La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

En bref

Cahiers du féminisme, n° 52, printemps 1990 · p. 42 · 1 320 mots

Appel des femmes turques et kurdes

Cher(e)s ami(e)s,

Nous voulons vous informer d’une décision extrêmement grave des tribunaux turcs concernant le viol. En effet, après appel d’un tribunal local, la Cour suprême vient de décider que les peines de justice encourues par les violeurs seraient réduites de deux tiers lorsque le viol concerne une prostituée (article 438).

On crée ainsi deux catégories de femmes : les femmes « vertueuses » et les femmes « prostituées ». Le passage suivant de la décision de la Cour suprême le démontre : « Le viol ou le rapt d’une femme vertueuse briserait son bonheur et causerait des dommages irréparables à sa situation dans la société et dans son entourage. En revanche, il est difficile de dire qu’une femme qui a choisi la prostitution comme profession et qui serait confrontée à la même situation subirait le même dommage. Un tel acte ne peut détériorer sa liberté personnelle et sexuelle autant que celle d’une femme vertueuse, dans la mesure où elle fait de la prostitution un métier et la considère comme un acte commercial. (...) Et en plus la résistance d’une femme prostituée ne peut pas être prise en considération par le violeur à bon droit. » Il s’agit d’une attaque contre toutes les femmes

Depuis que l’histoire s’est accélérée dans les pays de l’Est, rien à l’Ouest n’est vraiment digne de l’intérêt de la majorité des journalistes. Ainsi la bataille de l’avortement aux USA qui avait fait la une des journaux cet été, a miraculeusement disparu du paysage politique des USA, semble-t-il. Et pourtant...

Depuis novembre, les initiatives (pour ou contre l’avortement) rassemblant des dizaines de milliers (et parfois des centaines de milliers) de personnes se sont multipliées.

Mais ce qui est particulièrement encourageant, c’est que le mouvement « pro-choice » n’a cessé de progresser à l’encontre de la décision de la Cour suprême prise l’été dernier de restreindre les conditions d’accès à 1TVG. Aux élections locales de novembre dernier, les candidats du Parti républicain qui s’étaient nettement engagés contre le droit à l’avortement, ont été sanctionnés par les électeurs.

et d’un encouragement donné aux violeurs, qui sont ainsi encouragés à invoquer la « moralité douteuse » de leur victime pour obtenir une réduction de peine. De plus, il s’agit d’une discrimination à l’égard des femmes qui se prostituent.

Nous, les femmes turques et kurdes, condamnons cette décision. Nous sommes solidaires de toutes celles et tous ceux qui luttent en Turquie même, pour le retrait de cet article 438 qui est une expression sexiste et discriminatoire. Nous vous demandons à toutes et à tous de manifester votre solidarité et votre volonté d’agir contre toutes les sortes de discriminations.

Envoyez des télégrammes de protestation le plus vite possible à la Cour suprême : Anayasa Mahkemesi, Ba�kankigina, Ankara Turquie.

Faites connaître cette campagne dans vos journaux, vos bulletins. Les femmes turques et kurdes ont besoin de votre solidarité internationale.

Paris le 22 janvier 1990.

Groupe des femmes/ ATT, 67 rue de Dunkerque, 75010 Paris, (tél. 42 81 01 83)

Malgré le développement d’une campagne de protestation en Turquie et dans d’autres pays, la Cour suprême n’a toujours pas reculé. Les initiatives de solidarité doivent donc se multiplier.

Le 20 janvier, des dizaines de milliers de manifestant e)s ont commémoré à leur manière la légalisation de l’avortement aux USA en janvier 1973 !

Ainsi à Phoenix en Arizona, il y eut deux manifs de trente mille personnes environ chacune, pour et contre l’avortement. Dans de nombreux Etats des marches et des rassemblements se sont également déroulés. Les manifestants « pro-life » se sont rassemblés devant la Maison blanche dans l’attente de la bénédiction de Bush qui s’était personnellement engagé à leur côté. Les « pro-choice » s’installèrent quant à eux devant le Capitole (siège du Congrès). Elles et ils avaient élevé un mémorial temporaire en l’honneur de toutes les femmes mortes à la suite d’avortements réalisés en dehors des hôpitaux. Les mobilisations de masse ont toujours été source d’imagination...

Le 8 mars n’oublions pas les femmes américaines.

