Si toutes les femmes du monde « La nuit nous appartient »
Le 27 juin 1990 , les travaux de la conférence de l'Organisation internationale du travail siégeant à Genève ont conclu à la révision de la Convention 89 de 1 948 concernant l'interdiction du travail de nuit des femmes dans l'industrie.
Excepté les USA, le Canada, l’Australie, la RFA et la Grande-Bretagne, de nombreux pays, dont la France, étaient signataires de cette convention. Dans les faits, cette législation était déjà en partie bafouée par des accords d’entreprise. En France, la loi Seguin de 1987 a-permis la multiplication des dérogations à l’interdiction du travail de nuit des femmes. Sous prétexte d’égalité entre hommes et femmes, il s’agit en réalité d’aggraver les conditions de vie et de travail de l’ensemble des salariés pour des raisons de rentabilité économique.
En effet, la position du patronat sur la Convention 89 était depuis longtemps sans ambiguïté : « Elle devrait être abrogée ou supprimée (...). Refuser le travail de nuit ou lui mettre des entraves serait préjudiciable à la croissance économique et au développement. » Flexibilité et déréglementation généralisée sont les maîtres mots du patronat à l’échelle européenne. La convention de juin 1990 légalise ce nouveau recul social.
Elle redéfinit la plage horaire du travail de nuit, sept heures consécutives avec une plage fixe de 24 h à 5 h du matin (celle de 1948 se situait entre 22 h et 7 h). Elle annule l’interdiction du travail de nuit des femmes dans l’industrie. Certaines limites sont précisées, notamment pour les femmes enceintes. Le travail de nuit pourra être interdit pendant une période de seize semaines au minimum, dont au moins huit avant la date présumée de l’accouchement.
La lutte contre l’extension du travail de nuit ne date pas d’aujourd’hui mais la nouvelle situation impose de développer davantage une campagne nationale et internationale sur ce terrain. Des femmes de France et d’ailleurs ont déjà pris des initiatives en ce sens. « Pour une nuit blanche contre les nuits noires des femmes », c’est avec ce slogan que nombre de femmes ont manifesté devant le siège de l’OIT à Genève le soir même de la session de juin dernier. En Suisse, un comité « Travail et santé » s’est constitué depuis 1984 regroupant des féministes, des organisations politiques et syndicales. Il a organisé manifestations et pétitions, soutenu les luttes de femmes sur ce sujet.
En France, la mobilisation contre la flexibilité et, plus particulièrement, contre l’extension du travail de nuit n’a jamais eu lieu véritablement. L’adaptation de la plupart des confédérations syndicales aux impératifs patronaux et leur désintérêt pour la condition des femmes salariées sont des obstacles majeurs à l’organisation de mobilisations significatives.
Cependant des femmes de diverses associations n’ont pas renoncé à mener campagne sur cette question. Ainsi, à l’initiative de la coordination Egalité, un collectif nommé « Travail de nuit, ça nuit ! » a lancé une pétition qui a recueilli à ce jour environ mille signatures.
Une rencontre internationale s’est déjà tenue, en juin 1989, à Genève où les participants ont adopté une prise de position commune (c/ encadré), qui n’a malheureusement pas débouché sur des ripostes nationales voire européennes. C’est pourtant l’objectif que devraient se fixer les forces de gauche et les féministes. L’Europe de 1992 ne présage rien de bon pour l’ensemble des salariés, et aujourd’hui pas plus qu’hier, le travail de nuit n’est « libérateur » ni pour les femmes ni pour les hommes. Contraignant et dangereux pour la santé, le travail de nuit doit être réservé aux seuls cas d’absolue nécessité.
Catherine Rosehill
Symposium contre le travail de nuit, Genève, 10 juin 1989, Résolution finale
Les participants constatent :
— Que l’extension du travail de nuit et du dimanche ainsi que la déréglementation des horaires de travail, connue sous le nom de « flexibilité », gagnent des proportions considérables qui remettent en question tout le mode de vie individuel, familial et social ;
— Que cette déréglementation a des effets nocifs sur la santé des travailleuses et des travailleurs, et sur l’ensemble de leur vie sociale ;
— Que les entreprises qui travaillent 24 heures sur 24, semaine et dimanche, provoquent en outre des nuisances supplémentaires à la population qui habite aux alentours ;
— Que pour endiguer cette tendance, un minimum de normes collectives doit subsister et être renforcé. Une de ces normes doit être la semaine normale de cinq jours de travail diurne, du lundi au vendredi. Elle seule garantit que le travail ne perturbe pas trop la convivialité et la qualité humaine de la vie ;
— Que si ce cadre existe, chacun pourra rechercher de meilleurs aménagements de son horaire de travail.
confirment :
— Que l’interdiction actuelle du travail de nuit des femmes doit donc être maintenue et, à terme, étendue à tous les secteurs (hommes et femmes), sauf impératifs de nécessité sociale.
proposent :
En conséquence, à tous les milieux intéressés par cette question (forces de gauche, chrétiennes, écologistes, féministes et de l’immigration, partis, syndicats, et associations), qu’ils se rassemblent pour tenir l’an prochain une rencontre internationale pour échanger les points de vue et informer la population sur les enjeux d’une révision de la loi sur le �travail, de la Convention 89, et sur la flexibilité en général. __ j