Avortement : un pas en avant, deux pas en arrière...
En l’espace de quelques jours, plusieurs événements inquiétants ou exceptionnellement heureux ont marqué la bataille mondiale sur l’avortement.
Le dernier congrès de Solidarité, en Pologne, a adopté, comme on pouvait le craindre depuis longtemps, une motion demandant l’abrogation de l’avortement, au nom de la protection de la vie de l’enfant à naître.
En Belgique, en revanche, l’épilogue d’une guerre d’usure qui a duré vingt ans vient d’être clos, dans la farce ! En effet, après le vote à une large majorité par la Chambre belge des députés d’un projet de loi visant à dépénaliser partiellement l’avortement (le 29 mars), le roi Baudoin a abdiqué pendant trente-six heures pour ne pas avoir à signer et promulguer cette loi. C’est donc le gouvernement, puisque « le roi était dans l’im-possiblité de régner », qui le fit.
Les femmes belges ont désormais la possibilité légale de subir une interruption de grossesse, ce qu’interdisait jusque-là une loi vieille de plus d’un siècle. On aura mis le temps à reconnaître aux femmes de ce pays un droit élémentaire conquis depuis plus de vingt ans, par exemple, en Grande-Bretagne...
Encore est-il sérieusement limité. L’avortement ne pourra se réaliser que jusqu’à douze semaines de grossesse, et à condition que Y « état de détresse » de la mère soit reconnu. Au-delà de ce délai, il ne pourra y avoir IVG que si la grossesse « met en péril la santé de la femme ou lorsqu ’il est certain que l’enfant à naître sera atteint d’une affection d'une
La troisième conférence annuelle des femmes turques et kurdes immigrées ou réfugiées en Europe occidentale s’est tenue les 14, 15 et 16 avril dernier à Essen, en RFA : trois jours de débats, d’échanges et de réflexions ont réuni trois cents femmes, avec autant d’enthousiasme qu’elles en avaient il y a trois ans.
Quatre thèmes différents avaient été retenus cette année : la sexualité et l’homosexualité ; la famille ; les violences, dans la rue, dans la famille, au travail. Beaucoup de témoignages souvent poignants, mais aussi beaucoup de questions de fond : quelles réponses apporter à ces vio- particulière gravité et reconnue incurable au moment du diagnostic ». Une loi Veil aggravée, en quelque sorte...
Rien d’étonnant lorsqu’on connaît le poids des chrétiens-démocrates et même de l’extrême droite en Belgique. De beaux jours en perspective pour les femmes qui ne rentreront pas dans le cadre de la loi. Et elles sont toujours plus nombreuses qu’on ne le pense !
Un peu plus tard, à Washington, les partisans de l’abrogation de la loi sur l’avortement aux Etats-Unis (les pro-life) ont organisé, le 28 avril, une grande manifestation qui a rassemblé plus de deux cent mille personnes, avec le soutien officiel du président G. Bush. Comme on peut le constater, bien que sur la défensive, les adversaires de l’avortement ne désarment pas...
En Grande-Bretagne également, l’avortement est de nouveau à l’ordre du jour. Là, le Parlement vient d’adopter une loi réduisant de vingt-huit à vingt-quatre semaines le délai légal pour un avortement. Mais, dans le même temps, les députés britanniques ont adopté des amendements qui font disparaître toute restriction à l’avortement en cas d’anormalité du foetus ou lorsque la poursuite de la grossesse représente une menace pour la santé physique ou mentale de la mère.
Au bout du compte, il ne s’agit donc pas d’une défaite des partisans du libre choix, mais plutôt d’un revers pour les conservateurs qui, depuis plusieurs années, tentent d’imposer une réduction beaucoup plus importante des délais légaux.
lences? quelle solidarité entre femmes ? est-il légitime de répondre à la violence par la violence ? Le dernier atelier, enfin, portait sur la situation des femmes étrangères et la conjonction du racisme et du sexisme qu’elles vivent souvent quotidiennement, y compris un certain « racisme fin », caché, qu’elles rencontrent parfois chez les féministes occidentales : comment combattre ce racisme sans casser la solidarité entre toutes les femmes ?
Au terme de ces trois jours d’échanges très riches, on s’est séparées en se donnant rendez-vous l’année prochaine, pour une quatrième conférence...