USA : la bataille de l’avortement continue

L’Association des femmes réfugiées

Elles viennent du Zaïre ou du Tchad, du Sri-Lanka ou de l’Iran, de Turquie ou du Chili. Elles sont réfugiées, c’est-à-dire qu’elles ont toutes fui une répression brutale souvent mortelle. Leur compagnon, leur époux en ont été victimes, torturés, exécutés, disparus. Elles-mêmes souvent, ont connu la prison et parfois la torture. A cause de ces souffrances, elles sont accueillies en France mais dans quelles conditions ?

Quand on est seule avec un ou plusieurs enfants à charge, la vie d’une femme réfugiée est difficilement imaginable.

Il faut souvent surmonter les angoisses, la dépression et même la peur qui continue à étreindre de nombreuses femmes. Il faut vivre dans un foyer (pendant six mois) et essayer, malgré tout, d’apprendre le français pendant les trois mois qui suivent l’arrivée (alors qu’on n’a évidemment pas la tête à cela). Et après, lorsqu’on ne peut plus être hébergée en foyer, il faut se débrouiller pour travailler (dans n’importe quelles conditions), trouver un logement et rester disponible pour les ou l’enfant. C’est d’autant plus difficile que les enfants aussi sont mal en point, perturbés. Et l’on doit souvent attendre un an pour obtenir la carte de l’OFPRA qui régularise la situation !

Alors on acceptera n’importe quel travail pour tenir, repasseuse dans un atelier de couture clandestin à raison de neuf heures trente de travail par jour, six jours par semaine, pour trois mille francs par mois ou bien femme de ménage, seule chez des étrangers, etc. En fait, les difficultés spécifiques des femmes réfugiées ne sont pas prises en compte par le gouvernement et elles n’ont pas de statut indépendant. C’est pour cela que l’Association des femmes réfugiées a été mise sur pied le 8 mai 1989, après des mois de discussion et de réflexion. Elles définissent ainsi leurs objectifs :

— Concrétiser la solidarité entre les femmes réfugiées de différents pays, entre celles-ci et les femmes des pays d’accueil et favoriser les rencontres entre toutes.

-Agir par tous les moyens possibles, en liaison avec les organisations compétentes, pour l’amélioration des conditions de vie des femmes réfugiées en France.

— Faire connaître les problèmes spécifiques des femmes réfugiées dans leur vie d’exil et faciliter un échange culturel entre elles et la société d’accueil.

Si vous voulez aider financièrement et matériellement l’Association des femmes réfugiées, adressez vos contributions financières et autres à :

L’Association des femmes réfugiées, 14 rue de Nanteuil, 75015 Paris

Par ailleurs, une permanence est organisée régulièrement, tous les vendredis après-midi de 14 à 17 heures à la CIMADE, 176 rue de Grenelle, 75007 Paris.

Nous avons reçu

• L’ovaire-dose: les nouvelles méthodes de procréation

Cet ouvrage rassemble les textes présentés lors du colloque organisé par le MFPF en décembre 1988 (Syros Alternative, 322 pages, 180 f).

• Chronique d’une passion: le mouvement de libération des femmes à Lyon

Ouvrage publié par le Centre lyonnais d’études féministes (L’Harmattan, 227 pages, 140 0.

• Universelles, bulletin féministe de solidarité internationale.

Ce bulletin, qui paraît cinq fois par an, est publié par Cinquième monde, un collectif féministe québécois qui travaille depuis plus de sept ans à faire connaître la situation des femmes du tiers monde, leurs revendications et leurs luttes, et à développer la solidarité internationale des femmes (l’expression Cinquième monde veut souligner l’oppression et l’exploitation spécifiques des femmes partout dans le monde.

Le Cinquième monde, 454 Caron, Québec, Qué. G1K 8K8 Canada.

• Mujer Fempress, unidad de comunicacion alternativa de la mujer.

Cette revue, qui en est déjà à son numéro 99, s’est fixé comme objectif d’être un outil de liaison entre les femmes des différents pays d’Amérique latine et des Caraïbes. En s’appuyant sur un réseau de correspondantes, elle propose ainsi dans chaque numéro des articles d’analyse et des informations sur la situation et les luttes des femmes en Amen-que latine.

Fempress, Casilla 16-637, Santiago 9, Chili.

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