toute quiétude ! Logique d’autant plus absurde que tout le monde sait que justement les filles d’origine maghrébine réussissent bien mieux que leurs frères à l’école et pour cause ! Elles savent par expérience, avec ou sans foulard, que c’est le moyen pour elles de sortir du carcan familial et religieux. C’est même souvent la condition pour échapper au mariage précoce et forcé. Va-t-on au nom de la lutte contre l’intégrisme leur boucher la voie ? Cela ne semble pas gêner outre mesure E. Badinter, signataire de l’appel des cinq, pourtant féministe, ni le porte-parole de France-Plus, ardent défenseur de la laïcité.
Tous les deux ne sont pas choqués lorsqu’on leur oppose que leur logique aboutit à prôner l’ouverture et le financement par l’Etat d’écoles coraniques : « Je ne vois pas quel danger il peut y avoir dans le développement de telles écoles musulmanes, pas plus que dans le développement d’un enseignement privé catholique, protestant ou juif » déclare E. Badinter au Nouvel observateur (cf. numéro du 9 novembre). Beau succès pour la laïcité et le féminisme !
Laïcité, mode d'emploi
A cela nous opposons une autre logique qui tient compte du fait qu’en France aujourd’hui l’Islam est une religion minoritaire et brimée, que ces jeunes adolescentes sont doublement victimes en tant qu’enfants d’immigrés et femmes ; nous ne les considérons pas simplement comme des pions, manipulées par des organisations intégristes réactionnaires. Nous reconnaissons leur droit à l’erreur reügieuse ; on ne peut traiter des adolescentes de quinze ans comme des enfants inconscients, sans volonté propre. Donnons leur les moyens par l’accès à l’école, espace relatif de liberté, de se confronter aux autres et de se forger leur propre jugement, en dehors de la famille et des organisation intégristes. Ces jeunes filles d’origine maghrébine n’ont-elles pas déjà montré par le passé, au moment des mobilisations contre le projet Devaquet, qu’elles avaient accumulé un potentiel énorme de révolte qui éclatera demain, avec ou sans voile !
Pour autant, nous ne sommes pas prêtes à accepter n’importe quoi. Il va se soi qu’il n’est pas question pour nous que les profs puissent arborer la kippa ou le voile. Ils ont une position d’autorité sur leurs élèves et se sont engagés au service de l’école publique et laïque.Au-cune exception ne peut être tolérée sur ce point. Par ailleurs si des élèves musulmanes refusent par principe religieux de suivre un cours de biologie, d’éducation sexuelle ou de participer à un cours d’éducation physique ou à une séance de natation, il faut se donner les moyens et le temps de les convaincre mais à terme, des sanctions sont évidemment envisageables qui pourraient aller jusqu’à l’exclusion.
Mais jusqu’à maintenant la question ne s’est pas posée dans des termes aussi dramatiques. Enfin si des élèves israéli-tes refusent systématiquement de participer au cours le samedi, ni les profs ni l’administration ne doivent fermer les yeux sous peine d’encourager toutes les églises à imposer leur diktat à l’école. Ce qui est évidemment inacceptable.
Au lieu de cela, le piège de Creil continue à se refermer. C’est maintenant le Conseil d’Etat qui est saisi. On peut annoncer à l’avance sa réponse. Il réaffirmera que tout prosélytisme religieux et politique est interdit à l’école.
Conséquence : le peu de libertés d’expression conquises par les lycéens après 1968 seront officiellement remises en cause et au lieu d’avoir fait un pas en avant dans la laïcité, on aura fait dix pas en arrière dans les libertés d’expression à l’école. Les enseignants de Creil ne souhaitaient pas cela mais ils ont été piégés. Nous ne sommes pas obligés de les suivre sur cette pente suicidaire.
Claire Bataille