Rencontre des femmes turques et kurdes
De l’abus de pouvoir sexuel
Sous ce titre, l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT) publie aujourd’hui les actes du colloque international qu’elle avait organisé en mars 1989 autour du thème « Violences, harcèlement sexuel, abus de pouvoir au travail ». Durant deux jours, des intervenants et intervenantes d’horizons géographiques et idéologiques divers (militantes féministes, syndicalistes, universitaires, juristes, « experts » de la Communauté européenne, etc.) avaient tenté de cerner ensemble la réalité et l’ampleur du harcèlement sexuel, et d’avancer quelques pistes pour des propositions.
On retrouvera dans ce livre toutes leurs interventions, en particulier la présentation des expériences les plus avancées de lutte contre le harcèlement sexuel (en Amérique du Nord, au Québec notamment), ainsi que l’analyse des positions des différents « acteurs sociaux » européens (syndicats, employeurs, mouvements de femmes, juristes).
L’ouvrage s’ouvre sur quelques « histoires » particulières de femmes. Des femmes, explique la préface, « qui par leurs luttes, solitaires ou collectives, ont fait émerger du silence, de l’impuissance et de la honte ces violences et ont explicité publiquement leurs revendications au droit de travailler dans la dignité ».
L’ensemble constitue un document de travail d’une très grande richesse, mais aussi un outil militant. « Ces diagnostics, ces expériences, ces propositions, précise l’AVFT dans sa préface, doivent servir de levier à une prise de conscience, afin que soient édictées des mesures reconnaissant et faisant respecter les droits au travail, à la santé, à la dignité. »
★ De l’abus de pouvoir sexuel (Le harcèlement sexuel au travail), La Découverte-Boréal, Paris, 258 pages, 125 F.
★ AVFT, 7 1 , rue Saint-Jacques, 75005 Paris.
Assistantes sociales en lutte
Le 22 mars, à l’appel du comité d’action, les assistantes so-j ciales se sont retrouvées dans la f rue à plus de cinq mille sur les 1 trente mille que compte la pro-f fession. Le point de départ de f cette mobilisation est la publica-| tion d’un arrêté en date du ; 2 8 juillet 1989, qui homologue le I diplôme d’Etat au niveau III, J c’est-à-dire bac + 2, alors que les 1 assistantes sociales revendiquent f le niveau bac +3. 1
L’ampleur de cette mobilisa-1 tion en a surpris beaucoup, j Comme la lutte des infirmières, = elle touche un métier tradition-I nellement féminin, et prend donc un aspect catégoriel. Cependant, elle a la particularité de toucher plusieurs secteurs : collectivités territoriales, secteur santé-social, Sécurité sociale et mutuelles, enseignement, PTT, cheminots, pour les principaux.
La revendication de la reconnaissance de la qualification (niveau licence) est la première brèche contre les accords de la fonction publique, dans lesquels le gouvernement a refusé de reconnaître le bac + 3 pour les B, c’est-à-dire pour ceux, ou plutôt celles (ce sont des femmes en majorité), qui ont suivi une formation professionnelle et non universitaire.
Le refus de voir leur profession dévalorisée et d’être cantonnées dans les tâches d’exécution est aujourd’hui une revendication commune à toutes les femmes salariées. Les assistantes sociales avancent en plus des revendications sur le contenu de leur travail, sur leur formation, et dénoncent les propos du rapporteur de la commission d’homologation des diplômes, qui définit ainsi leur profession : « Les assistants sociaux instruisent les décisions pour l’accès aux prestations et aux aides. »
Cette mobilisation est amenée à prendre un caractère national, mais ses capacités d’élargissement sont difficiles. Le refus du comité d’action de tenir une assemblée générale après le 22 mars pour discuter des perspectives, ou même de proposer une prochaine échéance, a ralenti les rythmes de développement de cette mobilisation.
En revanche, les assistantes sociales mobilisées perçoivent bien la nécessité de discuter ensemble des perspectives. Des collectifs se constituent avec des réunions régionales prévues en mai ou juin. La rentrée verra sûrement à nouveau les assistantes sociales dans la rue. Avec la manifestation du 22 mars, une nouvelle page de la lutte des femmes s’est ouverte !